Se connecterJe respirai profondément. Les mains posées sur mes genoux, les doigts entrelacés.– J’ai rencontré Julien dans un café, il y a quelques mois. Je sortais d’une relation toxique. J’avais été abandonnée devant l’autel, humiliée, détruite. Je cherchais à me venger.– C’est pour ça que vous avez engagé un gigolo ?– Oui. Je voulais faire croire à mon ex que j’étais heureuse. Que j’avais refait ma vie. Que j’étais désirable.– Et Julien a accepté de jouer le rôle.– Il a accepté, oui. Mais pas pour l’argent. Il avait ses propres raisons. Son grand-père était malade. Il voulait lui offrir une dernière joie. Lui faire croire que son petit-fils avait trouvé l’amour.– Donc vous vous êtes menti l’un à l’autre.– On s’est menti, oui. Mais on a aussi appris à se connaître. À s’apprécier. À s’aimer.– Les gens disent que c’est une comédie. Que vous êtes toujours en train de jouer.– Les gens disent ce qu’ils veulent. Moi, je sais ce que je ressens. Je l’aime, Julien. Pas pour son argent, pas pour
La réunion des actionnaires eut lieu trois jours plus tard, au siège du Groupe Belmont.Julien y alla seul. Je voulais l’accompagner, mais il refusa.– Ils vont être durs, dit-il. Je ne veux pas qu’ils s’en prennent à toi.– Je suis assez forte pour encaisser.– Je sais. Mais laisse-moi faire. C’est mon combat.– Notre combat.– Notre combat, oui. Mais aujourd’hui, c’est moi qui parle.Il m’embrassa, enfila son manteau, sortit.Je restai à l’appartement, à tourner en rond. Les heures passaient, lentes, interminables. Je regardais la télévision, mais je ne voyais rien. Je lisais un livre, mais je n’avançais pas.À 18 heures, il rentra. Il avait les traits tirés, les yeux cernés. Il ôta son manteau, le jeta sur le canapé.– Alors ? demandai-je.– Ça s’est mal passé.– Raconte.– Ils veulent ma tête. Hélène a mené la charge. Elle a dit que j’avais nui à l’image du groupe, que je n’étais plus digne de confiance, que mon comportement mettait en danger des milliers d’emplois.– Et toi, qu’e
Il posa mon téléphone sur la table, face contre le bois. Comme pour étouffer les mots.– Ne lis pas les commentaires, dit-il.– Je ne les lirai pas.– Tu les liras.– Oui. Mais tu auras raison.Il me prit dans ses bras. Je fermai les yeux. Ses mains caressaient mes cheveux, mon dos, mes épaules. Il était chaud, vivant. Il ne tremblait pas.– Je t’aime, Léa.– Je t’aime aussi.– Quoi qu’il arrive.– Quoi qu’il arrive.Nous restâmes enlacés jusqu’à ce que la nuit tombe. Dehors, les journalistes étaient encore là. Mais on ne les entendait plus. On n’entendait que nos cœurs.***L’article fit le tour du monde en quelques heures.Je ne dormis pas de la nuit. Allongée dans le lit, les yeux ouverts, je regardais le plafond. Julien était à côté de moi, il ne dormait pas non plus. Nos mains étaient entrelacées sous les draps. Le silence était pesant, chargé de tout ce que nous ne disions pas.Vers 3 heures du matin, je pris mon téléphone. Julien avait raison : je lus les commentaires.« Ils no
– Je veux qu’on soit heureux. Paris, c’est secondaire.Je le regardai. Il était sérieux, ses yeux noisette brillants.– Tu es prêt à tout laisser pour moi ? demandai-je.– Je suis prêt à tout laisser pour nous.Il m’embrassa. Un baiser doux, presque timide.– On verra, dis-je. Pas tout de suite. D’abord, on doit gérer la crise.– La crise passera.– Je l’espère.Nous restâmes enlacés, à écouter le bruit de la rue, les klaxons, les cris lointains des journalistes.La tempête était là. Mais nous, on était là aussi.Et pour l’instant, ça suffisait.***Le journaliste s’appelait Franck Delorme.Je n’avais jamais entendu son nom avant que l’article ne paraisse. Mais après, je ne pus plus l’oublier. Il était partout – à la télévision, dans les journaux, sur les réseaux sociaux. Un homme d’une cinquantaine d’années, cheveux gris, visage anguleux, sourire carnassier. Il avait la réputation de ne jamais lâcher une affaire, de retourner les pierres, de fouiller dans les poubelles. Il était crai
Nous rentrâmes de la campagne plus proches qu’avant.Les étoiles, la forêt, la promenade – tout cela avait resserré des liens que les disputes avaient distendus. Pendant deux jours, nous avions marché, parlé, dormi sous les branches, blottis l’un contre l’autre pour ne pas mourir de froid. Julien m’avait confié ses peurs les plus intimes, la peur de finir seul comme son grand-père, la peur de n’être jamais assez bien pour moi. Moi, je lui avais avoué que l’autel vide hantait encore mes nuits, mais que sa présence, sa main dans la mienne, suffisait à éloigner les cauchemars.Le trajet en taxi, le lendemain matin, s’était fait dans une douce complicité. Nos doigts entrelacés sur la banquette arrière. Ses yeux qui me regardaient comme si j’étais un miracle. Le chauffeur, un vieux homme barbu, nous avait souri dans le rétroviseur sans rien dire. Il avait compris, peut-être, que nous revenions de quelque part. D’un lieu où l’on se dit les choses importantes.Mais en approchant de Paris, l’
La nuit était claire. Les nuages s’étaient dissipés, laissant voir des milliers d’étoiles. On les regardait, allongés sur le dos, la tête sur son épaule.– Tu as déjà vu autant d’étoiles ? murmura-t-il.– Jamais. En ville, on les voit à peine.– Moi non plus. Mon grand-père disait que les étoiles, c’étaient les âmes des morts. Elles veillent sur nous.– Tu crois ça ?– Je veux y croire. Comme ça, ma mère me voit.– Elle te voit, Julien.– Tu crois ?– Je le sais. Elle est fière de toi.– Tu crois qu’elle m’aurait aimé ? Avec mes peurs, mes mensonges, mes faiblesses ?– Elle t’aimait avant tout ça. Elle t’aimera toujours.Il se tut. Ses doigts caressaient mes cheveux.– J’ai peur, Léa.– Peur de quoi ?– De finir seul. Comme mon grand-père. Il a perdu sa femme par orgueil. Il a passé des décennies seul, à la regretter.– Tu ne seras pas seul.– Tu ne peux pas le promettre.– Si. Je te le promets. Je resterai.– Même si on se dispute ? Même si je suis jaloux ? Même si je fais des conner







