LOGINL'obscurité de la nuit était déchirée par les néons vibrants du club privé. Dès qu'Adrien pénétra dans l'établissement, les basses profondes de l'électro moderne percutèrent sa poitrine. Hugo et Salif l'attendaient déjà, entourés de l'agitation frénétique des fêtards parisiens.
— Eh, le patron ! hurla Hugo pour dominer le vacarme. Ce soir, on laisse le cabinet à la porte et on décompresse !
Adrien leva son verre, une étincelle de défi dans les yeux.
— À la liberté et aux nuits sans fin, les gars !
Ils se dirigèrent vers le carré VIP.
— Trois whiskys, les plus corsés, commanda Salif au barman qui s'exécuta avec agilité.
Adrien balaya la salle du regard, savourant l'anonymat et l'ivresse ambiante.
— Vous n'imaginez pas le calme que ça fait... Ici, personne ne me parle de mariage ou de cousine têtue qui débarque de Nice pour envahir mon espace.
Hugo ricana en sirotant son verre.
— Ta mère ne lâche pas l'affaire, hein ? Elle veut te voir passer la bague au doigt.
— Elle a même invité une nièce du Sud pour "changer l'air" de la maison, grommela Adrien. Une fille qui, paraît-il, a un caractère de chien. Ça promet un enfer domestique.
Salif lui donna une tape amicale sur l'épaule.
— Qui sait ? Peut-être que c'est exactement ce qu'il te faut. Quelqu'un pour te remettre un peu les pieds sur terre.
Adrien lui lança un regard noir, bien que tempéré par l'alcool.
— Toi aussi, tu vas t'y mettre ? Je ne suis pas un projet de rééducation sociale.
Une jeune femme sublime, vêtue d'une robe pailletée qui épousait ses formes, s'approcha alors du groupe avec un sourire prédateur.
— Messieurs, vous êtes ici pour refaire le monde ou pour brûler le dancefloor ?
Hugo, toujours le premier sur l'ambiance, se leva d'un bond.
— On est ici pour brûler tout ce qui peut l'être ! En avant !
Adrien hésita un instant, songeant à la jeune femme qui, à cet instant même, devait préparer ses bagages sur la Côte d'Azur. Puis, d'un geste sec, il vida son verre et suivit ses amis vers la lumière, bien décidé à savourer ses dernières heures de tranquillité avant l'arrivée de la tempête.
L'ambiance dans le carré VIP était devenue électrique. La musique, un rythme lourd et sensuel, semblait dicter le rythme des battements de cœur. Adrien, grisé par le whisky et l'envie de s'évader de ses pressions familiales, ne quittait pas des yeux la jeune femme qui l'avait abordé. Elle s'appelait Inès, une habituée des nuits parisiennes qui savait exactement comment flatter l'ego des hommes de pouvoir.
— Tu as l'air ailleurs ce soir, Adrien, murmura-t-elle à son oreille, sa voix n'étant qu'un souffle chaud contre sa peau.
— Juste besoin d'oublier que demain, ma vie privée risque de devenir un champ de bataille, répondit-il en resserrant sa main autour de sa taille.
Inès laissa échapper un rire léger et passa ses bras autour de son cou.
— Alors oublie. Ici, il n'y a ni famille, ni demain. Il n'y a que nous.
Adrien ne se le fit pas dire deux fois. Il avait toujours utilisé ces rencontres éphémères comme un exutoire, une manière de prouver qu'il restait maître de ses désirs face à une mère qui voulait le voir rangé. Il fit signe à Hugo et Salif qu'il quittait la partie, ignorant leurs sifflements moqueurs.
Quelques minutes plus tard, dans le silence feutré et luxueux d'une suite d'hôtel qu'il gardait à l'année pour ses escapades discrètes, la tension de la boîte de nuit laissa place à une urgence plus charnelle.
Adrien ne cherchait pas la tendresse, il cherchait la domination, une façon de reprendre le contrôle que sa mère tentait de lui enlever avec cette histoire de cousine. Il projeta Inès contre le matelas spacieux, ses gestes étaient assurés, presque impérieux. Sous la lumière tamisée des lampes de chevet, les vêtements tombèrent rapidement, laissant place au contact brûlant des peaux.
Leurs corps s'entremêlèrent dans une lutte passionnée. Adrien se laissait emporter par les sensations, cherchant dans le plaisir physique un remède à son agacement. Inès, de son côté, jouait son rôle à la perfection, répondant à chaque caresse avec une intensité calculée. Pour Adrien, ce moment n'était qu'une transaction de plaisir, une parenthèse où l'argent et le statut n'avaient pas d'importance, seule comptait l'immédiateté de l'acte.
