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Chapitre 10 : Le Piège de la Lumière

Author: Darkness
last update Last Updated: 2025-11-10 17:53:52

Ariana

L'odeur de l'encens me prend à la gorge, épaisse et sucrée, comme un poison. Nikos est là, à dix pas de moi. Debout. Immobile. Son costume sombre le fond dans les ombres de la nef, mais ses yeux… ses yeux captent la faible lumière des cierges et la renvoient, dure, implacable.

Mon dos est collé à la lourde porte de bois. Je sais qu'ils sont derrière. Je les entends haleter, jurer, se bousculer. Le verrou n'est pas tiré. Ils peuvent entrer à tout moment.

Je suis prise en tenaille. Coincée entre le diable et ses démons.

— Tu as été divertissante, Cassia, reprend sa voix, veloutée et mortelle. Cette petite rébellion… cette fuite… Mais toute récréation a une fin.

Il fait un nouveau pas. Puis un autre. Il avance avec une lenteur calculée, savourant chaque instant, chaque frémissement de peur qu'il doit voir sur mon visage.

Mon esprit tourne à vide, cherchant désespérément une issue. Une échappatoire. Il n'y en a pas. Les vitraux sont trop hauts. La porte derrière l'autel est verrouillée, j'en suis sûre.

Ses hommes cognent maintenant contre la porte dans mon dos. Le bois vibre, grogne. Ils vont défoncer.

Nikos s'arrête à un mètre de moi. Il sent le santal et le pouvoir. Une fragrance que je hais autant que je la crains.

— Rends-moi ce qui m'appartient, murmure-t-il en tendant la main. La broche. Et toi.

Sa paume est ouverte. Exigeante.

C'est à ce moment-là que je la vois. Derrière lui, sur le côté, à moitié cachée par un pilier. Une petite porte. Une sacristie, peut-être. Elle est entrebâillée.

Un dernier coup, violent, ébranle la porte derrière moi. Un craquement sinistre retentit. Ils sont presque là.

Le regard de Nikos se braque sur ma poche, là où la broche est cachée. Il sait que je l'ai. Il sent la victoire.

Je plonge la main dans ma poche. Mais au lieu de la broche, mes doigts se referment sur autre chose. Le couteau suisse. La lame, minuscule, que j'ai utilisée pour me libérer de sa marque.

— Prends-la, alors, je crache.

Et, d'un mouvement brusque, je ne lui tends pas la broche. Je la lance, de toutes mes forces, non pas vers lui, mais vers le fond de l'église. La feuille de laurier tournoie dans les airs, étincelle une fraction de seconde dans la pénombre, et atterrit avec un bruit métallique sur les dalles, près de l'autel.

Son regard, instinctivement, suit la trajectoire de l'objet. Une micro-seconde de distraction.

C'est tout ce qu'il me faut.

Je bondis non pas vers la sacristie, mais sur lui. Je hurle, un cri primal de rage et de désespoir, et je lui plante la petite lame dans le bras qui s'était tendu vers moi.

La surprise est absolue. Il rugit, plus de colère que de douleur, et recule d'un pas, sa main se refermant sur sa blessure.

Je ne reste pas. Je fais volte-face et je me rue vers la sacristie.

La porte derrière moi cède enfin. Les hommes de Nikos se précipitent à l'intérieur, mais je suis déjà dans la petite pièce obscure. Je claque la porte et pousse le lourd verrou de bois. Juste à temps.

Des coups violents retentissent immédiatement contre le mince panneau de bois.

— CASSIA !

La voix de Nikos, pour la première fois, n'est plus un murmure contrôlé. C'est un rugissement de fureur pure. Je l'ai touché. Pas profondément. Mais je l'ai touché.

Je me retourne, cherchant frénétiquement une sortie. La sacristie est exiguë, encombrée de vêtements sacerdotaux. Une seule fenêtre, étroite, barrée.

Pas d'issue.

Mais il y a autre chose. Sur un vieux bureau, un téléphone. Un vieux combiné filaire.

Les coups redoublent contre la porte. Le bois commence à céder.

Je saisis le téléphone. Aucune tonalité. La ligne est morte.

Le désespoir m'envahit. C'est fini. Vraiment fini.

Soudain, mon regard tombe sur un objet, posé négligemment près du téléphone. Un portable. Un smartphone moderne, oublié là par le prêtre, peut-être.

Je le saisis. L'écran s'allume. Il y a un code.

Les planches de la porte commencent à se fendre. Une hache ? Un pied de biche ? Je ne sais pas.

Mes doigts tremblent. Je tape une date au hasard. Rien.

Je tape une autre.Rien.

— Pétros ! La hache ! Maintenant ! ordonne la voix de Nikos, glaciale de rage, de l'autre côté.

Je ferme les yeux, une prière absurde montant à mes lèvres. Et puis je me souviens. La date. La seule date qui compte pour lui. Celle de sa mère.

Je tape les chiffres. 1-9-6-0-3-1-2.

L'écran se déverrouille.

Un sanglot de soulagement m'échappe. Je compose frénétiquement le seul numéro que je connaisse par cœur. Celui de Lena, mon ancienne agent.

La porte se brise en morceaux.

Le premier homme se rue sur moi.

— Lena ! À l'église ! San Giovanni, dans les collines au-dessus de Gênes ! Appelle la police ! Appelle…

L'homme me plaque au sol. Le téléphone s'échappe de ma main et s'écrase contre les dalles. L'écran s'éteint.

Mais j'ai eu le temps.

Nikos entre dans la sacristie. Il écarte l'homme qui me tient. Il se penche sur moi. Son visage est déformé par une colère que je ne lui ai jamais vue. Du sang coule sur sa manche, là où je l'ai poignardé.

— Très bien, Cassia, dit-il d'une voix basse et sifflante. Très bien. Tu veux de la lumière ? Tu veux un public ?

Il se redresse, se tourne vers ses hommes.

— Emmenez-la. Nous partons. Maintenant.

On me tire brutalement du sol. Je me débats, mais c'est inutile.

Alors que je suis traînée hors de l'église, vers les voitures qui attendent, moteurs vrombissants, j'entends au loin, très loin, le son ténu d'une sirène.

Une seule, puis une autre.

J'ai réussi.

J'ai allumé une lumière.

Mais alors qu'on me pousse à l'arrière d'une Mercedes noire, le regard de Nikos croise le mien. Et dans ses yeux, je ne vois plus de colère. Je vois une résolution froide, absolue.

La lumière arrive. Mais l'ombre, elle, n'a pas fini de me tenir.

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