MasukCHAPITRE 6
Le soleil se leva sur Whispering Pines sans apporter la moindre chaleur. Dès six heures du matin, Lyra arpentait déjà le rez-de-chaussée, habillée d'un simple pantalon noir et d'un chemisier, observant par les fenêtres le dispositif mis en place autour de sa maison natale. L'illusion de liberté s'était évaporée. Deux gardes armés patrouillaient près de l'ancienne roseraie de sa mère ; des caméras à détecteur de mouvement avaient été discrètement encastrées dans la maçonnerie victorienne, et le portail principal restait verrouillé en permanence. Elle était prisonnière d'une forteresse de luxe. À sept heures précises, refusant d'être traînée par les gardes de Killian, elle poussa les portes de l'ancien bureau de son père , aujourd'hui devenu l'antre de Vance. L'immense pièce sentait le tabac brun et le café noir. Killian était déjà assis derrière le bureau en acajou massif, absorbé par l'écran d'un ordinateur portable. Il leva les yeux à son entrée, son regard balayant sa silhouette d'un œil appréciateur et froid. — À l'heure. Vous commencez à apprendre, constata-t-il en refermant son écran d'un geste sec. — Ne vous faites pas d'illusions. Je suis ici parce que je veux savoir quel est votre prochain coup vicieux, répliqua-t-elle en restant debout au centre de la pièce, refusant la chaise qu'il lui désignait d'un signe de tête. — Mon prochain coup vous concerne directement, répondit-il en se levant. Il contourna le meuble, tenant entre ses doigts un épais dossier relié de cuir qu'il laissa tomber sur la table basse avec un bruit sourd. — Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle, méfiante. — Vos nouvelles responsabilités. Vous êtes architecte, Lyra. Et il se trouve que j'ai acquis les droits de réhabilitation de tout le quartier nord de la ville. Un projet colossal de trois cents millions de dollars. Et vous allez en dessiner chaque mètre carré pour mon compte. Lyra écarquilla les yeux, le sang battant à ses tempes. — Jamais ! Vous avez détruit mon agence, et maintenant vous voulez utiliser mon travail pour gonfler votre empire ? Vous êtes malade ! — Je vous offre une chance de faire ce que vous aimez au lieu de croupir dans cette chambre, murmura Killian en s'arrêtant juste devant elle. Si vous refusez, je confie le projet à votre pire concurrent et je veille à ce que votre nom n'apparaisse plus jamais sur un seul permis de construire dans ce pays. À vous de choisir, mon petit chaton : l'orgueil, ou l'architecture ?Le soir même, Killian avait exigé sa présence pour un dîner formel. Pour s'assurer qu'elle ne se déroberait pas, il avait fait livrer dans sa chambre une robe du soir en soie émeraude, fendue sur la cuisse, accompagnée d'un mot manuscrit : « Ne me faites pas attendre. »
Lyra avait enfilé la robe, non par soumission, mais par défi. La couleur soulignait l'éclat de ses yeux et mettait en valeur chaque courbe de son corps avec une élégance insolente. Lorsqu'elle descendit le grand escalier, Killian l'attendait au bas des marches, un verre de scotch à la main. Ses yeux d'acier s'assombrirent instantanément en la voyant apparaître. Un muscle tressauta le long de sa mâchoire. — Vous êtes magnifique, admit-il d'une voix sourde, presque à contrecœur. — Économisez vos flatteries, Vance. Je porte cette robe comme on porte un uniforme de bagnard, répliqua-t-elle en le dépassant pour entrer dans la salle à manger où des bougies éclairaient une table somptueusement dressée pour deux. Le dîner fut un champ de bataille psychologique. Chaque plat servi était rythmé par des joutes verbales acérées. Lyra utilisait son esprit vif pour tenter de percer l'armure de glace de son geôlier, cherchant la faille qui expliquait sa haine irrationnelle envers sa famille. — Mon père n'était pas un escroc, Killian, dit-elle en posant ses couverts, le regard fixé sur l'homme assis en face d'elle. Pourquoi vous acharner à ce point sur un homme mort ? Qu'est-ce qu'il vous a fait pour que vous poussiez la vengeance jusqu'à m'enfermer ici ? Le silence qui suivit fut si lourd que le vacillement des bougies sembla faire du bruit. Killian posa lentement son verre de scotch. Son visage s'était fermé, ses traits devenant aussi tranchants et froids que du marbre. — Votre père, commença-t-il d'une voix basse qui fit chuter la température de la pièce, n'a pas seulement volé des parts de marché, Lyra. Il a signé un accord frauduleux qui a coûté la vie à ma petite sœur, Elena. Lyra se figea, le souffle coupé. — C'est faux... murmura-t-elle. Il ne ferait jamais une chose pareille. — Vous ne saviez rien des secrets que votre cher père cachait dans ses coffres, gronda Killian en se levant si brusquement que sa chaise vacilla. Vous vivez dans un conte de fées, Lyra. Et je suis le monstre qui est venu vous réveiller.A SUIVRE
CHAPITRE 6 Le soleil se leva sur Whispering Pines sans apporter la moindre chaleur. Dès six heures du matin, Lyra arpentait déjà le rez-de-chaussée, habillée d'un simple pantalon noir et d'un chemisier, observant par les fenêtres le dispositif mis en place autour de sa maison natale.L'illusion de liberté s'était évaporée. Deux gardes armés patrouillaient près de l'ancienne roseraie de sa mère ; des caméras à détecteur de mouvement avaient été discrètement encastrées dans la maçonnerie victorienne, et le portail principal restait verrouillé en permanence. Elle était prisonnière d'une forteresse de luxe. À sept heures précises, refusant d'être traînée par les gardes de Killian, elle poussa les portes de l'ancien bureau de son père , aujourd'hui devenu l'antre de Vance.L'immense pièce sentait le tabac brun et le café noir. Killian était déjà assis derrière le bureau en acajou massif, absorbé par l'écran d'un ordinateur portable. Il leva les yeux à son entrée, son regard balayant sa s
