FAZER LOGINChapitre 52
Élina
La campagne de diffamation a commencé un matin de juin, sans crier gare, par un article publié dans un tabloïd à scandale qui titrait en lettres énormes, en caractères gras qui hurlaient sur tout le kiosque : « La vérité sur Lina Morel : une impostrice, une voleuse de brevets, une manipulatrice. » L'article, anonyme, sans signature, racontait une histoire tiss&e
Chapitre 59AdrienLa dépression est un gouffre sans fond, un puits noir où je suis tombé sans même m'en apercevoir, et où je continue de chuter, jour après jour, sans jamais toucher le fond, sans jamais heurter une paroi qui me retiendrait, sans jamais apercevoir une lueur qui me guiderait vers la surface. Le manoir est devenu un tombeau, un mausolée de pierre et de marbre où j'erre comme un spectre, les pieds nus sur les parquets glacés, le regard vide, les mains tremblantes. Les rideaux de velours bordeaux sont tirés en permanence, les pièces sont plongées dans une pénombre perpétuelle que trouent seulement les rais de lumière blafarde qui filtrent entre les tentures, et la poussière s'accumule sur les meubles que personne n'époussette plus, formant une pellicule grise et duveteuse qui recouvre les commodes, les consoles, les cadres dorés des portraits ancestraux. Les domestiques m'évitent, ils glissent dans les couloirs comme des ombres, ils déposent des plateaux-repas devant ma p
Chapitre 58ÉlinaLes jours passaient, et chaque aube était une promesse, chaque crépuscule une bénédiction. La propriété de Noam était devenue notre refuge, un îlot de paix hors du monde, suspendu entre le ciel immense de Provence et la terre rouge et ocre des collines, et je m'y éveillais chaque matin avec la sensation d'avoir enfin trouvé ma place, ma vraie place, celle que personne ne pourrait jamais me reprendre. Les rayons du soleil filtraient à travers les volets de bois, dessinant sur les draps de lin blanc des raies de lumière dorée qui dansaient doucement au rythme de la brise, et j'ouvrais les yeux sur le visage de Noam endormi à mes côtés, ses traits détendus, sa respiration régulière, ses doigts encore entrelacés aux miens.Noam était attentionné comme je n'aurais jamais osé l'imaginer, comme je n'avais jamais rêvé qu'un homme puisse l'être, attentif à chacun de mes gestes, à chacune de mes expressions, à chacun de mes silences. Il me préparait du café le matin, un café n
Chapitre 57NoamLe domaine s'étendait au creux d'une vallée douce, un écrin de verdure et de pierre dorée que les cyprès centenaires bordaient comme des sentinelles, leurs silhouettes sombres et élancées se découpant sur le ciel de septembre d'un bleu limpide et profond. Quand la voiture franchit le portail de fer forgé, dont les grilles noires étaient encadrées de piliers de pierre moussue, je vis le visage d'Élina s'éclairer pour la première fois depuis des semaines, depuis que la campagne de diffamation avait commencé, et ce spectacle, ce simple spectacle de ses yeux gris qui s'illuminaient, me réchauffa le cœur plus que tous les soleils de Provence.C'était une propriété ancienne, un mas provençal restauré avec une patience infinie, dont les murs de pierre blonde, taillée à la main il y a des siècles, buvaient la lumière du couchant et la restituaient en reflets mordorés, en nuances d'or et de miel qui changeaient au fil des heures. Les volets étaient bleu lavande, d'un bleu prof
Chapitre 56ÉlinaBéatrice Morcant s'est présentée aux portes du laboratoire sans prévenir, un matin de septembre, vêtue de son éternel tailleur gris perle, le dos droit, le menton levé, les doigts chargés de diamants qui étincelaient sous la lumière crue du hall d'accueil comme si elle s'apprêtait à présider une œuvre de charité plutôt qu'à ramper devant la femme qu'elle a humiliée pendant cinq ans. Elle avait vieilli, remarquai-je avec une indifférence qui me surprit moi-même : des rides plus profondes creusaient son visage, des sillons qui descendaient des ailes du nez jusqu'aux commissures des lèvres, ses cheveux blancs étaient plus clairsemés, laissant deviner un cuir chevelu pâle sous les mèches tirées en un chignon trop strict, et ses yeux gris, ces mêmes yeux qu'Adrien a hérités d'elle, n'avaient plus cette lueur de morgue qui les faisait briller autrefois. Ils étaient fatigués, éteints, cernés d'une peau fripée que le maquillage ne parvenait plus à dissimuler. Elle se tenait
Chapitre 55AdrienLa nouvelle m'est parvenue par un entrefilet dans un journal à scandale, un de ces torchons que je méprisais autrefois avec une hauteur de grand seigneur et que je dévore aujourd'hui comme un affamé, à l'affût du moindre article, de la moindre photo, du moindre écho de sa vie. C'était un matin de juillet, la lumière crue du soleil entrait à flots par les fenêtres du bureau que je n'avais pas pris la peine d'ouvrir depuis des jours, et l'air sentait le renfermé, le whisky éventé, la cendre froide des nuits sans sommeil. Les rideaux pendaient, défaits, et le tapis était jonché de journaux froissés, de lettres déchirées, de bouteilles vides qui roulaient sous les meubles au moindre courant d'air.La photo était floue, prise à la dérobée comme toutes les autres, mais elle montrait clairement deux silhouettes enlacées sur une terrasse de restaurant qui surplombait Rome, leurs visages rapprochés, leurs doigts entrelacés sur la nappe blanche. Elle, dans une robe de soie ro
Chapitre 54ÉlinaLa nuit était tombée sur le laboratoire, une nuit de juillet douce et étoilée, une de ces nuits où l'air est si tiède qu'il caresse la peau comme un tissu de soie, et nous étions seuls, Noam et moi, dans mon bureau silencieux, baignés par la lumière tamisée de la lampe de travail. Les écrans de contrôle s'étaient éteints un à un, les centrifugeuses s'étaient tues, et le seul bruit qui troublait le silence était celui de nos respirations mêlées, le froissement d'un papier que le vent nocturne soulevait près de la fenêtre entrouverte. Noam se tenait debout près de la baie vitrée, sa silhouette massive découpée contre la clarté lunaire qui entrait à flots, et je le regardais sans rien dire, le cœur gonflé d'une gratitude si
Chapitre 19AdrienTrois mois ont passé depuis qu'Élina a disparu, et le divorce a été prononcé dans l'indifférence feutrée d'un cabinet d'avocats, une formalité administrative qui n'a pris que quelques minutes, une signature au bas d'un document, un tampon, et le nom de Vauclerc s'est effacé de no
Chapitre 15AdrienLe matin s'est levé sur un parc dévasté, des branches arrachées jonchant les pelouses, des flaques immenses miroitant sous la lumière blafarde d'un soleil qui peine à percer les nuages en lambeaux. La tempête de la nuit a laissé derrière elle un chaos végétal, des massifs de rose
Chapitre 13AdrienJe rentre tard, très tard, bien après minuit, les tempes bourdonnantes de whisky et de conversations creuses, le nœud de cravate desserré, le col de chemise ouvert sur une gorge irritée par la fumée des cigares. La réunion avec les actionnaires s’est éternisée dans un salon feutr
Chapitre 10AdrienQuelque chose a changé chez Élina, mais je serais bien incapable de dire quoi exactement. C’est une impression diffuse, une ombre qui flotte dans son sillage, une manière qu’elle a de me regarder — ou plutôt de ne pas me regarder — qui n’est plus la même. Avant, elle baissait les







