MasukLe portail se referma derrière la berline. Deux gardes en uniforme se tenaient à l'entrée. Ils suivirent le passage de la voiture, les yeux dissimulés derrière leurs lunettes de soleil. Le véhicule remonta une longue allée sinueuse bordée d'arbres et s'arrêta devant une maison en pierre grise. Le chauffeur sortit, ouvrit ma portière et me tendit mon unique sac de voyage en toile. Il remonta dans la voiture et se dirigea vers le garage sans dire un mot.
Je me tenais sur l'allée de gravier. Je serrais la bandoulière de mon sac. La maison ressemblait à une forteresse. Des lignes épurées, d'immenses baies vitrées et une imposante porte d'entrée en chêne. On aurait dit un bâtiment conçu pour se couper du monde. La porte d'entrée s'ouvrit avant que je puisse saisir la poignée. Une femme d'un certain âge, les cheveux tirés en chignon, se tenait dans le vestibule. Elle portait une robe noire et un tablier blanc. Son visage était impassible. Elle baissa les yeux sur mes baskets et les bords effilochés de mon sac de sport. Ses yeux se plissèrent. « Je suis Mme Calloway, la gouvernante en chef », dit-elle d'une voix sèche et formelle. « M. Knight m'a chargée de vous installer. Suivez-moi. » J'ai posé le pied sur le sol en marbre blanc. Le crissement de mes baskets résonnait bruyamment. Les plafonds étaient incroyablement hauts. Je me sentais toute petite. Mme Calloway ne m'a pas attendue. Elle a tourné à droite. J'ai gravi un immense escalier de pierre. Nous avons emprunté un couloir au deuxième étage. Les murs étaient recouverts de lambris. Toutes les portes étaient fermées. Mme Calloway s'est arrêtée devant une porte, tout au bout du couloir. « Voici l’aile », dit-elle. « Les suites pour les invités se trouvent ici. Vos affaires de votre appartement ont déjà été placées dans l’armoire. » Elle poussa la porte. Une grande chambre apparut. Il y avait un lit king-size avec des draps blancs, une commode en bois sombre et une grande fenêtre donnant sur le jardin. La pièce était magnifique. Il y faisait froid. « Monsieur Knight exige de l'ordre dans cette maison », poursuivit Mme Calloway en croisant les bras sur son tablier. « Le personnel est occupé cette semaine par les préparatifs de la fusion avec Hargrove. Veuillez ne pas sonner sauf en cas d'urgence. Nous n'avons pas le temps de répondre aux demandes. » J'ai posé mon sac de voyage par terre, près du lit. « Je n'ai besoin d'aucune aide. Je peux me débrouiller seule. » Mme Calloway ne sourit pas. « Le dîner est servi à sept heures dans la salle à manger officielle au rez-de-chaussée. M. Knight n'apprécie pas les retards. Si vous n'êtes pas à table à l'heure, la cuisine débarrassera les assiettes. » Elle fit volte-face. Je sortis. Elle referma la porte derrière elle. Je me suis assise au bord du matelas. Il était incroyablement moelleux. Mes muscles étaient complètement tendus. J'ai regardé l'armoire de l'autre côté de la pièce. Je m'en suis approchée. J'ai ouvert les portes. Ma petite collection de jeans délavés, de blouses de pharmacie et de vieux pulls était accrochée sur le côté. À côté, il y avait trois housses à vêtements de marque, hors de prix, que je n'avais jamais vues auparavant. J'ai refermé les portes de l'armoire. Je suis sortie dans le couloir. Je voulais me repérer dans la maison avant le dîner. En passant devant l'escalier, deux jeunes femmes de chambre en uniformes gris identiques sont apparues au coin, portant du linge propre. Elles se sont figées en me voyant. Elles se sont appuyées contre le mur pour me laisser passer. Elles avaient la tête baissée. À peine avais-je fait quelques pas devant eux que leurs voix me parvinrent dans le couloir, en chuchotements