LOGINChapitre 143ÉlinaLe rire de Noam, ce rire rare et précieux qui creusait une fossette sur sa joue droite, résonnait encore dans mes oreilles tandis que nous quittions la réception, main dans la main, et que nous montions dans la voiture qui devait nous ramener au mas. La nuit était douce, une de ces nuits de septembre où l'air est si tiède qu'il caresse la peau comme un tissu de soie, les étoiles brillaient au-dessus des collines par milliers, et je sentais mon cœur si plein de bonheur qu'il semblait prêt à déborder. Monsieur Delarive-Vauclerc. Il avait dit cela avec une simplicité désarmante, sans ironie, sans orgueil, comme une évidence, et cette évidence me bouleversait plus que tous les discours, plus que toutes les médailles, plus que tous les honneurs que j'avais reçus.La voiture filait à travers les collines endormies, les oliviers défilaient derrière la vitre comme des ombres argentées, et le chant des cigales se mêlait au ronronnement du moteur. Noam conduisait en silence,
Chapitre 142NoamLa réception battait son plein dans le hall du Centre Ivoire-Delarive, ce bâtiment de verre et d'acier que nous avions inauguré quelques années plus tôt et qui était devenu le cœur battant de la recherche médicale européenne. Les lustres de cristal jetaient des éclats sur les robes de soirée et les costumes sombres, et un quatuor à cordes jouait du Mozart dans un coin de la salle, leurs archets glissant sur les cordes avec une précision qui forçait l'admiration. Les murs étaient ornés de photographies retraçant l'histoire d'Aurora Labs, depuis les premières cultures cellulaires jusqu'à la remise du prix Nobel, et des écrans diffusaient en boucle les témoignages de patients guéris, ces visages souriants qui rappelaient à tous pourquoi nous étions là. L'air embaumait le champagne et les fleurs, un mélange de roses blanches et de lys, et le brouhaha des conversations formait un fond sonore joyeux, ponctué de rires et d'exclamations.Je me tenais en retrait, adossé à une
Chapitre 141ElinaLes distinctions se mirent à pleuvoir comme une averse d'honneurs, une pluie d'or et de lumière qui venait couronner des décennies de travail acharné, de nuits blanches passées à éplucher des données, de sacrifices consentis dans le silence et la solitude. L'Académie des sciences lui décerna sa plus haute distinction, la Médaille d'or de la recherche médicale, lors d'une cérémonie solennelle sous les ors de la Coupole, dans cet Institut de France où les fantômes des grands savants semblaient murmurer entre les colonnes de marbre. Les lustres de cristal jetaient des feux multicolores sur les robes de soirée et les habits verts des académiciens, et l'air sentait la cire d'abeille, le vieux cuir et le parfum des fleurs qui ornaient les travées. Élina, vêtue d'une robe de velours bleu nuit, le pendentif de météorite brillant à son cou, écouta l'éloge que prononça le président de l'Académie d'une voix tremblante d'émotion, et quand elle monta sur l'estrade pour recevoir
Chapitre 140SuccèsLa nouvelle arriva un matin de juin, alors que le soleil se levait à peine sur les collines de Provence et que les premiers rayons, encore timides, caressaient les pierres blondes du mas. J'étais dans la cuisine, pieds nus sur les dalles fraîches, une tasse de café fumant à la main, quand le téléphone sonna. C'était Thomas, et sa voix tremblait tellement que je crus d'abord à une mauvaise nouvelle.— Docteur Delarive, dit-il, la voix étranglée, c'est approuvé. La thérapie génique est approuvée. L'Agence européenne du médicament vient de donner son feu vert. Nous avons réussi.Je restai pétrifiée, la tasse de café suspendue entre mes doigts, le cœur battant à tout rompre. Dehors, les merles chantaient dans les cyprès, le vent faisait frémir les branches des oliviers, et le monde continuait de tourner comme si de rien n'était, comme si la plus grande avancée médicale du siècle n'avait pas été annoncée. Noam, qui lisait son journal sur la terrasse, leva les yeux vers
Chapitre 139ÉlinaJe pris la direction des recherches avec une énergie renouvelée, une passion que je croyais avoir émoussée avec les années et qui, au contraire, se ravivait comme un brasier attisé par le vent. Les journées commençaient à l'aube, dans le silence du laboratoire encore désert, quand les premiers rayons du soleil filtraient à travers les baies vitrées et dessinaient des rectangles de lumière sur le carrelage blanc, et se terminaient tard dans la nuit, sous la lumière crue des néons, quand les étoiles brillaient au-dessus du parc et que les cigales s'étaient tues. Mon équipe, composée de jeunes chercheurs brillants que j'avais formés moi-même, travaillait avec une ardeur qui me rappelait mes propres débuts, cette soif de découverte qui m'animait quand j'avais vingt ans et que le monde m'appartenait. Il y avait Thomas, bien sûr, qui ne quittait plus le laboratoire et dormait parfois sur un lit de camp dans la salle de repos. Il y avait Sarah, une biologiste moléculaire a
Chapitre 138NoamDès que je vis l'étincelle s'allumer dans les yeux d'Élina, cette flamme que je connaissais si bien et qui avait illuminé les moments les plus décisifs de notre vie, je sus que nous étions à l'aube d'une nouvelle révolution. La découverte oubliée qu'elle tenait entre ses doigts, cette équation griffonnée dans l'aile abandonnée du manoir bien avant notre rencontre, cette feuille jaunie qui portait encore l'odeur de la poussière et de la cire, était bien plus qu'une simple hypothèse : c'était la clé d'un avenir où les maladies cardiaques, les lésions musculaires, les défaillances d'organes pourraient être guéries, et je ne laisserais pas passer cette chance. Je convoquai mes conseillers financiers dès le lendemain, dans la salle de réunion du Centre Ivoire-Delarive, une pièce aux murs de verre qui donnait sur le parc ensoleillé, et je leur exposai le projet avec une conviction qui balaya toutes leurs réserves. Je fis transférer des fonds depuis mes comptes personnels,
Chapitre 27AdrienLe téléphone a sonné dans le vide pendant des jours, des semaines, des mois, et chaque fois que je composais le numéro du laboratoire, chaque fois que ma secrétaire tentait de passer les barrages, chaque fois que je laissais un message sur une boîte vocale qui ne répondait jamais
Chapitre 30ÉlinaLa conférence s'est achevée dans un tonnerre d'applaudissements, et depuis, le monde semble s'être abattu sur moi comme une vague déferlante qui ne cesse de grossir. Les sollicitations affluent par centaines, par milliers, une avalanche de papier et de voix qui menace de m'ensevel
Chapitre 29AdrienLe salon du manoir est plongé dans une pénombre que troue seulement la lueur bleutée de l'écran de télévision, un écran large de près de deux mètres que Chloé a fait installer le mois dernier pour remplacer l'ancien poste qu'elle jugeait indigne de notre standing. Les rideaux de
Chapitre 28ÉlinaLa salle de conférence de l'hôtel Westminster, où j'avais autrefois été humiliée par Béatrice Morcant devant un parterre de comtesses et de baronnes, est aujourd'hui méconnaissable. Les tentures de velours poussière que je connaissais si bien, ces rideaux épais qui étouffaient la







