로그인Cette nuit-là, je fais un rêve d'elle. Ce n'est pas un cauchemar. Ce n'est pas non plus un rêve érotique , je m'attendais à en avoir un, avec la lettre lue, avec le fantôme qui a bougé, avec ce contexte remué. Non. Je rêve d'elle sur un banc. Un banc que je ne reconnais pas. Elle est assise, elle regarde devant elle, elle ne me voit pas. Elle est habillée en noir. Elle est plus mince que dans mon souvenir. Elle a le visage tourné vers un horizon qu'elle seule voit.Je passe à côté d'elle dans le rêve. Je ne m'arrête pas. Elle ne se retourne pas. Nous ne nous parlons pas. Je continue.Je me réveille à six heures et demie. Le rêve me quitte doucement. Je me sens calme.Je descends. Ma tante fait du thé.— Bien dormi ?— Oui.— Ta cousine appelle-t-elle Sarah est venue hier soir. Elle avait l'air pressée.— On avait un truc à faire.— D'accord.Elle ne pose pas plus de questions. Je bois mon thé.
Elle peut être vraie ou fausse. Elle peut être calculée ou sincère. Ça n'a aucune importance. Ce qui importe, c'est ce que j'ai vécu à Northwood. Ce qui importe, c'est le mot souris. Ce qui importe, c'est elle a bien servi son rôle. Ces mots-là ont été prononcés. Ces mots-là ne sont pas rattrapables par une insinuation trois mois plus tard.Je respire.Je prends le téléphone. J'appelle Sarah.Elle décroche à la deuxième sonnerie.— Ça va ?— J'ai lu la lettre.Silence.— J'arrive.— Tu es sûre ?— J'arrive.Elle raccroche.Vingt minutes plus tard, la sonnette. Ma tante n'est toujours pas rentrée. J'ouvre. Sarah est là, à vélo. Elle a le visage rouge. Elle est essoufflée.— Monte, je dis.Nous montons. Je referme la porte de la chambre. Je m'assois sur le lit. Elle s'assoit à côté de moi, en tailleur.Je lui tends la lettre.Elle la prend. E
EvelynJe lis.Ma respiration est plus lente que d'habitude. Je le remarque en lisant, comme si mon corps, pour se protéger, avait décidé de tourner à moitié régime. Je respire un peu comme on respire sous l'eau. J'entends les battements de mon cœur dans mes oreilles.Sa lettre commence par mon prénom.Evelyn.Un mot. Une ligne à lui seul. En dessous, un espace. Puis le texte commence.Elle m'écrit qu'elle a mis des semaines à trouver l'adresse. Qu'elle est passée par plusieurs personnes. Qu'elle a fini par la trouver chez une amie d'une amie d'un cousin. Elle m'écrit qu'elle sait que je ne veux plus l'entendre. Qu'elle respecte le silence. Qu'elle ne compte pas rappeler. Qu'elle ne va pas me chercher.Puis vient le vrai texte de la lettre. Le corps. Trois paragraphes.Le premier paragraphe est une reconnaissance. Elle écrit qu'elle a menti. Qu'elle m'a utilisée. Que le plan avec Jade a bien existé, exactement comme je l'ai entendu à travers la porte. Qu'elle n'a rien à ajouter, rien
Evelyn Le lendemain matin, à la cantine, la rumeur passe. C'est un jeudi. Je suis assise avec Sarah, Lily, Alix. Nous avons nos plateaux. Nous parlons de rien , d'un contrôle de maths, du fait qu'Alix va couper ses cheveux dimanche. À la table d'à côté, deux filles chuchotent. Elles chuchotent trop fort. C'est le mode par défaut des gens qui veulent que d'autres entendent en faisant semblant de ne pas vouloir. — …tu sais quoi, apparemment elle vient ici l'an prochain. — Qui ? — Elle. La fille de Northwood dont tout le monde parle. Scarlett. Mon oreille s'attache à ce mot. Elle s'attache toute seule. Le mot est un aimant. Le mot est un aimant que je pensais avoir démagnétisé et qui, apparemment, tire encore. Je baisse les yeux vers mon plateau. Je respire. À côté, Lily continue de parler d'Alix et de ses cheveux. Elle n'a rien entendu, elle. Elle ne sait rien, elle. Sarah, en face, elle, a entendu. Je le vois à ses yeux qui se sont durcis d'un coup. Elle regarde vers
Elle hoche la tête. Elle ne pousse pas. — Et toi ? — Ma famille a déménagé en janvier pour le travail de ma mère. On habitait à Fontenay avant. — Tu connais quelqu'un ici ? — Pas trop. J'ai quelques copines à l'école. Personne de très proche encore. Silence. — C'est difficile, non ? dis-je. Changer d'école en cours d'année. — Oui. Tu sais ce que c'est. — Je sais ce que c'est. Elle sourit. Nous buvons. Le chocolat est trop chaud. Elle repose sa tasse trop vite. Elle se brûle la langue. Elle grimace. — Aïe. — Attention. Elle rit d'elle-même. Nous parlons. Nous parlons d'art. Elle me demande depuis quand je dessine. Je réponds. Elle me raconte qu'elle a commencé à cinq ans avec son grand-père qui était peintre amateur. Elle me montre sur son téléphone une photo d'une toile de son grand-pè
Nous ne nous serrons pas la main. Nous ne nous embrassons pas la joue. Nous restons une seconde à nous regarder, un peu maladroites, avec chacune une feuille roulée sous le bras. — À mardi. — À mardi. Je pars. Dans le couloir, je souris toute seule. Je pense : tiens, je viens d'inviter une fille à prendre un café. Je pense : personne ne m'a poussée. Personne ne m'a soufflé les mots. Je l'ai fait toute seule. Ma main droite frôle ma poche. La lettre est toujours là. Elle est toujours là et pourtant, en ce moment précis, je ne pense plus à elle. Je pense à des yeux verts ou bruns clairs, je n'ai pas décidé. Je pense à une main qui tient le fusain à plat. Je pense à un mardi prochain. Le fantôme, dans le coin de ma tête, s'est ratatiné à nouveau. Il est revenu à la taille d'un grain de café. La lettre lui a redonné un peu d'ampleur