aigus et discrets. « C’est elle », chuchota l’un d’eux. « L’hôtesse du club. » « J'ai entendu dire que son père est en train de mourir à l'hôpital », murmura l'autre, d'un ton méprisant. « Elle a probablement suivi Damien pendant des mois juste pour mettre la main sur la part du gâteau. C'est dégoûtant. Elle ne sait même pas se servir d'une fourchette. » J'ai continué à marcher. Ma mâchoire était crispée. Mon visage brûlait. Je ne me suis pas retournée. À sept heures, j'entrai dans la salle à manger du rez-de-chaussée. Une longue table en acajou occupait le centre de la pièce. Damien Knight était assis en bout de table. Il avait déjà ôté sa veste. Il portait une chemise blanche dont les manches étaient retroussées jusqu'aux avant-bras. Il regardait son téléphone. Ses traits fins étaient illuminés par la lumière de l'écran. Je pris place au bout de la longue table. La distance qui nous séparait s'étendait comme un océan. Damien ne leva pas les yeux lorsque les servantes apportèrent le repas. Nous mangâmes dans un silence suffocant. Le seul bruit dans la pièce était le crissement de l'argenterie sur la porcelaine. Lorsque les femmes de chambre eurent enfin débarrassé la table et quitté la pièce, Damien posa son téléphone. Il se leva de sa chaise et longea la table. Ses pas résonnèrent silencieusement sur le tapis. Il s'arrêta près de ma chaise. Il me dominait de toute sa hauteur. « La conférence de presse est prévue demain matin à huit heures au siège », annonça Damien d'une voix grave et basse. « L'équipe juridique de Hargrove sera présente. Prévenez Ava. Vous serez partout sur les chaînes d'information d'ici midi. » Je levai les yeux vers lui. Je m'efforçai de garder une expression neutre. « Je serai prêt. » « Bien », dit-il. Il se pencha légèrement. Ses mains se posèrent sur le dossier de la chaise à côté des miennes. Ses yeux gris foncé fixèrent mon visage. Ils étaient froids et implacables. « Rappelons les limites de votre séjour », dit-il. « L’aile ouest, la salle à manger et la terrasse principale sont votre espace. L’aile est de la propriété m’appartient. Mon bureau et mes appartements privés sont sécurisés. Il vous est strictement interdit d’y pénétrer. » « Je me souviens du contrat, Damien », dis-je d'une voix assurée. « Je n'ai aucune envie d'empiéter sur votre espace. » « Surtout, ne le faites pas », avertit Damien. Ses yeux se plissèrent. « Mon système de sécurité enregistre le moindre mouvement dans cette maison. Si les enregistrements montrent votre présence près du couloir de l'aile est, cela constituera une rupture de contrat immédiate. J'annulerai l'accord. Je supprimerai le versement des cinq millions de dollars. Je couperai les fonds destinés au programme de rétablissement de votre père avant même le début de la conférence de presse. » Il se redressa. Son visage était d'une cruauté absolue. Il fit volte-face. Je sortis de la salle à manger. Il me laissa seule dans le silence. Minuit sonna. Le domaine était plongé dans un silence de mort. Allongé sur le dos dans mon lit de l'aile ouest, je fixais le plafond. Les lourds rideaux bloquaient le clair de lune. La pièce était plongée dans l'obscurité la plus totale. Impossible de dormir. Mon corps était épuisé. Mes pensées tournaient en rond. Je me suis tournée sur le côté. J'ai regardé ma main posée sur le drap blanc. L'énorme bague en diamant taille émeraude scintillait à la lumière. Elle me paraissait lourde. Comme une chaîne de métal qui me tirait le bras. J'ai pensé à mon père qui dormait dans l'unité de soins intensifs de l'hôpital Crescent Medical. J'espérais que l'opération fonctionnait bien. J'espérais que son cœur se fortifiait. L'écran de mon téléphone