INICIAR SESIÓN
À Nice, l'air de la petite cuisine était saturé par une vapeur délicieusement odorante. Clémence Vallet était penchée sur une imposante marmite en fonte, maniant sa grande cuillère en bois avec une concentration quasi religieuse. Elle mélangeait le riz d'un geste fluide, veillant à ce que chaque grain s'imprègne de l'huile et du suc des oignons caramélisés. À ses côtés, sa mère, Martine, maintenait une cadence effrénée, le couteau heurtant la planche à découper dans un rythme métronomique.
— Clémence, arrête un peu de tourmenter ce riz ! lança Martine sans lever les yeux de ses légumes. Tu vas finir par en faire de la bouillie.
Clémence redressa sa silhouette élancée, une mèche de cheveux s'échappant de son chignon. Un sourire malicieux étira ses lèvres, mais son ton resta ferme :
— Mais maman, c'est moi qui connais la musique ! Si on ne le travaille pas avec douceur dès maintenant, la texture ne sera jamais parfaite.
Martine suspendit son geste, soupira et secoua la tête. Elle ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de fierté devant cette assurance.
— Toujours aussi têtue, hein ? À chaque fois que je te regarde, je revois ton père au même âge... Une vraie tête de mule.
Clémence éclata d'un rire cristallin qui résonna contre les murs carrelés.
— Têtue ? Moi ? Maman, j'appelle ça de la précision chirurgicale. Il faut respecter le riz, il ne faut pas le brusquer, sinon il ne vous donne pas le meilleur de lui-même.
Leur échange fut brusquement interrompu par la sonnerie stridente du téléphone de Martine. L'atmosphère changea instantanément. Clémence observa le visage de sa mère se figer, passer de l'étonnement à une sorte de gravité solennelle. Lorsqu'elle raccrocha, le silence qui s'installa dans la cuisine était lourd de conséquences.
— Clémence... commença-t-elle d'une voix plus douce, presque hésitante. Ta tante Béatrice vient de m'appeler de Paris. Elle a une requête... et j'ai accepté.
Un frisson d'appréhension parcourut l'échine de la jeune fille.
— Elle veut que tu montes à Paris, continua Martine. Tu vas rejoindre tes cousins et vivre dans leur demeure pour quelques mois.
Les yeux de Clémence s'écarquillèrent, la cuillère lui échappant presque des mains.
— Quoi ?! Paris ? Mais maman, je ne connais même pas ces gens ! Pourquoi devrais-je m'exiler chez des inconnus ?
Martine posa une main apaisante sur l'épaule de sa fille, cherchant son regard.
— Ta tante est convaincue que ce changement te fera du bien. Ta cousine Zoé suit le même cursus que toi, vous pourrez vous entraider. Et puis... j'ai le sentiment que tu as besoin de voir autre chose que notre province.
Clémence se dégagea doucement, une lueur de défi brillant dans ses prunelles sombres.
— Maman, tu sais que j'ai horreur qu'on décide de mon destin à ma place. Je ne suis pas un colis qu'on expédie par la poste. Et je n'ai aucune envie de vivre sous le toit d'un étranger.
Martine soupira, mais elle décelait déjà la faille dans la résistance de sa fille. Elle connaissait ce mélange de fierté et de curiosité.
— Écoute-moi... Tu es fière, tu es indépendante, et c'est ta plus grande force. Mais parfois, les plus forts doivent apprendre à embrasser l'imprévu. C'est une opportunité, Clémence. Ne la gâche pas par pur orgueil.
Clémence retourna son regard vers la marmite. Elle fit tourner nerveusement le riz, le cœur battant la chamade.
— Bon... si c'est ce que tu veux vraiment. Mais je te préviens, maman : je ne suis pas du genre à me laisser marcher sur les pieds. S'ils pensent recevoir une petite cousine docile, ils vont tomber de haut.
Martine esquissa un sourire victorieux, consciente qu'elle venait de lancer sa fille vers un destin qu'aucune d'elles n'imaginait encore
un destin qui portait le nom d'Adrien Beaumont.
— Très bien. Prépare tes valises. Le grand voyage commence demain.
