LOGINChapitre 21 — Les anciennes victimesLe mur de photos semblait respirer. Des dizaines de visages, des dizaines d'histoires, toutes achevées en une même nuit, un même silence. Sarly s'était approchée lentement, comme on s'approche d'un autel. Ses jambes tremblaient, mais elle ne détournait plus les yeux. Elle voulait voir. Elle devait voir.Marthe se tenait en retrait, les bras croisés, le visage grave. Elle n'avait pas allumé la pièce ; la lumière venait d'une verrière sale, filtrée, grise, qui donnait aux photos un air de mausolée. L'odeur de poussière et de papier ancien prenait à la gorge.Sarly s'arrêta devant le visage d'une femme blonde, les yeux clairs, le sourire figé dans un élan de vie. Sous la photo, un prénom : Justine. Une date : disparue il y a quatre ans. À côté, une autre photo, plus récente, où la même Justine paraissait amaigrie, le regard vide. Et une annotation : « Récidive. Retour volontaire. Jamais revue. »— Elle est revenue, murmura Sarly, la voix blanche.— Ou
Chapitre 21— Le refugeLa pièce était exiguë, éclairée par une ampoule nue qui pendait du plafond. La femme qui venait de parler se tenait debout face à Sarly, les bras croisés, le visage indéchiffrable. Elle devait avoir une cinquantaine d'années, des cheveux poivre et sel tirés en arrière, des rides profondes autour de la bouche. Ses yeux sombres ne lâchaient pas Sarly, comme si elles cherchaient à lire en elle.Sarly resta muette, la main brûlée serrée contre sa poitrine. Son cœur battait si fort qu'elle l'entendait résonner dans ses tempes. Cette femme savait. Elle savait pour Adrian, pour la villa, pour la prison dorée. Et elle venait de la reconnaître.— Comment… comment savez-vous ? balbutia Sarly.La femme esquissa un sourire sans chaleur.— Ici, nous savons beaucoup de choses. Nous savons ce que fait Adrian Valtor aux femmes qui ont le malheur de croiser sa route. Nous savons comment il les isole, les brise, les détruit. Et nous savons reconnaître les marques qu'il laisse.So
Chapitre 20 — La photo brûléeLa bibliothèque sentait la fumée et le papier consumé. Sarly était agenouillée sur le sol, le fragment de photo serré dans sa main brûlée. La douleur pulsait dans ses doigts, lancinante, mais elle ne desserrait pas l'étreinte. Adrian était parti, la laissant seule avec les cendres du journal d'Elisa et ce morceau calciné qui semblait peser une tonne.Elle se releva lentement, les jambes flageolantes. Sa paume la brûlait atrocement. Elle regarda autour d'elle : le feu achevait de dévorer les derniers vestiges du carnet. Il ne restait rien des mots de la sœur d'Adrian, rien de ses cris écrits à l'encre. Rien, sauf ce fragment de photo qu'elle avait arraché aux flammes au péril de sa main.Elle sortit de la bibliothèque, longea les couloirs d'un pas vacillant. Les caméras la suivaient, mais personne ne vint l'arrêter. Peut-être Adrian avait-il donné l'ordre de la laisser. Peut-être attendait-il qu'elle se brise encore un peu plus. Sarly ne savait plus distin
Chapitre 19— La confrontationSarly se releva d'un bond, le carnet toujours serré contre elle. Son cœur battait à se rompre, sa gorge était nouée. Elle recula d'un pas, heurtant la table basse, sans quitter Adrian des yeux.Il entra, referma la porte derrière lui, sans un bruit. Son visage était impassible, mais ses yeux gris luisaient d'une lueur dangereuse. Il la regarda, puis son regard descendit sur le carnet rouge.— Tu as trouvé ça, dit-il d'une voix plate, sans question.Sarly serra le carnet plus fort. Elle savait qu'il mentirait, qu'il tenterait de tout nier. Mais elle ne pouvait pas se taire. Pas maintenant.— C'est le journal d'Elisa, dit-elle, la voix tremblante mais ferme. Votre sœur. Vous l'avez enfermée, battue, affamée. Vous l'avez tuée.Adrian esquissa un sourire, un sourire qui n'atteignait pas ses yeux.— Ma sœur était folle, Sarly. Elle a toujours été instable. Ce carnet n'est qu'un tissu de mensonges écrits par une malade.— Elle m'a appelée par mon prénom. Elle s
Chapitre 18 — Le journal intimeDeux jours s'étaient écoulés depuis que Sarly s'était réveillée dans la chambre aux draps blancs, le corps fourbu mais l'esprit embrumé de souvenirs contradictoires. Adrian ne l'avait pas quittée, ou presque. Il venait la voir chaque matin, s'asseyait au bord du lit, lui apportait du thé, lui parlait doucement. Il ne l'avait plus touchée avec violence, ni même avec insistance. Il se contentait de gestes simples : écarter une mèche de son front, replacer la couverture, effleurer sa main. Et Sarly, malgré la haine qui couvait, se surprenait à ne plus reculer.Elle se détestait pour cela. Mais la pièce noire avait laissé en elle une faille, une fissure par laquelle la présence d'Adrian s'infiltrait. Elle ne savait plus si elle le redoutait ou si elle l'attendait. Peut-être les deux. C'était cette ambivalence qui la rendait folle.Le troisième jour, Adrian annonça qu'il devait s'absenter pour la journée. « Tu peux circuler librement dans la villa, dit-il en
Il prit la tasse vide, la posa sur la table de chevet. Puis il se pencha, prit la main de Sarly dans la sienne. Elle voulut la retirer, mais ses doigts restèrent inertes, faibles, abandonnés.— Écoute-moi, Sarly. Je ne suis pas ton ennemi. Ton ennemi, c’est ce journaliste qui t’a manipulée. C’est cette clé USB pleine de mensonges. C’est ta culpabilité qui te ronge depuis six ans. Moi, je peux t’aider à te libérer de tout ça.— En m’enfermant dans le noir ?— En te montrant tes limites. En te forçant à toucher le fond, pour que tu cesses de te débattre. Maintenant, tu sais ce que c’est que de me défier. Tu sais ce que tu risques. Et tu sais aussi que je suis là pour te rattraper.Il caressa le dos de sa main, lentement, avec une douceur insoutenable. Sarly ferma les yeux. Les larmes coulaient sous ses paupières, silencieuses, brûlantes. Elle se détestait de ne pas le repousser. Elle se détestait de trouver du réconfort dans ce contact.— Laissez-moi, murmura-t-elle.— Tu ne veux pas qu