Lorsqu'enfin le calme revint, Adrien se redressa, s'asseyant au bord du lit. Il fixa le vide, le souffle encore court.
— Tu es déjà prêt à repartir ? demanda Inès, allongée dans les draps de soie.
— Le travail n'attend pas, répondit-il d'un ton sec, retrouvant instantanément son masque de glace.
Le silence de cette suite d’hôtel est une bénédiction, ou peut-être une punition. Je ne sais plus trop. Je boutonne ma chemise avec une précision mécanique, sans un regard pour Inès qui s'étire dans les draps de soie derrière moi. Elle est belle, sûrement intelligente à sa manière, mais elle n'est qu'un bruit de fond. Un exutoire.
Une transaction.
Je ramasse ma montre sur la table de chevet. 3 h 45. Le cadran brille d'un éclat froid, comme mon humeur. Dans quelques heures, je serai au cabinet, face à des bilans qui, au moins, ont le mérite d'être honnêtes. Les chiffres ne mentent jamais. Ils ne cherchent pas à vous séduire pour votre patrimoine, ils ne vous tendent pas de pièges familiaux au détour d'un dîner.
Clémence.
Le prénom résonne dans ma tête comme une dissonance. Une cousine de province qui débarque avec ses grands airs et son « tempérament de feu » selon ma mère. Je sens déjà l'agacement monter, cette certitude qu'elle ne sera qu'une variable de plus à gérer, un parasite dans mon sanctuaire de verre et d'acier.
Ma mère pense me connaître. Elle pense qu'en mettant une femme de caractère sur mon chemin, elle va réveiller quelque chose de dormant. Elle se trompe. J'ai construit ma vie pour que rien ne puisse me surprendre, encore moins une gamine de vingt-trois ans envoyée pour jouer les dames de compagnie.
Je me regarde dans le miroir en ajustant mon col. Le visage qui me fait face est celui d'un homme qui ne laisse rien au hasard. Adrien Beaumont, l'expert-comptable au cœur de pierre. C'est mon armure, et elle n'a jamais failli.
« Qu'elle vienne, » murmuré-je pour moi-même en saisissant mes clés.
Elle veut voir Paris ? Je vais lui montrer ce qu'est la réalité de cette ville. Elle veut se frotter à mon autorité ? Je vais la briser avec une politesse si glaciale qu'elle regrettera la douceur de son Sud natal dès la première semaine.
Je quitte la chambre sans un mot d'adieu. La nuit parisienne m'appartient encore pour quelques heures, avant que la tempête ne franchisse le seuil de ma porte. Mais ce qu'ils oublient tous, c'est que je suis la tempête. Et rien, absolument rien, ne vient troubler l'ordre que j'ai instauré.
Pov: Adrien Le vacarme de la Gare de Lyon s'est transformé en un bourdonnement lointain, comme si le monde entier venait de passer en sourdine. Je suis resté là, planté sur mes chaussures à huit cents euros, avec le sentiment ridicule d'avoir été pris de court.Moi, Adrien Beaumont, l'homme qui anticipe les krachs boursiers et les trahisons d'associés, je me retrouve désarmé par une gamine de vingt-trois ans qui descend d'un train de province.Ce n'est pas ce qui était prévu.Dans mon esprit, Clémence devait être une petite chose insignifiante, peut-être un peu trop bavarde, avec des manières de villageoise qu'il me serait facile d'écraser de mon mépris. Mais la femme qui se tient devant moi... elle a une présence qui m'insupporte autant qu'elle me fascine. Son trench-coat tombe parfaitement, ses yeux ne cillent pas. Elle ne me regarde pas comme un « grand cousin » ou comme un « riche expert-comptable ». Elle me regarde comme si elle lisait à travers mon costume sur mesure.« Je vous
Le trajet vers la Gare de Lyon, au cœur de Paris, se fit dans un silence de plomb. Adrien était au volant de sa luxueuse berline allemande, les mains crispées sur le cuir du volant. À ses côtés, sa mère, Béatrice, fixait la route, le visage serein mais l'esprit aux aguets.La voiture glissait sur les quais de Seine. Le paysage parisien défilait : les immeubles haussmanniens, le reflet du soleil sur le fleuve et l'agitation matinale de la capitale.— Tu pourrais au moins détendre tes traits, Adrien, finit par lâcher sa mère sans détourner les yeux. On sent ton agacement à des kilomètres.Adrien laissa échapper un rire sec, presque nerveux.— Qu'est-ce que tu attends de moi, maman ? Que je saute de joie ? J'ai passé une partie de la nuit sur des dossiers... (il mentit par omission, masquant son escapade avec Inès) et maintenant, je dois jouer les chauffeurs pour une gamine dont j'ai à peine un souvenir flou.— Ce n'est pas une gamine. C’est la fille de Martine. Elle a ton sang. Et d'apr
