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Je me remarie, et alors ?
Je me remarie, et alors ?
Author: Mila Cerise

Chapitre 1

Author: Mila Cerise
La cinquième année de mariage d'Aurore Delmas avec Romain Vasseur, un enfant est enfin arrivé.

Mais la femme enceinte, ce n'était pas elle.

Dans le couloir du service de gynécologie, la femme venue avec Romain pour un contrôle prénatal était sa secrétaire, Léna Fournier.

« Romain, tu crois que notre bébé sera un garçon ou une fille ? »

À quelques mètres de là, Aurore entendait la voix de Léna, légère, débordante de joie.

« Peu importe. Tant que c'est toi qui l'as mis au monde, tout me va. »

Arrivés devant la salle d'examen, Léna est entrée. Romain a pris naturellement son sac et a attendu dehors, les yeux fixés sur la porte fermée.

Quelques minutes plus tard, Léna est ressortie avec les feuilles à la main. Sur son visage, il y avait cette joie lumineuse d'une future mère.

« Le médecin dit que le bébé va très bien. J'ai juste un peu d'anémie... Tu sais, je fais attention à ma ligne, je mange peu. »

« Prépare quelques affaires. Tu iras t'installer au Belle-Rive. J'enverrai Jeanne pour s'occuper de toi. »

« Mais, ce n'est pas l'appartement avec vue sur la mer que t'as acheté pour Aurore ? Je ne voudrais pas prendre sa place... »

« Toi et l'enfant, vous êtes le plus important. »

Aurore est restée derrière eux, à les regarder. De loin, ils ressemblaient à un couple aimant, comme s'ils étaient mari et femme.

Depuis cinq ans de mariage, elle ne tombait jamais enceinte. Injections, médicaments, traitements... elle avait tout essayé. Son ventre était couvert de petites marques laissées par les aiguilles.

Ce jour-là, elle est venue à l'hôpital pour parler avec le médecin de la prochaine opération. Elle ne s'est pas attendue à tomber sur ça.

Le ventre de Léna était déjà bien rond, au moins quatre mois. Voilà pourquoi, ces derniers temps, personne à la maison ne l'a pressée.

Quelqu'un, dehors, lui a déjà donné un enfant.

À l'époque, lorsque le Groupe Vasseur avait traversé une grave crise, Aurore avait frappé à la porte de Romain avec deux contrats. L'un avait porté sur un investissement de cinquante millions. L'autre avait été un contrat de mariage.

Elle ne l'avait pas contraint. Elle lui avait laissé trois jours pour réfléchir.

Les familles Delmas et Vasseur s'étaient connues depuis longtemps. À quinze ans, Aurore avait rencontré Romain, tout juste rentré de l'étranger. Dès cette première rencontre, elle était tombée amoureuse.

Pendant toutes ces années, elle l'avait suivi en silence. La même université, le même cursus. Elle s'était assise dans les mêmes salles,

avait suivi les mêmes cours, avait repris les notes qu'il avait préparées.

Elle avait su qu'avec des capacités de Romain, il s'en sortirait rapidement. Même s'il l'avait refusée, elle aurait pu rester près de lui, comme une amie.

Elle l'avait trop aimé. Même le regarder de loin avait suffi à la rendre heureuse.

Et pourtant, Romain n'avait pas hésité. Il avait signé le contrat de mariage.

Cette nuit-là, Aurore était restée dans sa chambre.

Huit années d'amour silencieux, cinq années de mariage.

À vingt-cinq ans, il occupait déjà la moitié de sa vie.

Il a été son premier homme.

Elle a été son épouse.

Après le mariage, le Groupe Vasseur et le Groupe Delmas avaient fusionné, et sous la direction de Romain, la carte des affaires s'était étendue encore et encore. Aurore avait fini par croire que, le jour où elle aurait un enfant, sa vie serait enfin complète.

Mais la réalité lui a violemment rendu son illusion.

Romain avait quelqu'un. Et cette femme était enceinte. Plus grave encore, tout le monde chez les Vasseur le savait.

Devant l'entrée de l'hôpital, Hélène Vasseur, la mère de Romain, souriait, la main posée sur le ventre de Léna.

À côté d'elle, Camille Vasseur, la sœur cadette de Romain, se montrait d'une familiarité appuyée avec Léna, comme si elle faisait déjà partie de la famille.

Ils avaient l'air d'une famille soudée. Et elle, Aurore, se tenait là comme une intruse.

« Léna, je connais un restaurant mexicain juste à côté. Romain a réservé, on y va ? »

Camille a alors aperçu Aurore à quelques mètres. Son visage a changé d'un coup.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

Le regard de Romain a glissé vers elle, sombre.

« Tu es venue faire quoi ? »

Aurore s'est avancée. Ses yeux marron ne laissaient rien paraître. Elle fixait seulement le ventre de Léna.

Léna a pâli, a vite protégé son ventre et s'est réfugiée contre Romain.

Romain s'est placé devant elle, agacé.

« Rentre. On parlera plus tard, d'accord ? »

Comme d'habitude, il ne montrait rien. Il n'expliquait rien.

