Home / Romance / Daddy et moi 3 / Chapitre 6 : Faim

Share

Chapitre 6 : Faim

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-10 04:21:06

Valerio

La nuit est tombée sur Naples depuis longtemps quand je visionne enfin les images. Je suis seul dans mon bureau, toutes lumières éteintes sauf l'écran de l'ordinateur qui projette des ombres mouvantes sur les murs. Enzo m'a envoyé le fichier numérique en fin d'après-midi, avec un simple message : « Les caméras de l'atelier floral. Aujourd'hui. »

Je sais ce qu'il fait. Il me connaît assez pour savoir que je ne lui ai pas demandé une enquête par hasard. Il a vu mon regard quand j'ai examiné la fiche de la nouvelle fleuriste. Il a compris avant moi ce qui était en train de se passer. Alors il me donne ce que je veux sans que j'aie besoin de le demander.

C'est pour ça que je le paye si cher.

Je lance la vidéo.

L'atelier floral apparaît à l'écran, banal, quotidien. La caméra est positionnée en hauteur, dans un angle qui couvre toute la pièce. Je vois le vieux Franco penché sur ses roses, un petit homme sec aux gestes précis. Je vois des clients entrer et sortir, des femmes élégantes qui choisissent des bouquets, des grooms qui viennent chercher des compositions pour les chambres.

Et puis je la vois.

Elle entre dans le champ de la caméra, et tout le reste s'efface.

Elle est plus belle que sur la photo. La photo ne capturait pas sa démarche, cette façon de se déplacer entre les fleurs comme si elle dansait. La photo ne capturait pas ses mains, ces doigts longs et fins qui caressent les pétales avec une douceur presque amoureuse. La photo ne capturait pas son visage quand il s'anime, quand elle se concentre sur une composition, quand elle mord légèrement sa lèvre inférieure en réfléchissant.

Je regarde la vidéo en boucle, incapable de détacher mes yeux de l'écran. Je la regarde couper des tiges, effeuiller des roses, assembler des bouquets. Je la regarde parler à une cliente, ses lèvres formant des mots que je n'entends pas, le son de la vidéo étant coupé. Je la regarde sourire quand la cliente lui tend un pourboire.

Son sourire.

Quand il apparaît, je me fige.

C'est un sourire qui transforme son visage tout entier, qui illumine ses yeux verts d'une lueur chaude, presque dorée. Un sourire qui efface la fatigue, la tristesse, la peur que j'avais cru deviner sur la photo d'identité. Un sourire qui ne ressemble à rien de ce que j'ai vu depuis des années dans cet hôtel, dans cette ville, dans ma vie.

Un sourire pur. Honnête. Lumineux.

Je mets la vidéo sur pause. Le sourire reste figé sur l'écran, suspendu dans le temps, offert à mon regard. Je le contemple longuement, et je sens quelque chose bouger en moi. Quelque chose que je croyais mort depuis longtemps. Quelque chose que je ne veux pas nommer.

Je ne peux pas la quitter des yeux. Ses doigts qui dansent sur les tiges. Sa nuque qui se dégage quand elle penche la tête. Ses lèvres qui s'entrouvrent quand elle vérifie l'équilibre d'un bouquet. Chaque geste est une torture. Chaque image est une brûlure.

Je ferme l'ordinateur d'un geste brusque et je reste dans le noir.

Le silence retombe. Le silence du penthouse, du Palace endormi, de la ville qui scintille derrière la baie vitrée. Le silence que j'ai voulu, que j'ai construit, que j'ai payé au prix fort.

Mais ce soir, le silence ne m'apporte aucune paix.

Je me lève, traverse le bureau, pénètre dans le penthouse. La suite présidentielle, mon domaine privé, la seule partie de l'hôtel où personne n'entre jamais. Des murs de verre qui donnent sur la Méditerranée. Des meubles de designer italiens. Un lit immense, vide, froid.

Je me déshabille en marchant, laissant tomber mes vêtements sur le sol comme une mue. La salle de bain est une cathédrale de marbre noir, avec une douche à l'italienne qui pourrait contenir dix personnes. J'ouvre le robinet, laisse l'eau couler, brûlante, et j'entre sous le jet.

La vapeur envahit la pièce. L'eau fouette ma peau, mes épaules, mon torse. Et son image revient.

Ses yeux verts. Sa nuque offerte. Ses doigts sur les pétales.

Je bande.

C'est un désir brutal, animal, qui monte du fond de mes entrailles et m'arrache un grognement. Ma main descend le long de mon ventre, saisit mon sexe avec une violence qui n'a rien à voir avec le plaisir. Je me soulage rapidement, brutalement, le front appuyé contre le marbre froid de la paroi, les yeux fermés, l'image de la fleuriste brûlant sous mes paupières.

