LOGINSCARLETT Simon me demanda en mariage un dimanche matin de novembre. Pas exactement avec cérémonie. Avec intention, ce qui était plus dans le style de Simon. Il n'avait jamais été un homme pour les grands moments orchestrés — aucune réservation de restaurant conçue pour l'occasion, aucun violoniste engagé pour apparaître à la bonne table, aucune chasse au trésor élaborée à travers une ville pleine de sens qu'il aurait dû expliquer après coup. C'était un homme qui comprenait que le bon moment n'avait pas besoin de décor. Il avait seulement besoin d'être vrai. Nous étions dans la cuisine. Version du dimanche matin, lunettes de lecture et journal et deux tasses de café tiédissant sur le comptoir et cette qualité particulière et sans hâte d'un matin qui n'allait nulle part. Dehors, novembre s'était installé dans son rythme gris et régulier, le jardin au-delà de la porte dépouillé jusqu'à sa structure nue, la fontaine coulant encore parce qu'Eduardo avait insisté sur le fait que le mécan
SIMONLa fontaine fut installée un samedi d'octobre.Eduardo avait effectivement eu des opinions sur le sol, livrées lors d'une visite de weekend en août avec la minutie sans hâte d'un homme qui avait passé des décennies à lire la terre comme d'autres lisent les visages. Il s'était accroupi dans le coin du jardin, avait enfoncé ses doigts dans la terre, l'avait frottée entre pouce et index, et l'avait déclarée trop argileuse et mal drainée, le genre de sol qui pourrirait la base d'une fontaine en deux hivers si personne n'y remédiait correctement.« Il te faudra du gravier en dessous, avait-il dit. Un vrai lit. Pas la fine couche que ces entreprises aiment vous vendre pour économiser sur la main-d'œuvre. »« Tu as déjà installé des fontaines ? » avais-je demandé.« J'ai tout installé », avait-il dit, ce dont j'avais appris depuis que ce n'était pas tant une exagération qu'une légère litote, et il avait recommandé une approche de drainage spécifique que l'entreprise du jardin avait mis
SCARLETTUn an après l'article.Je me tenais dans le studio Meridian en septembre et je pensais à ça. Pas parce que ça exigeait d'être marqué en particulier, mais parce que l'esprit fait ça, trouve des anniversaires sans qu'on le lui demande, les dépose tranquillement à côté de quoi que ce soit d'autre qu'on est en train de faire, jusqu'à ce qu'on les remarque.Un an depuis que Thomas Reeves avait publié son article, et que le monde avait eu ses neuf jours de bruit avant de passer à la chose suivante, comme le monde le faisait toujours, affamé et indifférent et finalement miséricordieux dans son attention brève.Le studio était à moi trois jours par semaine, l'arrangement Meridian, le reste du temps se déroulant sur le campus pour ma deuxième année. La lumière entrait par les fenêtres orientées au nord que Catherine m'avait promises lors de cette première rencontre, régulière, sans éclat, exactement le genre de lumière qu'on voulait pour du vrai travail plutôt que pour bien paraître e
SCARLETTAvril arriva, et nous déménageâmes.Le manoir Laurent fut emballé méthodiquement sur deux semaines. Le tableau de Monaco, enveloppé de trois couches de rembourrage par une équipe de déménageurs que Simon avait insisté à engager spécifiquement parce qu'ils avaient déjà manipulé des œuvres muséales. Les livres de la bibliothèque, mis en boîte dans l'ordre où ils étaient rangés sur les étagères pour qu'ils puissent y retourner de la même manière, bien que je soupçonnais qu'ils n'y retourneraient jamais vraiment — les maisons se réorganisaient autant que les gens. Les affaires de cuisine, les tasses dépareillées et les bons couteaux et le moulin à café qui nous avait accompagnés à travers plus de matins précoces qu'aucun de nous ne voulait compter. Le contenu d'un bureau qui avait accueilli tant de conversations de minuit, des croquis étalés sur son bureau à deux heures du matin, Simon lisant dans le fauteuil du coin pendant que je travaillais, tous les deux feignant de ne pas no
SCARLETTLa réunion chez Meridian eut lieu un mercredi, la dernière semaine de mars.Leurs bureaux se trouvaient dans un bâtiment reconverti au centre de la ville, le genre d'espace conçu pour paraître à la fois sérieux et créatif — un pari en grande partie réussi : brique apparente adoucie par des murs blancs, fenêtres industrielles filtrant la lumière grise du printemps, un hall qui sentait vaguement le cèdre et le papier frais. J'arrivai sept minutes en avance et m'assis dans l'espace d'accueil avec mon portfolio et la documentation de Threshold, avec le calme concentré particulier de quelqu'un qui s'était préparé sérieusement et faisait désormais confiance à cette préparation. Je n'avais rien répété. Anand m'avait appris que les réponses répétées sonnaient répétées, et que le travail n'avait pas besoin de performance. Il avait besoin de clarté.La femme de l'avant-première, qui s'appelait Catherine Holt, vint elle-même me chercher à l'accueil. Elle était plus grande que dans mon s
SCARLETTLe salon des diplômés avait lieu le 21 mars.L’événement annuel du programme, le point culminant du travail de l’année, se tenait dans un lieu assez grand pour compter et assez intime pour rester vrai. Invités de l’industrie, professeurs, famille, un peu de presse.Je m’y préparais depuis janvier de la façon précise dont on se prépare à quelque chose qui va arriver quoi qu’il arrive, en faisant le travail, en lui faisant confiance et en essayant de ne pas transformer la préparation en performance.La semaine précédente, j’avais terminé les dernières retouches de la sixième pièce. La pièce ordinaire. La pièce du jeudi. Celle qui ressemblait à une vie plutôt qu’à une conclusion.Je l’avais placée sur le sixième mannequin et m’étais reculée pour regarder la collection entière pour la première fois comme une chose complète.Les six pièces en séquence. La lumière de l’atelier les saisissait différemment selon les angles. La première pièce, structurée et formelle, l’avant. La pièce
Les mots planaient entre eux comme une évidence. Impossible de revenir en arrière.Scarlett resta figée, incapable de réfléchir, les jambes encore tremblantes, le cœur battant la chamade.Simon se leva lentement, s'essuyant la bouche du revers de la main comme s'il venait de terminer une action ban
Cette nuit-là, tandis que Scarlett se lavait, elle ne put s'empêcher de s'imaginer et de se toucher. Des pensées sur le jardin, sur la façon dont Simon avait effleuré ses lèvres, sur la façon dont il l'aurait prise avec possessivité, emplissaient son esprit. Son corps savait à quel point elle le dé
Le problème avec les choses interdites, c'est qu'une fois qu'on y a goûté, même un tout petit peu, tout le reste paraît terriblement fade.Scarlett s'en rendit compte trois jours plus tard, assise à déjeuner avec sa mère, faisant semblant de ne pas entendre la voix de Simon lui ordonner de remettre
Scarlett évita Simon pendant trois jours, du moins elle essaya. Le manoir Laurent était à la fois trop grand et trop intime. Même en son absence, Scarlett le sentait partout. Elle n'arrivait pas à se sortir de la tête la main posée sur son menton. Quel joli menteur !Ce simple souvenir la fit rougi