s'alluma sur la table de nuit. Une vibration sèche déchira le silence de la pièce. J'en eus le souffle coupé. Mon cœur battait la chamade. J'ai tendu la main. J'ai attrapé l'appareil. L'écran affichait un message provenant d'un numéro inconnu. J'ai ouvert le texte. Un nœud s'est formé dans ma gorge tandis que je lisais les mots. « L’opération s’est bien déroulée, Ava », disait le message. « L’état de ton père est stable grâce à mon autorisation de dépôt. La dette est officiellement active. Il est temps maintenant de remplir ta part du contrat. Damien Knight a un bureau dans l’aile est interdite. Force le passage du verrou de sécurité ce soir. J’ai besoin que le répertoire des fichiers relatifs à la fusion Hargrove soit envoyé à ce serveur avant l’aube. Je ne veux pas que je te rappelle les conséquences d’un échec sur le traitement médicamenteux de ton père. » L'écran du téléphone s'est éteint. La pièce a replongé dans l'obscurité. Je me suis redressé dans mon lit. Mes mains tremblaient violemment. La menace de Victor Kane résonnait dans ma tête. L'aile est était interdite d'accès. Le système de sécurité de Damien surveillait tout. Si je restais dans cette pièce, Victor tuerait mon père. Si je franchissais le seuil du couloir, Damien me détruirait. J'ai glissé mes pieds hors du lit. Le sol froid a frappé ma peau. J'ai compris que je devais faire un choix avant le lever du soleil.Trois ans plus tard, le manoir Knight était méconnaissable. Le silence qui régnait autrefois dans les couloirs avait disparu. Désormais, la maison résonnait d'un son inattendu : les rires et les cris d'un tout-petit courant partout.Ava se tenait au milieu du salon, un large sourire illuminant son visage tandis qu'elle regardait son fils de deux ans, Leo, courir après une petite voiture sur le tapis. Leo avait les cheveux et les yeux noirs de son père, mais il avait le doux sourire d'Ava.La porte s'ouvrit et Damien entra. Il revenait d'une longue journée au bureau. Ses affaires marchaient mieux que jamais et sa position dans la ville était incontestable. Plus personne n'osait défier l'empire des Chevaliers.Mais dès que Damien aperçut son fils, l'homme d'affaires sérieux disparut.« Papa ! » s’écria Léo en laissant tomber sa petite voiture et en courant aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient.Damien laissa tomber sa mallette sur une chaise et s'agenouilla aussitôt. Il
Damien tenait la bague entre ses doigts, les yeux rivés sur ceux d'Ava. Il prit une profonde inspiration, et lorsqu'il parla, sa voix était claire et assez forte pour que tous les présents sur la plage l'entendent.« Ava, quand nous nous sommes rencontrés, je ne croyais ni à l'amour ni à la confiance », dit Damien, la voix légèrement tremblante. « Mais tu as tout changé. Tu m'as montré ce qu'est la vraie force. Aujourd'hui, je te promets de te protéger dans toutes les tempêtes. Je te promets d'être à tes côtés, de t'honorer et de t'aimer pour le restant de mes jours. Tout ce que j'ai t'appartient. »Il glissa lentement la bague sur son doigt, à côté de sa bague en diamant.Ava sourit à travers ses larmes, sa voix douce mais assurée lorsqu'elle prononça ses vœux. « Damien, tu m'as sauvée quand j'étais perdue. Tu m'as offert un foyer et une vraie famille. Je te promets de t'aimer, de te faire confiance et de construire une belle vie avec toi pour toujours. »Elle lui a glissé son allian
