MasukEMMA
Le rouge à lèvres. C’est ma seule pensée quand la cage s’arrête. J’ai passé mon doigt sur mes lèvres dans un geste nerveux, effaçant la couleur, laissant une trace baveuse, indécente. Je suis en retard. Encore. Et maintenant, je suis prisonnière. Avec un homme.
Je le vois dans le miroir, avant même de le regarder vraiment. Grand, les épaules larges, le visage fermé. Puis je vois ses mains. Des mains abîmées. Marquées par la violence de quelque chose , un accident, une chute, un combat. Les cicatrices sont récentes, la peau encore en reconstruction. Elles me fascinent. Elles racontent une histoire de douleur et de survie.
Il jure. Sa voix est grave, raclée par l’agacement ou la peur. L’air devient irrespirable. Je m’adosse au miroir froid, cherchant un peu de fraîcheur, mais mon dos brûle. L’électricité statique fait crépiter son pull. Le son fuse dans le silence comme une étincelle.
Et puis… cela bascule.
Ce n’est pas un regard. C’est une prise. Quand nos yeux se rencontrent enfin, dans la lumière blafarde, c’est une étreinte visuelle. Il me déshabille, lentement, méthodiquement. Il n’y a pas de désir poli dans son regard. Il y a de la faim. De la faim et une colère sourde. Il regarde mes lèvres, mon cou, la base de ma gorge où je sens mon sang pulser sous ma peau. Il regarde comme on revendique.
Une chaleur liquide et lourde se diffuse dans mon ventre. Ma propre peur se métamorphose, se teinte de quelque chose de bien plus dangereux. De l’anticipation. Mon cœur bat à grands coups désordonnés. Je devrais détourner les yeux, jouer la victime effrayée. Au lieu de cela, je regarde ses mains. Je pense à ces mains marquées sur ma peau. Quelle pression elles exerceraient. Quelle empreinte elles laisseraient.
L’espace n’existe plus. Il n’y a que la chaleur de son corps, à deux pas de moi. Le son de sa respiration, plus rapide. L’odeur de lui , le cuir, le savon, une pointe de transpiration. Une odeur masculine, simple, qui me tourne la tête.
La lumière s’éteint. Le noir est une libération. Dans ce noir, je n’ai plus à cacher ce qui se lit sur mon visage. L’attraction. Irrationnelle, totale. C’est un vertige. C’est tomber sans filet. Un gémissement s’échappe de mes lèvres. « Mon Dieu. »
Je bouge. Je ne sais pas pourquoi. Pour me rapprocher ? Pour fuir ? Mes pieds glissent sur le sol. Je sens la chaleur de son corps avant de le toucher. Elle rayonne, elle m’aspire.
Quand la lumière rouge revient, nous sommes à un souffle l’un de l’autre. Son souffle sur ma tempe est un incendie. Je vois ses pupilles, dilatées, noires. Je vois la tension dans sa mâchoire, le désir brut, non filtré. C’est la chose la plus vraie que j’aie jamais vue.
Toute pensée s’envole. Il n’y a plus de mariage qui m’attend à l’étage. Plus de vies parallèles. Plus de cicatrices. Il n’y a que ce besoin, aigu, insupportable, de prouver que je suis vivante. Que cette chair, cette peau, ces nerfs peuvent encore s’embraser.
Il se jette sur moi.
Ce n’est pas une avance. C’est une prise. Ses mains – ces mains marquées – s’abattent sur mes hanches, m’écrasent contre lui. Le contact est un choc électrique. Un cri étouffé, qui vient de lui ou de moi, je ne sais pas. Puis sa bouche trouve la mienne.
C’est un baiser qui n’a rien d’un baiser. C’est une collision. Une dévoration. Ses lèvres sont dures, impatientes. Il goûte le rouge à lèvres imparfait, le sel de ma peau. Je réponds avec la même urgence, mes doigts s’enfouissant dans ses cheveux, l’attirant plus près, toujours plus près. Je mords sa lèvre inférieure, une ponctuation sauvage. Il grogne, un son qui vient du plus profond de sa poitrine, et sa main remonte le long de mon dos, arrachant le tissu de ma robe, cherchant la peau.
L’attraction a parlé. Elle nous a jetés l’un sur l’autre. Maintenant, nous brûlons.
Il sourit. Un sourire qui ressemble à une cicatrice. Puis il sort. La porte se referme avec un cliquetis sourd. Le verrou tourne. Lorenzo l'a fermée à clé sans que je le voie faire.Il est sur moi avant que je puisse reprendre mon souffle.Ses mains agrippent mes hanches, me soulèvent de la chaise comme une plume, me plaquent contre la table. Les dossiers volent. Un verre de vin se renverse, le liquide rouge se répand sur l'acajou comme une flaque de sang. Les feuilles blanches boivent la tache pourpre.— Tu es magnifique, grogne-t-il contre ma bouche.Ses lèvres écrasent les miennes. Ce n'est pas un baiser. C'est une dévoration. Sa langue force le passage, prend possession de ma bouche avec une urgence qui me laisse sans défense.