Pov: clemence
L’odeur du riz qui attache au fond de la marmite, c’est tout ce qu’il me reste de ma cuisine avant le grand saut. En me tenant là, face à ma mère, je sens bien que ce n'est pas qu'un simple voyage. C’est un exil doré qu’on me prépare, et le pire, c’est que je n’ai même pas eu mon mot à dire.
Paris. La capitale. Les grandes avenues et, surtout, la demeure des Beaumont.
Rien que le nom me donne des boutons. Je n’ai que des souvenirs flous de cette branche de la famille, des échos de luxe, de réussite et d'arrogance. On m'envoie là-bas pour « tenir compagnie » à ma cousine Zoé. Comme si j'étais une dame de compagnie du siècle dernier. Ma mère pense me faire une fleur, elle croit que je vais m'épanouir hors de ma province. Elle ne comprend pas que ma liberté, c'est ici que je l'ai bâtie.
— « Si c'est ce que tu veux vraiment, maman... »
J’ai lâché la phrase comme on signe un armistice, mais à l'intérieur, ça bouillonne. Je ne suis pas un colis, encore moins une petite cousine docile qu’on installe dans une chambre d’amis pour faire joli dans le décor bourgeois.
S’ils s’attendent à voir arriver une fille impressionnée par l'argenterie et les titres, ils vont être déçus. Je connais ma valeur, et ce n’est pas parce que je viens d'ailleurs que je vais baisser les yeux. Ma tante Béatrice a beau être pleine de bonnes intentions, je sens que le véritable obstacle ne sera pas elle.
On m'a parlé de lui. L'aîné. L'expert-comptable au tempérament de glace. Adrien.
Rien qu'à entendre son prénom, j'ai déjà envie de lui répondre. Apparemment, il dirige son monde à la baguette et ne croit qu'aux chiffres. Tant mieux. On verra s'il arrive à calculer la force de ma détermination. Il peut être aussi froid qu'il veut, il va vite comprendre que je ne suis pas là pour décorer son salon ou mendier son attention.
Le voyage commence demain. Une nouvelle ville, une nouvelle fac, et une maison pleine d'inconnus qui pensent déjà me connaître.
Respire, Clémence. Ils ne savent pas encore à qui ils ont affaire.
Pov: Adrien Le vacarme de la Gare de Lyon s'est transformé en un bourdonnement lointain, comme si le monde entier venait de passer en sourdine. Je suis resté là, planté sur mes chaussures à huit cents euros, avec le sentiment ridicule d'avoir été pris de court.Moi, Adrien Beaumont, l'homme qui anticipe les krachs boursiers et les trahisons d'associés, je me retrouve désarmé par une gamine de vingt-trois ans qui descend d'un train de province.Ce n'est pas ce qui était prévu.Dans mon esprit, Clémence devait être une petite chose insignifiante, peut-être un peu trop bavarde, avec des manières de villageoise qu'il me serait facile d'écraser de mon mépris. Mais la femme qui se tient devant moi... elle a une présence qui m'insupporte autant qu'elle me fascine. Son trench-coat tombe parfaitement, ses yeux ne cillent pas. Elle ne me regarde pas comme un « grand cousin » ou comme un « riche expert-comptable ». Elle me regarde comme si elle lisait à travers mon costume sur mesure.« Je vous
Le trajet vers la Gare de Lyon, au cœur de Paris, se fit dans un silence de plomb. Adrien était au volant de sa luxueuse berline allemande, les mains crispées sur le cuir du volant. À ses côtés, sa mère, Béatrice, fixait la route, le visage serein mais l'esprit aux aguets.La voiture glissait sur les quais de Seine. Le paysage parisien défilait : les immeubles haussmanniens, le reflet du soleil sur le fleuve et l'agitation matinale de la capitale.— Tu pourrais au moins détendre tes traits, Adrien, finit par lâcher sa mère sans détourner les yeux. On sent ton agacement à des kilomètres.Adrien laissa échapper un rire sec, presque nerveux.— Qu'est-ce que tu attends de moi, maman ? Que je saute de joie ? J'ai passé une partie de la nuit sur des dossiers... (il mentit par omission, masquant son escapade avec Inès) et maintenant, je dois jouer les chauffeurs pour une gamine dont j'ai à peine un souvenir flou.— Ce n'est pas une gamine. C’est la fille de Martine. Elle a ton sang. Et d'apr
