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CHAPITRE 4 – La route

Author: L'encre
last update publish date: 2026-05-29 15:17:27

— J’ai fait des sandwiches pour la route, dit sa mère en lui tendant une tasse de chocolat chaud. Tu as bien dormi ?

— Trop bien. J’ai rêvé qu’on partait en vacances.

— Tu vois, même tes rêves sont en avance sur toi.

Lyra but son chocolat à petites gorgées, adossée au plan de travail de la cuisine. La maison avait déjà cette allure étrange qu’elle prenait toujours quand on allait la quitter pour plusieurs jours – les fenêtres fermées, les plantes arrosées une dernière fois, cette impression de silence suspendu, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle en attendant le retour. Le chat des voisins les regardait depuis le rebord de la fenêtre avec une expression de reproche silencieux, la queue enroulée autour des pattes.

— Bon, on y va ou on attend Noël ?

La voix de Marcus claqua depuis le seuil de la porte d’entrée. Il avait les joues rouges, les cheveux en bataille, et cette expression de général en campagne qui annonçait que la logistique du départ était officiellement terminée. Elara leva les yeux au ciel, un sourire au coin des lèvres, et poussa Lyra vers la sortie.

L’air du dehors était frais, piquant malgré le soleil qui commençait à percer. Lyra inspira à pleins poumons. Une odeur de terre humide, de gazon coupé, d’essence et de promesse. Elle grimpa à l’arrière de la berline bleue, cala son sac contre la portière, et boucla sa ceinture avec ce petit déclic familier qui sonnait comme le début de quelque chose.

— Alors, ce GPS, il parle ou il fait la grève ? demanda Elara en s’asseyant côté passager.

— Il parle, il parle, mais il a une voix de robot qui me prend pour un imbécile. « Dans deux cents mètres, tournez à droite. » Je sais, figure-toi, je connais la route.

— Papa, t’es déjà perdu en sortant du quartier.

— Traîtresse.

La voiture s’ébranla dans un ronronnement tranquille. Lyra regarda la maison s’éloigner par la vitre arrière, le vieux chêne du jardin, la boîte aux lettres rouge que son père avait repeinte l’été dernier, la barrière blanche qui grinçait toujours quand on l’ouvrait. Elle ressentit un pincement bref, presque imperceptible – cette petite mélancolie des départs, même joyeux, même temporaires. Puis elle se tourna vers l’avant, vers la route qui s’ouvrait devant eux, et le pincement disparut.

Les premières heures furent douces. La nationale serpentait entre des champs de blé et de tournesols, des prairies où paissaient des vaches indolentes, des petits villages traversés sans s’arrêter – une église, une boulangerie, une place déserte, et déjà la campagne qui reprenait ses droits. Lyra avait baissé sa vitre pour laisser entrer le vent. Il jouait dans ses cheveux, tiède et vif, chargé d’odeurs qu’elle essayait de reconnaître : le foin coupé, les pins, parfois une rivière qu’on ne voyait pas mais qu’on devinait à cette fraîcheur soudaine qui s’engouffrait dans l’habitacle.

Sa mère avait branché son téléphone sur l’autoradio et passait une playlist éclectique, des vieux tubes des années quatre-vingt, des chansons françaises que Lyra connaissait par cœur sans jamais les avoir vraiment écoutées. Son père chantait faux avec un enthousiasme qui faisait rire tout le monde. Elara lui jetait des regards tendres, de ces regards qu’on ne peut pas fabriquer, qui viennent de loin, qui racontent une histoire entière en une seconde.

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