Le lendemain matin, à la demeure des Beaumont, l'ambiance était à l'effervescence. Zoé avait déjà préparé le petit-déjeuner et Julien, pour une fois, était debout.Adrien entra dans le salon, les traits tirés par le manque de sommeil, mais impeccablement vêtu d'un costume gris anthracite.— Tiens, le revenant, lança Julien avec un sourire en coin. Tu as l'air d'avoir passé une nuit... productive.Adrien l'ignora et se tourna vers sa mère qui entrait dans la pièce, le visage rayonnant.— Adrien, c'est l'heure. Le train de Nice vient d'arriver à la Gare de Lyon. Tu vas m'accompagner pour l'accueillir.— Maman, j'ai des réunions importantes... commença-t-il.— Tes réunions attendront, coupa Béatrice avec une autorité inhabituelle. C'est ta famille, Adrien. Et je veux que tu sois le premier visage qu'elle voit en arrivant ici.Adrien soupira lourdement, ajustant les boutons de ses manchettes avec une nervosité contenue. L'odeur du café et des viennoiseries que Zoé avait préparées lui semb
L'obscurité de la nuit était déchirée par les néons vibrants du club privé. Dès qu'Adrien pénétra dans l'établissement, les basses profondes de l'électro moderne percutèrent sa poitrine. Hugo et Salif l'attendaient déjà, entourés de l'agitation frénétique des fêtards parisiens.— Eh, le patron ! hurla Hugo pour dominer le vacarme. Ce soir, on laisse le cabinet à la porte et on décompresse !Adrien leva son verre, une étincelle de défi dans les yeux.— À la liberté et aux nuits sans fin, les gars !Ils se dirigèrent vers le carré VIP.— Trois whiskys, les plus corsés, commanda Salif au barman qui s'exécuta avec agilité.Adrien balaya la salle du regard, savourant l'anonymat et l'ivresse ambiante.— Vous n'imaginez pas le calme que ça fait... Ici, personne ne me parle de mariage ou de cousine têtue qui débarque de Nice pour envahir mon espace.Hugo ricana en sirotant son verre.— Ta mère ne lâche pas l'affaire, hein ? Elle veut te voir passer la bague au doigt.— Elle a même invité une
À plusieurs centaines de kilomètres de là, l'ambiance était radicalement différente. Dans un bureau feutré de Paris, Adrien Beaumont régnait sur son empire de bois sombre et de verre. La lumière dorée du crépuscule filtrait à travers les stores, découpant des ombres géométriques sur le tapis épais. Face à lui, deux collaborateurs semblaient presque intimidés par son mutisme calculé.— Reprenons, dit enfin Adrien d'une voix calme mais impérieuse, tout en faisant tourner un stylo de luxe entre ses doigts. Le client de Lyon exige que l'audit soit avancé de soixante-douze heures. Est-ce un objectif réaliste ou une utopie ?Marc, le vétéran de l'équipe, s'ajusta nerveusement.— Techniquement, c'est jouable, patron. Mais cela demande de réorganiser toute la chaîne et d'imposer des heures supplémentaires épuisantes à l'équipe de nuit.— Alors nous paierons le prix fort pour ces heures, trancha Adrien sans sourciller. Je refuse le moindre compromis sur la qualité. Notre réputation est bâtie s
À Nice, l'air de la petite cuisine était saturé par une vapeur délicieusement odorante. Clémence Vallet était penchée sur une imposante marmite en fonte, maniant sa grande cuillère en bois avec une concentration quasi religieuse. Elle mélangeait le riz d'un geste fluide, veillant à ce que chaque grain s'imprègne de l'huile et du suc des oignons caramélisés. À ses côtés, sa mère, Martine, maintenait une cadence effrénée, le couteau heurtant la planche à découper dans un rythme métronomique.— Clémence, arrête un peu de tourmenter ce riz ! lança Martine sans lever les yeux de ses légumes. Tu vas finir par en faire de la bouillie.Clémence redressa sa silhouette élancée, une mèche de cheveux s'échappant de son chignon. Un sourire malicieux étira ses lèvres, mais son ton resta ferme :— Mais maman, c'est moi qui connais la musique ! Si on ne le travaille pas avec douceur dès maintenant, la texture ne sera jamais parfaite.Martine suspendit son geste, soupira et secoua la tête. Elle ne pou







