LOGINPDV d'EliosJe me réveille chaque matin dans une maison que l'on me dit être la mienne, avec souvent un visage près de moi que tout le monde affirme que j'aimais. Et pourtant, rien ne me revient. Rien.Pas une image. Pas un souvenir.Juste cette sensation confuse, un écho d'émotion sans forme, comme un rêve qu'on essaie de retenir dans les doigts au réveil.La première fois que j'ai vu Léa, après l'opération, elle pleurait. Je ne savais pas pourquoi. J'avais l'impression de la connaître, quelque part, sans savoir d'où. Comme si sa voix faisait vibrer un fil invisible à l'intérieur de moi, mais un fil cassé.Elle m'a souri, malgré la fatigue, et elle a dit doucement :— « Tu es là, c'est tout ce qui compte. »Je n'ai rien su répondre.Je la regardais comme un étranger regarde la mer pour la première fois : avec fascination et peur mêlées.Elle s'occupait de moi sans relâche. Elle m'aidait à marcher, à manger, à rire. Elle parlait de « nous » comme si ce mot devait suffire à me guérir.
PDV de LéaLe jour de sa sortie de l'hôpital, le ciel avait cette couleur indécise, quelque part entre le gris et l'espoir.Elios marchait à mes côtés, plus lentement qu'avant, chaque pas encore mesuré, prudent, comme s'il redécouvrait le monde à travers une brume invisible. Il portait un manteau léger, offert par Mathis, et son regard se perdait souvent dans le vide, absorbé par des choses simples : le bruit d'un moteur, la rumeur des passants, le parfum d'un café ouvert sur la rue.Tout semblait nouveau pour lui. Comme un enfant qui revient à la vie sans savoir d'où il vient.Je le regardais en silence.Ses traits avaient retrouvé de la couleur, sa démarche, un peu de force. Mais ses yeux, ces yeux qui autrefois savaient tout dire, semblaient toujours chercher un sens qu'ils ne trouvaient pas.— « Tu es sûr que tu veux rentrer directement ? » demandai-je doucement.Il hocha la tête.— « Oui. J'aimerais voir cet appartement dont tout le monde parle. Peut-être que ça m'aidera à… »Il
PDV de LéaLes jours s'étiraient, semblables à une prière qu'on répète sans jamais obtenir de réponse. Depuis son réveil, le temps avait perdu toute mesure. Chaque matin recommençait avec la même douleur : son regard posé sur moi sans reconnaissance, sans cette lueur qui faisait autrefois trembler mon cœur.Je venais à l'hôpital dès l'aube, comme une ombre fidèle. La chambre baignait toujours dans cette clarté pâle, douce et cruelle à la fois. Elle éclairait son visage, ce visage que j'aimais plus que tout, mais que je devais réapprendre à lui faire aimer.Il ne se souvenait de rien.Ni de la maison de Victor, ni de Mathis, ni même de son propre rire. Et moi, j'étais devenue pour lui une étrangère obstinée, qui refusait d'admettre la distance que l'oubli avait creusée entre nous.— « Vous êtes encore là, madame ? » me demanda un jour une infirmière en me tendant un café tiède.Je lui souris faiblement.— « Oui. Il faut bien que quelqu'un se souvienne pour deux. »Elios me regardait so
PDV de LéaLa chambre baignait dans une clarté laiteuse du petit matin. Une lumière fragile, presque irréelle, filtrait à travers les rideaux pâles et venait caresser son visage inanimé. Le silence, lourd et suspendu, avait la densité d'une prière. Depuis des heures, peut-être des jours, je ne savais plus, je restais là, immobile, la main posée sur la sienne, comme si ma chaleur pouvait encore le retenir dans ce monde.J'avais passé la nuit à son chevet, incapable de fermer l'œil. Chaque tic de l'horloge me transperçait, chaque souffle de la machine me rappelait que je ne pouvais qu'attendre, impuissante, spectatrice d'un combat que je ne pouvais pas livrer à sa place. Ses paupières restaient closes, ses mains inertes. Et pourtant, au fond de moi, quelque chose refusait d'abandonner.Il allait revenir. J'en étais certaine. Ce n'était ni de la foi ni de la raison. C'était une conviction primitive, viscérale, celle qu'on porte dans la chair quand on aime au-delà du possible.Je tenais t
PDV de LéaLe médecin inspira lentement, comme s'il portait tout le poids de nos vies entre ses lèvres.Son regard glissa sur nous, mélange de fatigue, de gravité, et de ce fardeau silencieux que seuls ceux qui côtoient la frontière entre la vie et la mort connaissent vraiment. Dans la salle d'attente, le temps s'était figé. Les néons pâles diffusaient une lumière froide sur nos visages tendus, nos doigts serrés, nos respirations suspendues. Chaque tic-tac de l'horloge semblait résonner dans ma poitrine comme un battement d'angoisse.— « L'opération s'est déroulée comme prévu. »Un souffle collectif parcourut la salle, libérant une tension presque insoutenable. Une vague de soulagement me traversa tout entière, mais au lieu d'apaiser la douleur, elle la fit vibrer davantage. Le médecin avait prononcé des mots rassurants, et pourtant ses yeux. Ses yeux restaient graves.— « Nous avons évacué l'hématome et stabilisé l'hémorragie. C'était délicat, mais nous avons pu contenir la pression
PDV de Léa« Nous suspectons un hématome intracrânien. Il faut l'opérer immédiatement. »Ces mots ne furent pas seulement prononcés : ils s'abattirent sur la chambre comme une hache tranchant net le peu d'air qui nous restait. Ils s'incrustèrent dans mes tempes, ricochèrent dans mon crâne, résonnèrent comme un glas funèbre. Un instant, je crus avoir mal entendu. Mon esprit affolé chercha désespérément une échappatoire. Mais l'urgence brillait dans les yeux du médecin, une urgence glaciale, sans détour. Et je lus la même peur dans les regards de Mathis, de Théo et de Liana : une ombre qui nous couvrait tous.— « Une opération ? Non. Pas lui. Pas maintenant. » soufflai-je, ma voix étranglée, brisée, comme si elle sortait d'un corps qui n'était déjà plus le mien.Mon cœur cognait dans ma poitrine comme une bête en cage. Mes doigts, crispés autour de la main d'Elios, tremblaient d'une panique animale, instinctive. Je serrais de toutes mes forces, persuadée que si je lâchais, il glisserait







