Masuk« Tu ne vas plus repartir, n’est-ce pas, maman ? » demande-t-elle d’une petite voix inquiète. « Papa m’a dit que tu étais revenue pour rester. Pour toujours. »
Je n’arrive pas à répondre. Mon regard croise celui de Declan au-dessus de la tête de la fillette.
Il me fixe avec une intensité étouffante. Ses lèvres bougent à peine.
— Dis-lui oui.
Ma gorge se serre. Claire s’accroche davantage à moi, son petit visage trempé de larmes contre ma poitrine.
Je suis prise entre la terreur que m’inspire l’homme qui m’a enlevée et l’amour inexplicable que je ressens pour cette enfant dont je ne me souviens même pas avoir accouché.
— Je… je vais rester, murmuré-je d’une voix étranglée.
Claire pousse un petit cri de joie et me serre plus fort dans ses bras.
Declan sourit. Un sourire lent, sombre, triomphant.
Il s’approche et nous enlace d’un bras, puis dépose un baiser sur le sommet de ma tête.
— C’est bien, murmure-t-il.
Quelque chose se noue au fond de ma poitrine. Je viens de prononcer une promesse que je ne sais pas comment tenir, devant une enfant qui semble avoir attendu ces mots pendant des années.
Claire ne me lâche pas une seule seconde.
Je sens son petit cœur battre contre le mien, et quelque chose se brise un peu plus en moi.
— Tu trembles, maman, chuchote-t-elle en levant son visage couvert de larmes. Ses yeux bleus me regardent avec une inquiétude sincère. Tu as froid ? Papa peut te donner une veste. Il m’en donne toujours une quand j’ai froid.
Je suis incapable de parler. Ma gorge est trop serrée. Tout cela me dépasse : cette maison, les photographies, cette enfant qui m’appelle maman comme si j’étais la personne la plus importante au monde à ses yeux.
Derrière moi, Declan reste silencieux. Sa présence suffit à me rappeler que je ne suis pas ici de mon plein gré.
— Elle va bien, princesse, dit-il d’une voix étonnamment douce à l’adresse de sa fille. Elle est simplement fatiguée par le voyage. Nous allons monter dans sa chambre, d’accord ?
Claire acquiesce, mais refuse toujours de me lâcher. Elle prend ma main entre les siennes et m’entraîne dans l’escalier en parlant sans arrêt.
— Ma chambre est juste à côté de la tienne et de celle de papa. J’ai fait plein de dessins pour toi pendant que tu… dormais. Et l’ours en peluche que tu m’as offert quand j’étais bébé est toujours là. J’en ai pris soin tous les jours.
Chaque mot me transperce d’une douleur étrange. Je monte les marches comme si je traversais un cauchemar, consciente du regard de Declan posé sur moi.
Lorsque nous entrons de nouveau dans la chambre, je m’arrête sur le seuil.
Cette fois, je prends le temps de regarder autour de moi.
La pièce est magnifique. Les murs sont d’un doux ton crème, un grand lit est recouvert de draps blancs et un vieux télescope se tient près de la fenêtre. Des photographies sont disposées un peu partout : moi enceinte, moi tenant le bébé Claire dans mes bras. Une guitare repose contre le mur.
J’ai l’impression d’être une intruse dans la vie de quelqu’un d’autre.
Claire me conduit jusqu’au lit et m’invite à m’asseoir. Puis elle vient se blottir contre moi et m’enlace de nouveau.
— Tu vas dormir ici ce soir, n’est-ce pas ? Avec papa et moi ?
Je lève les yeux vers Declan. Il se tient dans l’encadrement de la porte, le visage impénétrable.
— Je… je ne sais pas, murmuré-je.
— Si, elle va dormir ici, répond-il en entrant dans la chambre. Avec nous.
Il referme la porte derrière lui.
Claire sourit, soulagée, puis se rapproche encore. Je passe presque instinctivement les bras autour d’elle. Mon corps semble connaître ce geste, même si ma mémoire ne m’en offre aucune explication.