CHAPITRE 5 Le bruit des talons de Lyra sur le parquet d’ébène résonnait comme un glas à travers les couloirs immenses de Whispering Pines. Autrefois, cette maison sentait la cire d’abeille, les fleurs séchées et le feu de cheminée. Aujourd'hui, une odeur froide de cèdre, de cuir neuf et du parfum ambré de Killian avait dévoré l'air.Lorsqu'elle poussa la lourde porte en chêne sculpté de sa nouvelle chambre, son souffle se bloqua net dans sa gorge.Ce n’était pas une chambre d'amis. C’était son ancienne chambre d'enfance. Mais Killian ne s'était pas contenté de l'annexer : il l'avait profanée avec un soin chirurgical. Les tapisseries aux motifs floraux avaient été arrachées au profit d'un velours gris sombre, presque noir. Le grand lit à baldaquin, où sa mère venait lui border ses couvertures, avait été remplacé par une structure monumentale en fer forgé et draps de soie anthracite. Seul restait, posé sur une coiffeuse moderne, un ancien portrait encadré de Lyra adolescente.Il n'avai
CHAPITRE 4 :Les mots de Killian résonnaient encore dans l'esprit de Lyra comme un arrêt de mort. De retour dans son appartement plongé dans le noir, elle passa la nuit entière à faire les cent pas, luttant contre la panique qui menaçait de la submerger. Chaque meuble, chaque tableau semblait lui rappeler qu'elle était sur le point de tout perdre. Pourtant, céder à son chantage signifiait renoncer à sa liberté, se livrer corps et âme à un prédateur qui ne cherchait qu'à la consumer.À l'aube, les premières lueurs du jour peignèrent le ciel d'une teinte grise et morose. À sept heures précises, un coup violent retentit à sa porte. Ce n'était pas la police, ni un simple huissier, mais deux hommes en costume mandatés par la holding Vance. Ils ne prirent même pas la peine d'attendre son accord : l'ordre d'expulsion venait d'être validé en urgence par un juge complaisant, acheté ou menacé par l'influence démesurée de Killian.— Vous avez une heure pour rassembler vos affaires, Mademoiselle
CHAPITRE 3Les mots de Killian résonnaient encore dans l'esprit de Lyra comme un écho funeste tandis qu'elle quittait la tour Vance, le cœur battant la chamade. Elle avait refusé son chantage, persuadée que sa fierté et sa résistance tiendraient lieu de bouclier. Mais la réalité du monde impitoyable des affaires frappa avec la brutalité d'un couperet dès le lendemain matin.Au réveil, son téléphone portable s'affola. Une succession de notifications et de messages alarmants de ses anciens collègues et partenaires s'affichait sur l'écran.— Lyra, c'est l'enfer. Les banques viennent de geler tous les comptes de l'agence. Et la ville a rejeté notre permis pour le grand projet du centre-ville, expliqua sa directrice associée, la voix brisée par les sanglots, à travers le combiné. On est blacklistés partout. Personne ne veut plus travailler avec nous. C'est le groupe Vance, ils ont acheté ou menacé tous nos investisseurs.Lyra sentit le sol se dérober sous ses pieds. Installée sur le rebord
CHAPITRE 2 Le silence qui suivit l'impact de la gifle dans le salon privé semblait lourd, presque palpable, chargé de l'électricité statique d'un orage imminent. Lyra sentait son cœur marteler sa cage thoracique comme un oiseau affolé, mais elle refusa de baisser les yeux. Le regard de Killian Vance, fixé sur elle, avait changé. Il n'y avait plus seulement la morgue du magnat intouchable ; il y avait désormais cette lueur d'obsession malsaine, une fascination pure et vénéneuse pour la seule femme qui venait de lui marquer la chair en public.— Sortez d'ici, murmura-t-il, sa voix basse vibrant d'une menace sourde qui valait tous les cris du monde. Avant que je ne perde le peu de contrôle qu'il me reste.Sans demander son reste, Lyra tourna les talons, sa robe rouge sang frôlant les boiseries sombres. Elle ouvrit la lourde porte de chêne et s'enfuit à travers les couloirs du quatre-vingtième étage, fuyant la foule, fuyant les regards, fuyant ce monstre aux yeux d'acier. Sa respiration
CHAPITRE 1 Le sommet de la tour Vance scintillait de mille feux, dominant la ville comme un oeil de métal et de verre suspendu dans le vide. Au quatre-vingtième étage, le bal de charité annuel de la fondation battait son plein. C'était un théâtre d'ombres sophistiquées, une parade de grands crus, de smokings impeccables et de robes de haute couture qui bruissaient au rythme d'un orchestre de jazz feutré. Les lustres en cristal répandaient une lumière artificielle et glacée sur des visages figés dans des sourires convenus. Un monde de requins costumés, où chaque poignée de main cachait une lame prête à trancher.Près d'une immense baie vitrée incurvée, Lyra Sterling ajusta les bretelles fines de sa robe fourreau. Une couleur rouge sang, provocatrice, presque indcente dans ce sanctuaire de la neutralité bourgeoise. C’était son armure. Une armure de soie et de défi qu'elle avait endurée avec la rage au ventre. Elle n'était pas là pour célébrer la philanthropie hypocrite de ses hôtes, ni