Ses yeux verts. Sa bouche. Sa nuque. Ses doigts.

Je jouis avec un cri étouffé, un râle de frustration autant que de plaisir. Ma semence se mêle à l'eau qui tourbillonne à mes pieds, disparaît dans la bonde. Le plaisir retombe, aussitôt remplacé par une insatisfaction plus grande encore.

Ce n'était pas assez. Ce n'était pas elle.

Je veux sentir ses doigts sur ma peau. Je veux sentir ses lèvres contre les miennes. Je veux sentir son corps sous le mien, autour du mien, offert et consentant. Je veux la posséder comme je possède cet hôtel, cette ville, cet empire. Totalement. Absolument. Sans partage.

Je ferme le robinet, sors de la douche, noue une serviette autour de ma taille. La glace au-dessus du lavabo me renvoie mon reflet. Un homme de trente-quatre ans, bâti comme un combattant, les cheveux noirs plaqués sur le front par l'humidité, les yeux fiévreux. Un homme qui a tout, le pouvoir, la fortune, le succès. Un homme qui ne devrait pas être en train de se consumer pour une fleuriste anonyme.

Mais c'est plus fort que moi. Son image s'est imprimée dans mon cerveau comme une marque au fer rouge. Ses yeux verts me poursuivent. Son sourire me hante. Ses doigts sur les pétales sont une promesse que je veux voir se réaliser sur ma peau.

Je me verse un whisky, le bois cul sec, et je m'assois dans le fauteuil face à la baie vitrée. La ville scintille sous mes pieds, belle et indifférente. J'ai toujours su que je finirais seul. Je l'ai choisi. Je l'ai voulu. L'amour est une faiblesse, l'attachement une vulnérabilité, et j'ai passé ma vie à éliminer toutes les faiblesses de mon existence.

Mais cette femme aux yeux verts est en train de fissurer mes défenses.

Et je ne sais pas si je veux la repousser ou la laisser tout détruire.

Le téléphone vibre sur la table basse. Un message d'Enzo : « Premiers résultats de l'enquête demain matin. »

Demain. Je saurai qui elle est vraiment. Demain, je saurai ce qu'elle cache. Demain, je reprendrai le contrôle de la situation.

Je pose le téléphone, ferme les yeux. Le sommeil vient lentement, porté par le whisky et l'épuisement. Mais son image est toujours là, derrière mes paupières, persistante, entêtante.

Ses yeux verts. Son sourire. Ses doigts.

Je veux plus.

Je la veux elle.

Et Valerio Ravelli obtient toujours ce qu'il veut.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Daddy et moi 3   Chapitre 119 : L'Anniversaire 2

    Je murmure ça contre sa clavicule, là où je viens de poser mes lèvres. Un baiser sec, presque chaste. Puis un autre, un centimètre plus bas. Et un autre. Et un autre. Chaque baiser est une phrase, chaque contact de mes lèvres un mot que je n'arrive pas à dire autrement. Je défais sa jupe. Le bouton d'abord , mes doigts luttent, tremblent, et j'ai un sourire nerveux, presque gêné, qui me serre le cœur. Puis la fermeture éclair. Puis le tissu qui glisse sur ses cuisses. Je reste un moment immobile, à genoux, regardant ses jambes. Mes mains reposent sur ses genoux, immobiles aussi. Mon souffle s'est accéléré , je vois mon torse se soulever rapidement, les muscles de mon abdomen se contracter. — Alejandro … Mon prénom dans sa bouche. Je lève les yeux. Il y a quelque chose de brisé dans mon regard, quelque chose de trop grand pour mon visage. — No tengas miedo, me susurro. N'aie pas peur.

  • Daddy et moi 3   Chapitre 118 : L'Anniversaire

    Ximena Je découvre la date par hasard. Un document oublié sur son bureau, une mention dans un article, une coïncidence. C'est son anniversaire. Il n'en parle jamais. Il ne célèbre rien. Mais je le sais. Et je décide de braver l'interdit. Je passe des jours à chercher. Je fouille les boutiques de Salamanque, les marchés aux puces, les librairies anciennes. Je demande aux vendeurs, je fouille les bacs, je retourne les cartons. Et je le trouve. Un disque vinyle, usé, rayé, mais encore lisible. De la musique classique mexicaine. Des boléros, des rancheras, des chansons d'amour. Des chansons que sa mère écoutait, peut-être. Des chansons qui lui rappelleront quelque chose. Des chansons qui le feront sourire. Le jour de son anniversaire, je me rends à la propriété sans être invitée. Je sais que c'est interdit. Je sais qu'il n'aime pas les surprises. Je sais qu'il va se mettre en colère. Mais je le fais quand même. Parce que je l'