Après un moment, Declan s’approche et caresse les cheveux de sa fille.
— Il est temps de te brosser les dents et de mettre ton pyjama, ma chérie. Demain, nous aurons toute la journée pour être ensemble.
Claire proteste doucement, mais finit par obéir. Avant de quitter la chambre, elle me serre une dernière fois dans ses bras et murmure à mon oreille :
— Je t’aime, maman. Même si tu ne te souviens pas encore de moi. Je t’attendrai aussi longtemps qu’il le faudra.
Lorsqu’elle sort, le silence retombe sur la pièce.
Declan verrouille la porte.
Je me lève aussitôt et croise les bras contre ma poitrine.
— Tu ne peux pas m’obliger à dormir ici.
Il s’avance lentement, puis s’arrête à quelques pas de moi. La chaîne argentée autour de son cou attire mon attention. L’alliance qui y est suspendue oscille légèrement lorsqu’il bouge.
— Je le peux, répond-il simplement. Et c’est ce qui va se passer.
Il me regarde droit dans les yeux.
— Tu peux prétendre que je suis un étranger. Tu peux pleurer, me détester et refuser de croire ce que je te raconte. Mais cette nuit, tu resteras dans cette chambre. Je veux que tu sois près de notre fille. Et je veux que tu comprennes que tu n’es pas seule ici.
Je déglutis difficilement.
— J’ai peur de toi, avoué-je dans un souffle.
Son expression change à peine. Pendant quelques secondes, il ne dit rien.
— Je le sais.
Il détourne les yeux vers les photographies posées sur la commode.
— Et je ne peux pas te demander de me faire confiance du jour au lendemain. Mais je ne te laisserai pas disparaître de nouveau sans comprendre ce qui s’est passé il y a six ans.
Je secoue la tête, incapable de savoir si ses paroles sont une promesse ou une menace.
— Tu ne peux pas décider de ma vie à ma place.
— Peut-être, répond-il d’une voix grave. Mais je ne peux pas non plus faire comme si rien ne s’était passé. Tu étais ma femme, Evie. Claire est notre fille. Et il y a six ans, nous avons perdu quelque chose que je n’ai jamais réussi à retrouver.
Ses paroles me laissent sans réponse.
Il désigne le lit d’un mouvement de la tête.
— Repose-toi. Tu as vécu suffisamment de choses aujourd’hui.
— Et si je refuse ?
— Alors nous parlerons demain. Mais je ne te laisserai pas sortir de cette maison tant que je ne serai pas certain que tu es en sécurité.
Je le fixe, le cœur battant.
— Tu appelles ça me protéger ? Tu m’as enlevée à mon mariage !
Une ombre traverse son visage.
— Je sais ce que j’ai fait.
Pour la première fois depuis que je le connais, sa voix semble porter le poids de quelque chose qui dépasse la colère.
— Et tu peux me haïr pour ça. Mais je ne pouvais pas te regarder épouser un autre homme sans essayer de comprendre comment tu avais pu oublier notre vie.
Je détourne le visage. Des larmes me montent aux yeux malgré moi.
— Je ne me souviens de rien, Declan. Rien du tout.
Il reste immobile un instant, puis recule vers la porte.
— Alors nous allons commencer par là.
Il ouvre la porte et s’arrête avant de sortir.
— Tu n’as pas besoin de retrouver tous tes souvenirs ce soir. Essaie simplement de te reposer.
Lorsqu’il s’en va, je reste seule au milieu de cette chambre qui semble contenir toute une vie dont j’ignore jusqu’à l’existence.
La pluie continue de frapper les fenêtres. Dans la pièce voisine, Claire doit déjà se préparer à dormir.
Je m’assieds au bord du lit et regarde les photographies.
Sur l’une d’elles, je tiens un bébé dans mes bras. Mon sourire est si naturel, si lumineux, que j’ai du mal à reconnaître mon propre visage.
Je passe un doigt sur le verre.
Qui étais-je avant de devenir Beatrice Ashford ?