Sauf que cette fois, Aurore n'a pas voulu avaler.

« Romain, me mentir comme à une idiote, ça t'amuse ? »

« Ce n'est pas l'endroit. On rentre et je t'explique. »

« Exactement. C'est un hôpital. Tu veux que tout le monde vienne nous regarder ? »

« Aurore, arrête. Rentre à la maison. »

Tous se sont mis à la blâmer.

« Vous parlez de honte, maintenant ? Quand vous me trompiez, vous pensiez à ce que je ressentais, moi ? »

Elle l'aimait à en perdre la raison. Mais ça ne leur donnait pas le droit d'écraser sa dignité.

À ce stade, ce qu'ils protégeaient, c'était seulement le nom des Vasseur.

Et elle, alors ?

Pour tomber enceinte, elle avait bu bol après bol des décoctions impossibles à avaler. Elle s'était planté dans la peau des aiguilles longues comme des doigts.

Et au bout du compte, dans leurs yeux, c'était elle qui faisait des histoires.

« Je ne pars pas. Tant que tout n'est pas clair aujourd'hui, personne ne bouge d'ici ! »

« Aurore, t'es malade ou quoi ? Ne nous entraîne pas là-dedans. Te disputer ici... tu veux vraiment couvrir les Vasseur de honte ? »

Camille n'avait jamais aimé Aurore. Cette fois, elle tenait enfin l'occasion de se défouler.

Elle pointait Aurore du doigt et lui crachait à la figure :

« Incapable d'avoir un enfant, et tu oses encore nous chercher des histoires ? »

Aurore a relevé la tête et a regardé Romain droit dans les yeux.

Il a levé à peine les paupières, l'agacement évident :

« Arrête de faire des scènes. Rentre à la maison. »

Sur ces mots, il s'est placé devant Léna et l'a entraînée vers la voiture garée à côté.

« T'as entendu ? Romain te dit de rentrer. Qu'est-ce que tu attends, dégage ! »

Triomphante, Camille les a suivis.

Ils sont partis tous ensemble, la laissant seule sur place.

« Romain Vasseur ! Arrête-toi ! »

Dans un élan irréfléchi, Aurore a hurlé en se lançant à la poursuite de la Maybach familière.

À cet instant, elle ne pensait à rien d'autre. Elle voulait seulement lui faire face, savoir s'il avait éprouvé la moindre sincérité en signant ce mariage, comprendre ce que ces cinq années représentaient vraiment.

Au carrefour, les feux clignotaient. Aurore n'entendait ni les avertisseurs ni les cris autour d'elle. Elle a accéléré.

Au moment où elle allait atteindre la voiture, un camion hors de contrôle a surgi sur le côté.

Le choc a été violent. Son corps a été projeté au loin, comme une marionnette dont on aurait coupé les fils.

« La patiente perd trop de sang ! Préparez le bloc, intervention en urgence ! »

« La tension chute, administrez un vasopresseur, vite ! »

Poussée vers le bloc opératoire, la lumière crue lui brûlait les yeux. Sa conscience oscillait, tirée sans cesse entre lucidité et obscurité.

« Son téléphone est ici. Prévenez un proche. On a besoin d'un consentement pour l'intervention. »

L'infirmière a composé un numéro.

Au bout du fil, la voix impatiente de Romain a répondu :

« Oui ? C'est pour quoi ? »

« Bonjour. Êtes-vous un proche de Madame Aurore Delmas ? Elle est actuellement prise en charge aux urgences de l'hôpital Saint-Charles, son état est critique. Nous avons besoin de votre accord pour l'intervention. »

Il ne lui a même pas laissé le temps de finir sa phrase. Romain l'a coupée, agacé :

« Elle est morte ? »

« Monsieur, la patiente est en état critique... »

« Critique ? »

Il y a eu quelques secondes de silence, puis sa voix a repris, méprisante :

« Faire semblant d'être malade ne marche pas avec moi. Si elle meurt vraiment, vous me prévenez. Je m'en occuperai. »

La communication s'est coupée, froide, sans ménagement.

Dans la salle d'urgence, le silence est tombé d'un bloc. Seul le bip du moniteur cardiaque résonnait, régulier, insupportable.

Une larme a glissé au coin de l'œil d'Aurore. Son corps, jusque-là tendu, s'est relâché d'un coup.

Elle a compris que la déception pouvait tout briser en un instant.

Les yeux levés, elle fixait la lampe chirurgicale, glaciale. Des images se sont mises à défiler dans sa tête : le soleil du jour où, à quinze ans, elle rencontrait Romain pour la première fois ; son profil quand il signait l'accord de mariage ; son ventre criblé de marques laissées par les aiguilles...

Puis tout est devenu noir.

Quand elle s'est réveillée, son bras était enveloppé de bandages. Elle a attrapé le téléphone à l'écran fissuré sur la table de chevet et a composé un numéro.

« Maître Girard, veuillez me rédiger une demande de divorce. Tout de suite. Maintenant. »
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