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Chapitre 5

作者: King Djo
last update 公開日: 2026-08-06 04:37:04

CHAPITRE 5 

Le bruit des talons de Lyra sur le parquet d’ébène résonnait comme un glas à travers les couloirs immenses de Whispering Pines. Autrefois, cette maison sentait la cire d’abeille, les fleurs séchées et le feu de cheminée. Aujourd'hui, une odeur froide de cèdre, de cuir neuf et du parfum ambré de Killian avait dévoré l'air.

Lorsqu'elle poussa la lourde porte en chêne sculpté de sa nouvelle chambre, son souffle se bloqua net dans sa gorge.

Ce n’était pas une chambre d'amis. C’était son ancienne chambre d'enfance. Mais Killian ne s'était pas contenté de l'annexer : il l'avait profanée avec un soin chirurgical. Les tapisseries aux motifs floraux avaient été arrachées au profit d'un velours gris sombre, presque noir. Le grand lit à baldaquin, où sa mère venait lui border ses couvertures, avait été remplacé par une structure monumentale en fer forgé et draps de soie anthracite. Seul restait, posé sur une coiffeuse moderne, un ancien portrait encadré de Lyra adolescente.

Il n'avait pas seulement racheté ses murs ; il avait réécrit son passé.

— C'est ignoble... murmura-t-elle dans le vide de la pièce, les poings serrés à s'en enfoncer les ongles dans la chair.

Elle refusa de défaire sa valise. Elle refusa de s'asseoir sur ce lit qui lui semblait être un autel dressé à sa propre soumission. Lorsque, sur les coups de vingt heures, une gouvernante au visage impassible frappa à la porte pour lui annoncer que Monsieur Vance l’attendait pour le dîner dans la salle à manger principale, la réponse de Lyra fut cinglante :

— Dites à votre maître que s'il veut me voir manger avec lui, il devra me faire traîner de force. Et que ça risque de tacher ses jolis tapis.

La gouvernante baissa les yeux sans insister et se retira. Seule dans la pénombre croissante, Lyra s'adossa à la haute baie vitrée donnant sur les jardins à l'anglaise. Elle savait pertinemment qu'une telle provocation ne resterait pas sans réponse. Dans le monde de Killian Vance, l'insubordination n'était pas un caprice : c'était un appel à la guerre.

Il ne fallut pas vingt minutes pour que des pas lourds et mesurés ne fassent trembler le plancher du couloir. La porte ne s'ouvrit pas gentiment ; elle fut poussée avec une lenteur calculée qui fit grincer les gonds anciens.

Killian se tenait sur le seuil. Il avait tombé la veste de son costume, le col de sa chemise sombre ouvert sur sa gorge, les manches relevées sur des avant-bras noueux où devinait la trace de vieilles cicatrices estompées. Dans sa main droite, il tenait un plateau d'argent sur lequel reposait une assiette intacte et un verre de vin rouge foncé.

— Il paraît que ma compagnie vous donne la nausée, mon petit chaton, murmura-t-il d'une voix rauque en pénétrant dans la chambre sans y être invité.

— Votre simple présence dans cette maison est une insulte, répondit Lyra en ne bougeant pas d'un millimètre de sa fenêtre. Sortez d'ici.

Killian ne s'arrêta pas. Il avança d'un pas prédateur, posa le plateau sur la coiffeuse avec un cliquetis métallique, puis se tourna vers elle. Sa haute stature bloquait désormais toute la lumière du couloir.

— Les règles sont simples, Lyra. Vous vivez sous mon toit, vous mangez à ma table. Je n'aime pas répéter.

— Je ne suis pas un chien à qui on impose des horaires de gamelle, cracha-t-elle en se redressant, le regard flamboyant de mépris. Vous m'avez peut-être enlevé mon compte en banque et mes projets, mais vous ne posséderez jamais ma volonté.

En une fraction de seconde, la distance entre eux fut annulée. Killian la saisit par les hanches, la plaquant avec une force implacable contre le verre froid de la baie vitrée. Sa main droite remonta pour venir saisir son menton, inclinant son visage de force vers le sien. Le contraste entre le froid de la vitre dans son dos et la chaleur brûlante du corps de Killian fit frissonner Lyra malgré sa rage.

— Vous pensez que c'est un jeu ? gronda-t-il, ses prunelles d'acier brillant d'une lueur sombre et possessive. Je pourrais vous briser ce soir, Lyra. Je pourrais vous forcer à supplier pour la moindre seconde de répit. Mais ce serait trop rapide. Je veux vous voir céder morceau par morceau.

— Vous attendrez l'enfer pour ça, souffla-t-elle contre ses lèvres, son parfum boisé l'enveloppant comme un poison délicieux qu'elle rejetait de toutes ses forces.

Le pouce de Killian caressa lentement sa lèvre inférieure, un geste d'une tendresse terrifiante en totale contradiction avec la dureté de son étreinte.

— Mangez, ordonna-t-il en la relâchant d'un coup, la laissant à court de souffle contre la vitre. Demain matin, à sept heures, vous serez dans le bureau. Nous avons à parler de l'avenir de votre nom.

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