AudeLa table est une mer d'acajou si profonde que je pourrais m'y noyer. Je vois le reflet déformé des lustres de Murano danser sur sa surface, et au-delà, les visages de six hommes qui ne me regardent pas vraiment. Leurs yeux glissent sur moi comme l'eau sur une pierre. Une femme. Une décoratrice. Une chose jolie posée à la droite du maître de maison pour égayer la réunion.Je porte une robe noire. Col montant, manches longues. L'armure de celle qui n'est pas censée exister dans cette pièce. Elena dirait que j'ai l'air d'une nonne. Elle rirait. J'aimerais qu'elle soit là pour voir ça. Pour voir jusqu'où je suis capable d'aller.Lorenzo est à ma gauche. Sa main repose sur mon genou sous la table, un poids brûlant à travers le nylon fin de mes bas. Il parle, sa voix est un fleuve tranquille qui charrie des lames de rasoir. Il négocie. Il construit une alliance avec les familles du Nord, une coalition de prédateurs qui ont flairé l'odeur du sang de Vitale et qui veulent leur part du fe
LorenzoJe me réveille avec le soleil. Il est déjà haut dans le ciel, ses rayons traversent la fenêtre ouverte, viennent caresser le corps d'Aude endormie sur ma poitrine.Je la regarde.Ses cheveux sont en bataille, éparpillés sur mon torse, sur mon bras, sur le tapis. Sa bouche est entrouverte, son souffle léger, régulier. Ses cils noirs frangent ses joues, ses sourcils sont un peu froncés, comme si elle luttait contre quelque chose dans son sommeil. Ses épaules sont nues, la couverture que j'ai jetée sur nous pendant la nuit a glissé, révélant la courbe de ses reins, la ligne de sa colonne vertébrale.Elle est là. Elle est réelle. Elle ne m'a pas quitté.Je pourrais rester des heures à la regarder. Des jours. Des années.Son souffle change. Ses cils battent. Elle ouvre les yeux, et la pre
AudeLa nuit est tombée sans que nous nous en apercevions. Nous avons passé des heures à classer, analyser, projeter. Les documents sont maintenant rangés dans le coffre-fort du bureau de Lorenzo, à l'abri. Les stratégies sont en place. Demain, Marco part pour Paris avec les premières instructions. La machine se met en route.Mais ce soir, il n'y a que nous.Lorenzo a fait monter un plateau de fromages et de fruits, une bouteille de Chianti. Nous avons mangé sur le tapis, sans façon, assis par terre comme deux enfants qui jouent à la dînette. Nos corps se sont rapprochés au fil des heures, instinctivement, jusqu'à ce que je sois assise entre ses jambes, mon dos contre son torse, ses bras autour de ma taille.Il fait doux, la fenêtre est ouverte, les cigares chantent dans la nuit. La lune est pleine, elle éclaire la pièce d'une lumi&e
AudeLa bibliothèque sent le cuir et le vieux bois. C'est ici que j'ai passé mes premières heures à travailler, avant que tout bascule. C'est ici que Lorenzo m'a regardée pour la première fois avec autre chose que de la méfiance. C'est ici qu'on a fait l'amour contre les rayonnages, une nuit d'orage où les mots avaient cédé la place aux corps.Aujourd'hui, la pièce est baignée de soleil. Lorenzo a ouvert les grandes fenêtres, l'air chaud de la Toscane entre, chargé de senteurs de cyprès et de terre sèche. Nous sommes assis sur le tapis persan, nus tous les deux, adossés au canapé. Ses doigts jouent distraitement avec mes cheveux pendant que je vide le contenu de mon sac sur le sol.Le carnet de mon frère. Les photos. Les transcriptions. Les preuves.Lorenzo a apporté son propre dossier, celui que Paolo a
AudeNous franchissons le seuil de la villa, et quelque chose se rompt en lui. À peine la porte refermée derrière nous, il me plaque contre le mur de l'entrée, ses mains sur mes hanches, sa bouche sur la mienne. Il n'y a plus de douceur maintenant. Il y a de la faim. De la rage. De la possession.Sa bouche descend sur ma mâchoire, sur mon cou. Je sens ses dents qui mordent doucement, sa langue qui apaise la morsure. Mon corps se cambre contre lui, mes doigts tirent sur sa chemise, arrachent les boutons qui sautent et roulent sur le sol.— Lorenzo...Mon souffle est déjà haché, mon cœur tambourine dans ma poitrine. Il grogne quelque chose que je ne comprends pas, ses mains remontent sous mon pull, effleurent la peau de mon ventre. Le contact est électrique, brûlant, presque douloureux tant il a manqué.Il arrache mon pull par-dessus ma tête, me
LorenzoLe silence après son ordre est assourdissant. Il n’y a que le battement furieux de mon sang à mes tempes, le sifflement de mon propre souffle entre mes dents. Supplie.Je la regarde. Ses yeux ne clignent pas. Ils sont deux éclats d’obsidienne dans la lumière mourante, fixés sur moi avec une
LorenzoSa bouche s’ouvre. Ses lèvres se referment autour du gland. Un étau de soie et de chaleur. Je vois des éclats de lumière blanche derrière mes paupières closes.— Cette fois, ce serait pire.Elle m’avale. Plus profondément. Sa gorge s’ouvre, se contracte autour de moi dans un mouvement fluid
LorenzoSa bouche s’ouvre. Ses lèvres se referment autour du gland. Un étau de soie et de chaleur. Je vois des éclats de lumière blanche derrière mes paupières closes.— Cette fois, ce serait pire.Elle m’avale. Plus profondément. Sa gorge s’ouvre, se contracte autour de moi dans un mouvement fluid
LorenzoJe n’ai jamais su que des mots pouvaient me brûler aussi profondément que des mains. Pourtant, là, allongé sur le dos, les membres encore lourds et tremblants de l’orgasme qu’elle m’a arraché, j’écoute Aude se pencher sur moi. Ses lèvres effleurent le contour de mon oreille comme une menace







