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Chapitre 7 : La provocation silencieuse

ผู้เขียน: Déesse
last update วันที่เผยแพร่: 2026-05-20 04:08:55

Ida

Il croit que je ne le vois pas s’effacer, se dissoudre, s’évaporer de la pièce comme si son corps n’était qu’une brume.

Il pense que ses fuites à l’aube et ses retours spectraux à minuit passé sont un camouflage parfait. Il s’imagine que ses regards, ces coups d’œil furtifs et incandescents qu’il me lance quand il me croit absorbée, passent inaperçus. Il me croit dupe. Aveugle. Insensible.

Mais je le vois. Je vois tout avec une acuité que seule l’obsession peut offrir.

Je vois les muscles de sa mâchoire se tétaniser comme du béton quand je frôle son épaule en passant. Je vois ses phalanges blanchir autour de sa tasse de café, prêtes à la pulvériser, quand je m’étire, lente et féline, dans la lumière du matin. Je vois la veine sur sa tempe, cette veine bleutée et palpitante, qui se met à battre comme un tambour de guerre quand je fredonne dans la salle de bain, en laissant la porte exprès, juste assez entrouverte pour que ma voix et l’odeur du savon s’infiltrent jusqu’à lui.

Ce matin, la serviette minuscule, c’était un test. Une expérience de chimie organique pour mesurer l’élasticité de son contrôle. Et il a fui. Pas une retraite stratégique. Une fuite. La porte a claqué comme une détonation, ses pas ont dévalé les marches quatre à quatre, et le silence qu’il a laissé derrière lui était un aveu assourdissant. J’aurais dû me sentir rejetée, humiliée. Je me sens triomphante.

Parce que j’ai capturé ce regard. Une micro-seconde avant qu’il ne détourne les yeux comme s’il avait regardé le soleil en face. Un regard incendié, dévorant, presque douloureux. Ses pupilles n’étaient plus qu’un disque noir, dilaté, vorace. Ses narines palpitaient comme celles d’un animal qui flaire sa proie. Ses mains se sont crispées avec une force si brutale que le canapé a gémi. Il me désire. Avec une violence qui l’effraie lui-même. Une faim qui le dévore vivant.

Et il lutte.

Pourquoi ? La question est un poison lent qui se diffuse dans chaque cellule de mon corps. Un homme ordinaire, un mari lambda, ne se serait pas enfui. Il aurait comblé la distance. Il aurait posé ses mains sur mes hanches. Il aurait fait ce que font les amants quand une femme qu’ils désirent sort de leur salle de bain, presque nue. Mais Klaus n’est pas ordinaire. Klaus porte un fardeau invisible, un océan noir qui pèse sur ses épaules et l’empêche de céder. Il cache quelque chose. Quelque chose de si lourd que même l’évidence de notre désir mutuel ne peut le soulever.

Ce soir, je décide de faire monter la pression d’un cran.

J’ai acheté une nuisette. Pas une liquette en pilou trop grande, rassurante et asexuée. Non. Une nuisette en soie noire, fine et fluide comme une seconde peau, un péché de tissu aérien avec des bretelles arachnéennes et un décolleté plongeant qui caresse le vertige. Je l’enfile devant le miroir de l’armoire. L’effet est vertigineux. Le noir liquide épouse chaque courbe, exalte mes hanches, s’arrête à la naissance des cuisses dans un effleurement prometteur. Mes épaules sont nues et brillantes à la lumière. Mes jambes semblent infinies. Pour la première fois depuis longtemps, je me trouve profondément, dangereusement belle. C’est idiot, futile, adolescent. Mais je m’en fous éperdument.

Le bruit de la clé dans la serrure déchire le silence à vingt-trois heures trente. Il rentre, enfin. Mon cœur fait un bond et se met à battre dans ma gorge. Je me glisse hors de la chambre, fantôme de soie dans la pénombre du couloir, au moment précis où il suspend sa veste au portemanteau.

Il se pétrifie.

Le temps se suspend, élastique, infini. Ses yeux entament un voyage involontaire sur mon corps. Lent, laborieux, comme s’ils devaient franchir un champ de mines. Je vois sa pomme d’Adam monter puis descendre, un piston bloqué dans sa gorge sèche. Sa main, encore tendue vers la patère, reste figée en l’air, la veste glissant de ses doigts inertes. La lumière jaune du salon sculpte son visage, trahissant chaque tension, chaque nuance du conflit cataclysmique qui se joue derrière son front.

— Bonsoir, dis-je d’une voix feutrée, presque un chuchotement.

Il n’y a pas de réponse. Juste ce silence lourd, habité par le martèlement de nos deux cœurs. Ses yeux s’attardent sans pudeur, malgré lui, sur la transparence suggestive du tissu, sur la courbe de ma poitrine, puis chutent le long de mes jambes avant de remonter vers mon visage avec une lenteur de noyé. Dans son expression, il y a une guerre si atroce, si déchirante, que mon triomphe vacille. J’en ai presque pitié. Presque.

— Bonsoir, articule-t-il enfin, la voix râpeuse comme du papier de verre.

Je m’approche, ondoyant dans le silence. Mes pieds nus sont muets sur le parquet qui craque parfois, mais ce soir, le bois retient son souffle lui aussi. Je passe tout près de lui, le frôlant sans le toucher. Assez près pour qu’il boive mon parfum – vanille douce, bien sûr, mais ce soir, j’y ai ajouté une essence plus trouble, du musc, quelque chose de primitif et d’animal. Je vois ses narines se dilater, une vibration bestiale. Ses poings se compriment contre ses cuisses, serrés si fort que les tendons saillent.

— Bonne nuit, Klaus.

Je fais de son prénom une caresse intime, une promesse obscure qui glisse dans l’air et vient se lover dans le creux de son oreille. Et je disparais, aspirée par l’ombre de la chambre, le plantant au milieu du salon, statufié, incendié, seul au milieu des ruines de sa propre volonté.

Derrière la porte refermée, je pose ma main à plat sur ma poitrine pour tenter de calmer le galop furieux de mon cœur. Un sourire naît sur mes lèvres, mâtiné de frustration et d’impatience. Parce que je le désire, moi aussi. De toute la force de mes entrailles. Cette comédie du non-désir ne peut pas devenir une tragédie permanente. Bientôt, l’un de nous va se briser sur les récifs de cette attente.

Et du fond de mon âme, j’espère de toutes mes forces que ce sera lui.

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