LOGINIl me maintient d'une main, de l'autre, il déboutonne son pantalon, j'entends le bruit, le bruit du métal, le bruit de la fermeture éclair, le bruit de l'inévitable, je ferme les yeux plus fort, je serre les dents, je serre les poings, je serre tout ce que je peux serrer, je vais survivre, je vais survivre, je vais survivre, c'est ce que je me répète, c'est ce que je me dis, c'est ce que je me promets, je vais survivre, je vais survivre, je vais survivre. Il me pénètre, d'un coup, d'un seul, sans préparation, sans douceur, sans rien, la douleur est atroce, une douleur qui me déchire, une douleur qui me brûle, une douleur qui me tue, mais la poudre dans mon sang émousse tout, la poudre dans mon sang éloigne tout, la douleur est là, quelque part, au fond, mais elle est lointaine, comme si elle arrivait à quelqu'un d'autre, comme si elle arrivait à une autre, comme si elle arrivait à une fille que je ne connais pas, une fille que je ne suis pas, une fille qui n'existe pas. Il bouge, i
ZairaJe ne bouge plus, je ne peux plus bouger, mon corps ne m'obéit plus, mes jambes tremblent, mes bras sont lourds, ma tête tourne, je vais tomber, je vais m'évanouir, je vais mourir, je le sens, je le sais, c'est la fin, c'est la fin de tout, c'est la fin de moi.Je ne sais pas ce qui s'est passé, je ne sais pas ce qu'il m'a fait, je ne sais pas ce qu'il y avait dans ce verre, j'ai bu, une gorgée, deux gorgées, il me l'a demandé, il me l'a demandé avec cette voix douce, cette voix de père, cette voix qui ne ressemblait pas à la sienne, et j'ai bu, parce que je ne savais pas dire non, parce que je ne savais pas partir, parce que je ne savais pas encore que je suis tombée dans un piège, et maintenant, tout est flou, tout est lent, tout est lourd, les murs bougent, le sol tangue, les lumières dansent, je suis dans un rêve, un mauvais rêve, un cauchemar dont je ne peux pas me réveiller, je voudrais crier, je voudrais hurler, je voudrais appeler à l'aide, mais ma voix ne sort pas, ma g
OttavianoElle ne bouge pas, elle me regarde, ses yeux noirs sont pleins de larmes, des larmes qu'elle retient, des larmes qu'elle ne veut pas laisser couler, des larmes qui me plaisent, j'aime les larmes, j'aime les larmes retenues, j'aime les larmes qui ne tombent pas, j'aime les gens qui souffrent en silence, j'aime les gens qui essaient de ne pas craquer, j'aime les gens qui se croient forts, parce que c'est ceux-là qui craquent le plus fort, c'est ceux-là qui s'effondrent le plus vite, c'est ceux-là qui hurlent le plus fort quand on les brise, la dernière fois, elle ne pleurait pas, la dernière fois, elle souriait, la dernière fois, elle était heureuse, ce soir, elle pleure, ce soir, elle a peur, ce soir, elle sait.— J'ai dit : enlevez votre manteau.Elle ne bouge pas, elle tremble, de la tête aux pieds, comme une feuille, comme une feuille morte, comme une feuille qui va tomber, je pose ma main sur son épaule, je la serre, je la pousse, elle recule, son dos frappe le mur, un br
ZairaIl parle de Leandro, depuis dix minutes, il parle de Leandro, de son enfance, de ses premières lectures, de son premier vélo, de sa première communion, de ses notes à l'école, de son refus d'entrer dans l'entreprise familiale, de ses livres, de ses rêves, de ses silences, il parle de lui avec une tendresse qui me surprend, qui me déstabilise, qui me fait douter, la dernière fois, il n'avait pas dit un mot sur Leandro, la dernière fois, il nous avait reçus comme des étrangers, comme des gens de passage, comme des importuns, ce soir, il me parle de son fils comme si je comptais, comme si j'étais quelqu'un, comme si j'avais le droit d'entendre ces choses, est-ce que c'est vraiment un monstre ? Est-ce que Fiorenza s'est trompée ? Est-ce que les rumeurs sont fausses ? Est-ce que je suis en train de me faire manipuler, ou est-ce que je suis en train de découvrir un père ?Il me montre des photos, des photos de Leandro enfant, un petit garçon aux cheveux bruns, aux yeux clairs, qui rit
OttavianoJe la regarde entrer, je l'ai déjà vue, une fois, il y a quelques semaines, Leandro l'avait amenée, il avait insisté, il avait dit qu'il voulait que je la rencontre, qu'elle comptait pour lui, qu'elle était différente, qu'elle n'était pas comme les autres, j'avais accepté, par curiosité, par calcul, par habitude, je voulais voir de quoi il s'agissait, je voulais mesurer la menace, je voulais savoir à qui j'avais affaire, elle était entrée dans le petit salon, timide, effacée, les yeux baissés, la voix douce, elle avait serré ma main, une main molle, une main de rien, elle s'était assise sur le bord du fauteuil, comme si elle avait peur de salir le tissu, elle avait répondu à mes questions par des phrases courtes, polies, insignifiantes, elle étudiait la littérature, elle aimait les livres, elle n'avait pas de famille, pas d'argent, pas de relations, une fille invisible, une fille qu'on oublie, une fille qu'on écrase, ce soir-là, je l'avais classée dans la catégorie des chose
ZairaLe taxi s'arrête devant un portail en fer forgé, immense, noir, surmonté d'un blason que je ne reconnais pas, deux lions rampants, une couronne, des initiales entrelacées, je paye le chauffeur, il me regarde dans le rétroviseur, un peu trop longtemps, comme s'il voulait me dire quelque chose, comme s'il savait où je vais, comme s'il savait ce qui m'attend, je sors, je claque la portière, le taxi s'éloigne, je reste seule devant ce portail.La maison est derrière, je la devine plus que je ne la vois, cachée par un rideau d'arbres, par une allée de gravier qui serpente entre des cyprès hauts comme des tours, des lumières jaunes filtrent à travers les branches, des fenêtres s'allument quelque part, à l'étage, une fontaine murmure dans le jardin, je sens l'odeur du jasmin, malgré le froid, malgré la saison, c'est trop, c'est trop beau, c'est trop grand, c'est trop tout.La dernière fois que je suis venue ici, Leandro était avec moi, sa main dans la mienne, sa voix qui me disait de n