Pourquoi ai-je oublié cette maison, cette enfant et l’homme qui prétend être mon mari ?
Et surtout, qu’est-ce qui m’est arrivé il y a six ans ?
Je n’ai aucune réponse.
Seulement cette certitude terrifiante : ma vie passée m’attend ici, enfermée quelque part dans les méandres de ma mémoire, et Declan semble prêt à tout pour que je la retrouve.
La pièce où l’on m’a enfermée n’a pas de fenêtres.Elle est petite, construite en pierre, avec un lit étroit, une table et une unique ampoule suspendue au plafond, qui clignote de temps à autre. L’air sent l’humidité et quelque chose de métallique que je préfère ne pas identifier. On a remplacé les menottes par une chaîne attachée à ma cheville gauche, reliée à un anneau de fer fixé au mur. Je peux faire quelques pas, mais pas beaucoup plus.Cela fait des heures qu’on m’a sortie du château.Richard n’est pas monté dans la voiture avec moi. Il est resté sur place pour s’occuper des dégâts laissés par notre petite escapade. On m’a emmenée ici, dans une vieille maison isolée, quelque part dans les Highlands. Je ne sais pas exactement où. Je n’ai rien pu voir pendant le trajet. On m’a bandé les yeux.Et maintenant, je suis là. Seule. Avec une chaîne à la cheville et une assiette de nourriture à laquelle je n’ai pas encore touché.La porte s’ouvre.Richard entre comme s’il venait rendre vi
Declan CallahanDeclan vit toute la scène se dérouler comme au ralenti.Evie avait dit qu’elle acceptait.Elle l’avait regardé de ses yeux qu’il connaissait si bien et lui avait dit qu’elle partirait.Puis on lui avait passé les menottes aux poignets.Declan sentit tout son corps se figer.— Evie… murmura-t-il d’une voix rauque, presque inaudible.Mais elle ne se retourna pas.Richard marchait devant elle, comme s’il défilait. Ses gardes encerclaient Evie de tous les côtés. Elle fut escortée hors du bureau sans opposer la moindre résistance. Sans regarder Declan. Sans regarder Harvey. Sans regarder personne.Quelque chose se brisa en lui.Il fit un pas en avant.— Evie !Une main se referma fermement sur son bras.Declan tourna la tête et aperçut Harvey à ses côtés. Son visage était grave, son regard brun déterminé.— Non, dit Harvey à voix basse. Ne la suis pas.Declan sentit la colère lui monter dans le cou.— Lâche-moi, gronda-t-il.Harvey ne le lâcha pas.— Si tu y vas maintenant,
Deux semaines plus tôt — dans la vieille maison.Après une longue réunion au sujet de l’opération, Declan était sorti pour parler avec Luka. Harvey m’avait entraînée dans la bibliothèque avant de refermer la porte derrière nous.Il était resté silencieux quelques secondes avant de prendre la parole.— Je te connais, Evie. Si les choses tournent mal… si Richard décide d’utiliser quelqu’un que tu aimes comme monnaie d’échange… tu voudras te livrer. Je te connais suffisamment pour le savoir.J’avais croisé les bras, sur la défensive.— Où veux-tu en venir ?Harvey avait fait un pas vers moi. Sa voix était basse, sérieuse.— Je veux que tu saches que, si nous en arrivons là, je n’essaierai pas de t’en empêcher. Mais j’aurai un plan. Un plan que nous serons les seuls à connaître. Declan ne doit pas être au courant. Il n’acceptera jamais de te laisser partir.Je l’avais regardé sans répondre.— Quel genre de plan ?— Quand tu partiras, j’interviendrai depuis l’intérieur du système du châtea