Le matin arriva et la plage était fin prête pour le mariage. Le sable était lisse et des rangées de chaises étaient disposées face à l'océan. Des fleurs blanches ornaient chaque chaise, ondulant doucement dans la brise.Les invités de la haute société citadine étaient tous assis, attendant en silence. Victoria, au premier rang, paraissait sereine. Marcus et Giles, non loin de là, observaient l'arrivée des invités.Derrière le muret érigé près du rivage, Ava attendait. Son cœur battait la chamade, mais elle n'avait pas peur.Son père s'approcha d'elle, vêtu de son costume. Il la regarda et sourit, les yeux pétillants de bonheur. Il lui tendit le bras. « Es-tu prête, ma belle ? »« Oui, papa », dit Ava en passant son bras autour du sien. « Je suis prête. »La musique commença à résonner sur la plage. C'était une douce mélodie joyeuse qui se mêlait au bruit des vagues. Ava prit une profonde inspiration et ils s'avancèrent sur l'allée de sable.Tous se levèrent pour la regarder partir. Le
Ava se réveilla quelques heures plus tard. La chambre était plongée dans l'obscurité et la maison régnait un silence absolu. Un instant, elle oublia où elle était, puis elle sentit la chaleur familière à ses côtés. Damien était toujours allongé dans le lit, juste à côté d'elle.Son bras reposait sur sa taille, la serrant contre lui. Elle sourit dans l'obscurité, envahie par un profond sentiment de sécurité qu'elle n'avait jamais connu. Elle tenta de bouger silencieusement pour ne pas le déranger, mais dès qu'elle bougea sous les couvertures, Damien ouvrit les yeux.« Tu es réveillé », murmura Damien. Sa voix était grave et rauque, encore ensommeillée par le silence de la pièce.« Je n'arrive plus à dormir », dit doucement Ava en tournant la tête vers lui. « Mes pensées s'emballent. J'ai tellement hâte que demain matin arrive. »Damien se redressa et prit la main d'Ava dans la sienne. Il la fit sortir du lit et la guida jusqu'au balcon. Il ouvrit les portes qui donnaient sur la terrass
Ava était assise à table, les catalogues de mariage ouverts devant elle. Les organisateurs avaient envoyé des listes d'églises de la ville. Damien entra dans la pièce et se plaça derrière sa chaise, posant ses mains sur ses épaules.« Ces choix ne semblent pas vous satisfaire », dit Damien en baissant les yeux sur les pages.Ava se tourna vers lui. « Je ne veux pas d'église en ville, Damien. Je ne veux pas qu'il y ait beaucoup d'étrangers. Peut-on faire autre chose ? »« Tout ce que tu veux », dit Damien.« Je veux me marier au bord de l'océan », a déclaré Ava. « Je veux une petite cérémonie sur la plage. Juste les gens que nous connaissons. »Damien sourit. « Alors nous ferons cela. Je dirai aux organisateurs d'annuler les offices religieux. »Plus tard dans l'après-midi, Damien alla rendre visite à Victoria dans son appartement pour lui parler des nouveaux projets. Victoria était assise à son bureau lorsque Damien entra.« Maman, je suis venu te parler du mariage », dit Damien. « No
La porte d'entrée se referma doucement après le départ de Victoria. Pendant une minute, le silence et la paix régnèrent dans la pièce. Ava baissa les yeux sur les morceaux déchirés des papiers de divorce éparpillés sur le sol.Elle n'arrivait toujours pas à croire ce qui venait de se passer. La femme effrayante qui avait tenté de lui gâcher la vie pendant des mois avait finalement renoncé.Damien n'a pas attendu. Il s'est agenouillé juste à côté de la chaise d'Ava. Il a pris ses deux mains dans les siennes et l'a regardée dans les yeux. « Ça va ? »Ava hocha la tête, un doux sourire illuminant son visage. « Oui. Je... je n'arrive pas à croire qu'elle soit vraiment partie. »« Elle n'avait pas le choix », dit Damien d'une voix forte mais chaleureuse. Il lui baisa le dos de la main, juste au-dessus de sa magnifique bague en diamant. « Je t'ai promis de te protéger. Il est temps maintenant de montrer à tous qui tu es vraiment. »Damien n'a pas perdu de temps. Il voulait s'assurer que plu