Le lendemain matin, à la demeure des Beaumont, l'ambiance était à l'effervescence. Zoé avait déjà préparé le petit-déjeuner et Julien, pour une fois, était debout.Adrien entra dans le salon, les traits tirés par le manque de sommeil, mais impeccablement vêtu d'un costume gris anthracite.— Tiens, le revenant, lança Julien avec un sourire en coin. Tu as l'air d'avoir passé une nuit... productive.Adrien l'ignora et se tourna vers sa mère qui entrait dans la pièce, le visage rayonnant.— Adrien, c'est l'heure. Le train de Nice vient d'arriver à la Gare de Lyon. Tu vas m'accompagner pour l'accueillir.— Maman, j'ai des réunions importantes... commença-t-il.— Tes réunions attendront, coupa Béatrice avec une autorité inhabituelle. C'est ta famille, Adrien. Et je veux que tu sois le premier visage qu'elle voit en arrivant ici.Adrien soupira lourdement, ajustant les boutons de ses manchettes avec une nervosité contenue. L'odeur du café et des viennoiseries que Zoé avait préparées lui semb
L'obscurité de la nuit était déchirée par les néons vibrants du club privé. Dès qu'Adrien pénétra dans l'établissement, les basses profondes de l'électro moderne percutèrent sa poitrine. Hugo et Salif l'attendaient déjà, entourés de l'agitation frénétique des fêtards parisiens.— Eh, le patron ! hurla Hugo pour dominer le vacarme. Ce soir, on laisse le cabinet à la porte et on décompresse !Adrien leva son verre, une étincelle de défi dans les yeux.— À la liberté et aux nuits sans fin, les gars !Ils se dirigèrent vers le carré VIP.— Trois whiskys, les plus corsés, commanda Salif au barman qui s'exécuta avec agilité.Adrien balaya la salle du regard, savourant l'anonymat et l'ivresse ambiante.— Vous n'imaginez pas le calme que ça fait... Ici, personne ne me parle de mariage ou de cousine têtue qui débarque de Nice pour envahir mon espace.Hugo ricana en sirotant son verre.— Ta mère ne lâche pas l'affaire, hein ? Elle veut te voir passer la bague au doigt.— Elle a même invité une
À plusieurs centaines de kilomètres de là, l'ambiance était radicalement différente. Dans un bureau feutré de Paris, Adrien Beaumont régnait sur son empire de bois sombre et de verre. La lumière dorée du crépuscule filtrait à travers les stores, découpant des ombres géométriques sur le tapis épais. Face à lui, deux collaborateurs semblaient presque intimidés par son mutisme calculé.— Reprenons, dit enfin Adrien d'une voix calme mais impérieuse, tout en faisant tourner un stylo de luxe entre ses doigts. Le client de Lyon exige que l'audit soit avancé de soixante-douze heures. Est-ce un objectif réaliste ou une utopie ?Marc, le vétéran de l'équipe, s'ajusta nerveusement.— Techniquement, c'est jouable, patron. Mais cela demande de réorganiser toute la chaîne et d'imposer des heures supplémentaires épuisantes à l'équipe de nuit.— Alors nous paierons le prix fort pour ces heures, trancha Adrien sans sourciller. Je refuse le moindre compromis sur la qualité. Notre réputation est bâtie s
À Nice, l'air de la petite cuisine était saturé par une vapeur délicieusement odorante. Clémence Vallet était penchée sur une imposante marmite en fonte, maniant sa grande cuillère en bois avec une concentration quasi religieuse. Elle mélangeait le riz d'un geste fluide, veillant à ce que chaque grain s'imprègne de l'huile et du suc des oignons caramélisés. À ses côtés, sa mère, Martine, maintenait une cadence effrénée, le couteau heurtant la planche à découper dans un rythme métronomique.— Clémence, arrête un peu de tourmenter ce riz ! lança Martine sans lever les yeux de ses légumes. Tu vas finir par en faire de la bouillie.Clémence redressa sa silhouette élancée, une mèche de cheveux s'échappant de son chignon. Un sourire malicieux étira ses lèvres, mais son ton resta ferme :— Mais maman, c'est moi qui connais la musique ! Si on ne le travaille pas avec douceur dès maintenant, la texture ne sera jamais parfaite.Martine suspendit son geste, soupira et secoua la tête. Elle ne pou