Le coup de feu de Maeve résonne encore dans les murs de pierre quand le silence tombe sur le bureau.Le corps de son père est effondré à côté de la table renversée. Le sang s'écoule lentement sur le vieux sol, sombre et épais. Maeve reste immobile, l'arme toujours pointée vers l'endroit où il se tenait. Ses mains tremblent. Des larmes coulent sur son visage sans qu'elle tente de les essuyer. Plus de vingt ans de traumatisme viennent de se résumer en un seul coup de feu.Aucun de nous ne parle.Harvey est à côté de moi, l'arme toujours levée, les yeux scrutant la pièce. Declan est près de la porte, couvert de sang et de fumée, sa poitrine se soulevant et s'abaissant rapidement après sa course à travers le château. Les hommes qui sont venus avec nous sont positionnés dans les couloirs, contenant ce qui reste de la résistance.C'est alors que je l'ai senti.Un frisson dans la nuque. La sensation que quelque chose n'allait pas. Comme si l'air avait changé de température.Richard est appar
Le château de Glenfinnan s'éveille dans la violence.Les premières charges explosent sur le côté sud à exactement 03h07 du matin. La détonation est profonde, gutturale, comme si la montagne elle-même avait poussé un cri. Le feu et la fumée s'élèvent contre le ciel encore sombre. Je sens la vibration dans ma poitrine, même si je suis du côté est, en train de grimper la falaise avec Harvey, Maeve et les quatre hommes de notre équipe d'infiltration.Nous montons dans un silence absolu jusqu'au moment des explosions. Après cela, le silence meurt.La première fusillade a lieu au pied de la tour est.Deux gardes apparaissent dans l'étroit couloir de pierre. L'un d'eux lève son arme dès qu'il nous voit. Je tire la première — deux rafales courtes et contrôlées. La première balle atteint son épaule. La seconde entre dans sa poitrine. Il s'effondre contre le mur de pierre, laissant une traînée sombre. Le second tente de se protéger derrière une colonne ancienne. Harvey se déplace rapidement de
La décision de traverser la mer du Nord vient de Declan.Après que Claire a été emmenée vers la cachette sécurisée, la vieille maison devient étrangement silencieuse. Nous ne pouvons plus compter sur les routes terrestres ou aériennes normales. Richard traque nos mouvements. Il l'a déjà prouvé plus d'une fois.— On va prendre un bateau — annonce Declan lors de la réunion du matin. — Mer du Nord. Direct vers la côte est de l'Écosse. Moins d'exposition. Moins de risques d'être vus par les caméras ou les radars qu'il contrôle.Harvey est immédiatement d'accord.— C'est la route la plus sûre maintenant. On loue un bateau discret. Sans enregistrement officiel. Avec un équipage de confiance. On s'approche assez près des Highlands et ensuite on continue par la route avec des véhicules déjà positionnés.Je suis assise à la table, la main sur mon ventre. Le bébé a bougé deux fois aujourd'hui. Une sensation légère, presque comme un petit papillon. Je regarde les deux hommes.— Et Maeve ? — dema
Le petit-déjeuner se termine dans un silence tendu que seule Claire ne semble pas ressentir. Elle bavarde joyeusement sur ses projets pour la journée, ignorant la tempête silencieuse qui se forme entre Declan et moi. Chaque fois que nos regards se croisent, je sens le poids de la promesse qu'il a m
Il éteint le téléphone et le range dans sa poche. La pièce reste silencieuse quelques secondes, seulement troublée par ma respiration haletante et la pluie incessante qui frappe contre les fenêtres.Je suis toujours menottée au lit, à moitié nue, mon corps palpitant là où il m'a touchée. La culpabi
Le jet avait atterri à Dublin sous une averse torrentielle qui semblait vouloir emporter le monde entier. Il m'a portée hors de l'avion, encore pendue à son épaule comme un trophée de guerre. Mes poings frappaient en vain son dos trempé, mais il ne sentait presque rien. Le vent glacial et la pluie
Le SUV fonce dans les rues détrempées de New York comme une bête désespérée fuyant un destin funeste. Sur la banquette arrière, je continue de me débattre, prisonnière sous son poids, mes poignets fragiles écrasés par l’une de ses mains fermement maintenue au-dessus de ma tête.Chacun de mes mouvem







