LOGINJe prends une profonde inspiration. C'est le moment de vérité. Le moment que j'ai préparé, redouté, espéré depuis des semaines. Depuis que j'ai compris qu'Adam n'était pas un simple jardinier, et qu'il pouvait devenir bien plus qu'un pion sur mon échiquier.— Quand ma mère a été arrêtée, le clan Orsini a été démantelé. Mais pas entièrement. J'ai gardé des contacts. Des fidèles. Des gens qui croyaient en moi, ou qui détestaient Vincenzo, ou les deux. Pendant sept ans, j'ai reconstitué un réseau, dans l'ombre, sans que personne ne s'en aperçoive. Pas même Vincenzo. Surtout pas Vincenzo.— Quel genre de réseau ?— Des avocats, des banquiers, des policiers véreux, des hommes d'affaires. Des gens qui détenaient des informations, des preuv
ElenaLe salon est baigné de la lumière dorée de l'après-midi. Un soleil timide filtre à travers les voilages, dessinant des motifs mouvants sur le parquet ciré, sur les meubles lourds, sur l'échiquier de marbre qui trône au centre de la pièce.C'est moi qui ai demandé à Adam de venir ici. Dans le salon principal, la pièce la plus exposée de la villa. Un choix délibéré. Un choix stratégique. Si quelqu'un nous voit, nous aurons l'air de ce que nous sommes censés être : la femme du patron qui donne des instructions à un domestique. Rien de suspect. Rien de compromettant.Mais ce que j'ai à lui dire n'a rien d'innocent.Adam entre, le dos courbé, l'attitude humble du jardinier qu'on convoque. Il s'est changé , une chemise propre, un pantalon sans taches. Il a fait un effort, et j'appr&eac
Je me lève, les poings serrés. La colère est là, maintenant, une colère noire qui balaie tout sur son passage.— Donc tu m'as utilisé. Comme tu utilises tout le monde. Je n'étais qu'un pion dans ton jeu. Un moyen de t'échapper.— Au début, oui.— Et après ?— Après, je suis tombée amoureuse. Vraiment. Contre toute prudence, contre toute logique, contre tous mes plans. Je suis tombée amoureuse de toi, Adam. De tes mains calleuses, de tes yeux noirs, de ta façon de lire Homère en cachette. De ta maladresse quand tu m'as embrassée la première fois. De ta force quand tu m'as protégée. De ta vulnérabilité quand tu m'as avoué ton secret.— Menteuse. Tu m'as menti depuis le début.— Toi aussi, tu m'as menti. Nous sommes quittes.&mdas
AdamLa serre est plongée dans l'obscurité quand j'arrive. Pas de bougie, pas de lampe torche, pas de lune pour éclairer les vitres sales. Les nuages ont tout avalé, même les étoiles. Le vent s'est calmé, remplacé par un silence lourd, oppressant, qui donne l'impression que le monde retient son souffle avant l'orage.Elena est là, debout près de l'établi, une silhouette pâle dans l'ombre. Elle porte une robe sombre, un châle sur les épaules, et elle n'a pas entendu mes pas. Ou peut-être que si. Peut-être qu'elle m'attendait, immobile, comme une statue dans un temple abandonné.Je m'arrête à trois mètres d'elle. Je n'allume pas de lumière. Je ne veux pas voir son visage. Pas tout de suite. Je veux d'abord entendre sa voix. Je veux d'abord savoir si elle va continuer à jouer la comédie.&mda
AdamLa nuit est tombée depuis deux heures quand je me glisse hors du garage. Le vent est toujours là, un vent mauvais qui fait grincer les volets et gémir les cyprès. La villa est éclairée, toutes les fenêtres du rez-de-chaussée brillent dans l'obscurité. Vincenzo est rentré. J'ai entendu le bruit de sa voiture vers vingt heures, puis des éclats de voix, des ordres aboyés, des portes qui claquent. La colère du Parrain est tombée sur la maison comme une chape de plomb.Je ne vais pas à la serre. Elena m'attend peut-être là-bas, mais j'ai autre chose à faire avant. Quelque chose que j'aurais dû faire depuis longtemps.Je traverse le parc, courbé, silencieux, évitant les zones éclairées. Les gardes sont nombreux ce soir — j'en compte au moins six autour du périmètre, sans par
Je m'approche d'elle, la prends dans mes bras. Elle s'effondre contre moi, secouée de spasmes, incapable de parler. Maria. La vieille Maria qui lui servait de mère, de confidente, de protectrice. Maria qui lisait des romans d'amour et qui soupçonnait tout sans rien dire. Maria qui était peut-être la seule amie qu'Elena ait jamais eue dans cette maison.— Pourquoi ? balbutie Elena entre deux sanglots. Pourquoi Maria ? Elle n'a rien fait. Elle ne savait rien. Elle n'a rien dit à personne.— Qu'est-ce qui s'est passé ?— Je ne sais pas. Je descendais pour le petit-déjeuner, et je les ai vus entrer. Ils ont appelé Maria. Ils lui ont dit que Vincenzo voulait la voir. Elle est venue, elle n'avait pas peur, elle n'avait rien à se reprocher. Et puis le comptable a sorti son arme, et il a tiré. Sans un mot. Sans une explication. Comme on écrase un insecte.— Pourquoi ? je répète, sans attendre de réponse.— Parce qu'elle savait quelque chose. Ou parce qu'ils croyaient qu'elle savait. Ou parce
CamilleJe marche dans la boue sans la voir.Mes pieds connaissent le chemin , la grand-rue du village, la place avec son puits, le sentier qui grimpe vers les chaumières des pauvres. Je pourrais le faire les yeux fermés. Et c'est un peu ce qui arrive : mes yeux regardent sans voir, mes oreilles en
CamilleJe descends les escaliers comme une somnambule.Mes jambes tremblent à chaque marche. L'odeur de lui est partout sur moi , sur ma peau, dans mes cheveux, sur ma robe trempée que j'ai remise tant bien que mal. Je sens son sexe au bout de mes doigts, la texture, la chaleur. Je sens ma propre
CamilleSes épaules sont dures comme du bois.Mes doigts glissent sur sa peau, suivant la courbe des muscles, s'attardant malgré moi sur chaque relief, chaque cicatrice. Il en a plusieurs — une longue sur l'omoplate droite, une plus courte près de la nuque, des petites sur les bras comme des morsur
CamilleLa nuit tombe vite en automne.À huit heures, le château n'est plus qu'un labyrinthe d'ombres où les torches dessinent des couloirs de lumière tremblante. Je monte l'escalier en colimaçon, mes cruches à la main, la lanterne accrochée à mon poignet. Chaque pas résonne sur la pierre.Je compt