  • Daddy et moi 3   Chapitre 117 : Leçon de Piano 4

    Ximena J'obéis. Je m'immobilise, les bras le long du corps, les paumes contre les touches de bois, et je le laisse me pénétrer avec une lenteur atroce. Il ajuste l'angle, cherche quelque chose et quand il le trouve, quand la tête de sa queue bute contre ce point profond à l'intérieur de moi, un ré aigu jaillit du piano sous mon rein droit. Mon souffle se bloque. Le son traverse ma chair comme une décharge électrique. Il sourit. Un vrai sourire, le premier depuis des semaines, et il fredonne cette note, l'intègre à sa mélodie. Ses hanches pivotent légèrement, cherchant un autre angle, et quand il trouve, un si surgit, clair et brillant cette fois. Sa composition grandit. Les phrases s'allongent, s'enrichissent, modulent. Il me prend avec la précision d'un pianiste qui travaille un passage difficile , chaque coup de reins calculé pour extraire une note spécifique du clavier sous mon dos. Mes gémissements deviennent sa partie de voix, ses coups de reins d

  • Daddy et moi 3   Chapitre 116 : Leçon de Piano 3

    XimenaLe dernier accord dissonant vibre encore dans l'air quand Valerio ralentit ses mouvements. Ses doigts desserrent leur prise dans mes cheveux, glissent le long de ma nuque, et je sens sa respiration contre mon épaule, rauque, irrégulière, comme un souffle de cuivre après un solo trop long. Il reste en moi, immobile, et la chaleur de son bassin collé contre mes fesses envoie des ondes jusqu'au sommet de mon crâne. Les cordes du piano frémissent encore sous la caisse de résonance, et chaque vibration traverse mes os, mes reins, la courbe de mes fesses plaquées contre les touches noires.— XimenaSa voix est grave, presque cassée. Il se retire lentement, et le glissement de sa queue le long de mes parois provoque un frisson qui me fait agripper les touches , un fa grave résonne, sourd et solitaire. Le vide qu'il laisse en moi palpite, ouvert, béant, et mes doigts s'enfoncent dans l'ivoire comme pour s'ancrer à quelque chose de solide.Je m

  • Daddy et moi 3   Chapitre 115 : Leçon de Piano 2

    Ximena Il me regarde. Ses yeux, bruns, presque noirs dans la lumière du soir, sont fixes, intensément fixes. Ses pupilles sont dilatées, tellement dilatées que l'iris n'est plus qu'un anneau mince autour du noir. Ses lèvres sont entrouvertes, humides, gonflées par nos baisers. Je vois ses mains trembler quand elles montent pour se poser sur mes hanches. Ses pouces caressent mes os iliaques, dessinent des cercles lents sur ma peau, et chaque cercle envoie une décharge électrique directement entre mes jambes.Je déboutonne son pantalon. Le son de la ceinture qui claque, métallique, violent. Le zip. Il se soulève légèrement sous moi, tire sur le tissu, libère sa queue. Je la sens contre moi, chaude, dure, le gland qui presse contre mes lèvres, contre ma chatte trempée. Il est épais, plus épais que ce que j'imaginais, et les veines qui parcourent sa longueur pulsent contre ma chair, chaque pulsation un battement de cœur qui se transmet directement à mon clitoris.— Putain, tu es mouillée

  • Daddy et moi 3   Chapitre 114 : Leçon de Piano

    XimenaLe salon de musique de la propriété est une pièce que je n'avais jamais vue. Il m'y conduit un après-midi, sans explication, sa main ferme sur mon poignet. Nous traversons des couloirs que je ne connaissais pas, des portes que je n'avais jamais franchies, et je sens mon cœur battre plus vite à chaque pas. La propriété est un labyrinthe de secrets, et je n'en connais qu'une infime partie. Chaque pièce nouvelle est une découverte, chaque porte ouverte une révélation. Les murs de pierre suintent l'histoire, les parquets craquent sous nos pas, et je sens les fantômes du passé qui rôdent dans chaque recoin.La porte s'ouvre sur un espace immense, baigné de lumière dorée, avec des fenêtres à meneaux qui donnent sur les collines. Le soleil de l'après-midi entre à flots, projetant des rectangles de lumière sur le parquet ancien, faisant danser la poussière dans l'air comme autant de particules d'or en suspension. Au centre trône un piano à queue noir, un Steinway ancien, dont le bois l

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status