MasukCorbeau-Un se tourne vers moi. Son visage est un masque de granit, mais ses yeux , noirs, profonds , ont quelque chose d'humain. Quelque chose qui ressemble presque à de la bienveillance.
— Tu dois manger, dit-il.
— Je n'ai pas faim.
— Je m'en fous. Phoenix a dit que tu prenais soin de toi.
— Phoenix dit beaucoup de choses.
— Phoenix donne des ordres. On obéit.
Il prend une assiette dans le pla
Je la regarde.Elle a vingt-cinq ans, mais ses yeux en ont quarante. Peut-être cinquante. L'infirmière de guerre. Celle qui a vu assez d'horreurs pour ne plus croire en rien. Celle qui a ramassé assez de morceaux pour savoir que le monde n'a ni justice ni sens.— Je n'ai pas sauvé un Corbeau, Lia, je dis doucement. J'ai sauvé un homme qui saignait. C'est tout.— C'est naïf.— C'est mon serment.Elle secoue la tête. Ses doigts s'arrêtent sur une boîte de morphine. Elle la retourne. La regarde. La repose.— Tu sais pourquoi les Corbeaux s'appellent les Corbeaux ? demande-t-elle.— Parce qu'ils sont en noir ?— Non.Elle s'adosse au mur. Croise les bras. Son visage est fatigué.— Dans les légendes nordiques, les corbeaux sont les messagers entre les vivants et les morts. Ceux qui volent au-de
Je la lâche.Mes bras retombent le long de mon corps, lourds comme du plomb.Nous restons un instant à genoux l'une devant l'autre, haletantes, couvertes de terre et de brume. Nos fronts se touchent presque.Je sens sa chaleur. Son souffle. Son odeur.— T'es dure à tuer, dit-elle.— J'ai de l'entraînement.Les Corbeaux n'applaudissent pas.Mais ils se regardent.Et quelque chose dans leurs yeux a changé.Silas s'approche.Il me tend la main.Je la prends.Ses doigts sont chauds. Forts. Ils m'enlacent.Il me relève.— Tu as perdu, dit-il à Vega.— Non, répond-elle en se frottant la nuque, là où mes doigts ont serré. J'ai trouvé.Elle me regarde.Ses yeux jaune-vert sont différents, maintenant. Plus clairs. Presque chaleureux.— B
Il sourit.Un sourire rare. Presque tendre. Qui lui creuse des rides au coin des yeux et le rend soudain humain, vulnérable.— Si tu gagnes, dit-il doucement, tu n'auras plus jamais à prouver quoi que ce soit à personne. Plus à moi. Plus à eux. Plus à toi-même.Je réfléchis.Une partie de moi hurle de refuser. De me barricader dans ma chambre. D'attendre que tout ça passe. D'espérer qu'ils m'oublieront.Mais l'autre partie , celle qui s'est rebellée contre lui, contre la cage, contre l'enfermement , celle-là rugit.Celle-là en a assez de reculer.Celle-là en a assez d'avoir peur.— Quand ? je demande.— Ce soir. Dans la cour.— D'accord.Je me lève.Mes jambes tremblent. Je les force à tenir.— Alyssa, dit-il alors que je suis d
Je la lâche.Elle se retourne, masse son poignet. Une rougeur apparaît sur sa peau — là où mes doigts ont serré.Mais son expression a changé.Il y a du respect, maintenant. Ou du moins une forme d'évaluation nouvelle. Moins de mépris. Plus de prudence.— La prochaine fois, dit-elle, je gagne.— La prochaine fois, je te casse le bras.Elle sourit. Vraiment.Puis elle sort avec ses deux hommes.La porte claque.Mes mains tremblent.Je les regarde. Mes mains. Celles qui ont sauvé des vies. Celles qui viennent de menacer d'en briser une.Elles sont rouges , la friction, la peur, l'adrénaline.Je les serre l'une contre l'autre.La brume appuie contre la fenêtre.Je n'aurais pas dû faire ça.Ou peut-être que si.Je ne sais plus.Tout ce que je sais
Pas encore.Pas comme ça.Je suis médecin. Je sauve des vies. Je ne les prends pas.Même si ceux que je sauve sont des monstres.Même si ceux que je sauve me détruiront peut-être.En sortant, je tombe presque sur Silas.Il est appuyé contre le mur, les bras croisés, comme s'il m'attendait. Une mèche de cheveux tombe sur son front. Ses yeux sont cernés, mais brillants. Il n'a pas dormi. Il ne dort jamais, on dirait.— Lia t'a parlé, dit-il. Ce n'était pas prévu.— Elle m'a dit de me méfier.— Bon conseil.— Tu ne vas pas me dire le contraire ?— Je ne te dirai jamais de ne pas te méfier, Alyssa.Il s'approche d'un pas. Un seul. Juste assez pour que je sente sa chaleur. Juste assez pour que mes muscles se tendent.— La méfiance, c'est ce q
Corbeau-Un se tourne vers moi. Son visage est un masque de granit, mais ses yeux , noirs, profonds , ont quelque chose d'humain. Quelque chose qui ressemble presque à de la bienveillance.— Tu dois manger, dit-il.— Je n'ai pas faim.— Je m'en fous. Phoenix a dit que tu prenais soin de toi.— Phoenix dit beaucoup de choses.— Phoenix donne des ordres. On obéit.Il prend une assiette dans le placard, la remplit de riz et de poulet , les restes du déjeuner des Corbeaux , et la pose devant moi sur la table.— Mange, répète-t-il. C'est un ordre déguisé en gentillesse.Je m'assois.Les deux hommes à table ont détourné le regard. Le jeune pianote sur son clavier. L'âgé lit un rapport. Mais je sais qu'ils écoutent. Qu'ils observent.Je prends une bouchée de riz. Elle est froid
AlyssaJe n'ai pas quitté ma chambre de la matinée entière.Pas par peur.Par stratégie.Ils veulent me voir, ces Corbeaux. Me sonder. Me jauger. Me déchiqueter du regard jusqu'à ce qu'ils trouvent la faille, l'an
Un murmure parcourt les rangs des nouveaux arrivants. Des regards s'échangent, chargés de sous-entendus. Des sourcils se lèvent.Une femme aux cheveux courts, taillés à la garçonne, lâche un rire sec. Un rire qui n'a rien de joyeux.&m
AlyssaLa brume n'est jamais vraiment partie.Elle s'accroche aux arbres comme une seconde peau, rampant entre les troncs, avalant l'horizon, étouffant le ciel. Trois jours qu'elle est là, dense, laiteuse, impénétrable. Trois jours qu'elle nous enveloppe dans son linceul gris, comme si le monde ext
AlyssaLe mot « compromission » tombe comme une pierre dans l’eau stagnante de la pièce. Silas ne bronche pas.— Prévisible. Le Conseil ?— Silencieux pour l’instant. Val







