Beranda / LGBTQ+ / Je te déteste 2 / Chapitre 1 : L’Effraction 1

Share

Je te déteste 2
Je te déteste 2
Penulis: Eternel

Chapitre 1 : L’Effraction 1

Penulis: Eternel
last update Tanggal publikasi: 2025-12-04 23:06:10

Chiara

La foule du carnaval est un monstre. Une mer vivante, grouillante, de satin, de plumes et de rires édentés derrière des masques de porcelaine. Elle me porte, me pousse, m’étouffe. L’odeur âcre du vin, des corps serrés et des cierges fondus me prend à la gorge. Le rire gras de mon cousin Lorenzo, toujours trop près, résonne à mon oreille comme un glas. Je suis un oiseau en cage porté à bout de bras, ma robe de soie ivoire est un linceul brodé d’or, mon masque de satin blanc, une paroi étanche entre moi et le monde. Je cherche une faille, un point de fuite dans ce tableau trop animé, un endroit où l’air ne soit pas coupé, où le silence puisse exister.

Quand soudain, tout se fige.

Le mouvement fébrile de la foule ralentit, devient sirupeux, comme sous l’eau. Les couleurs s’estompent, les sons s’éloignent. Et dans ce ralenti étrange, mon regard, comme tiré par un aimant, se plante sur l’ombre.

Debout sous l’arcade profonde d’un palazzo abandonné, une colonne de ténèbres découpée dans la lumière des torches. Il n’a pas de masque. C’est la première chose qui me frappe. Son visage est nu, offert à la nuit, et il est marqué d’une gravité qui n’a pas sa place ici. Ses cheveux sombres, presque noirs, tombent en mèches indociles. Ses yeux… ses yeux sont deux braises sombres qui balaient la foule avec une lassitude amère, comme s’il cherchait autre chose, ou comme s’il avait déjà tout vu et en était dégoûté.

Puis, ils croisent les miens.

Le choc est physique. Un coup de poing en plein plexus qui m’expulse tout l’air des poumons. Le bruit s’éteint d’un coup. Les rires, la musique, les appels… tout est aspiré dans un silence brutal, énorme. Il ne reste que ce pont fragile et électrique tendu entre ses yeux sombres et les miens, qui doivent lui sembler immenses, perdus derrière les fentes de mon masque. Mon cœur, un instant auparavant engourdi, se met à battre avec une violence sourde, chaotique, contre mes côtes, comme un prisonnier affolé. Je ne respire plus. Je suis suspendue dans cet éternel instant, clouée sur place par la force brute de ce regard. Il me voit. Non pas la robe, le masque, l’héritière, mais moi. Chiara. L’être nu et terrifié sous les apparats. Et dans ses yeux à lui, je crois voir, fugace, la même faille, la même reconnaissance fulgurante.

— Chiara ! Par tous les saints, es-tu sourde ? On va être en retard ! Ton père et Alessandro vont nous faire écorcher vifs !

La voix de Lorenzo, stridente et proche, me transperce comme une lame. L’illusion se brise d’un coup. Le bruit revient en fracas, les couleurs en assaut, la foule en tourbillon. Je cligne des yeux, étourdie, presque nauséeuse. Je me cramponne au bras de Lorenzo pour ne pas tomber. Quand mon regard, affolé, retourne vers l’arcade sombre, elle est vide. L’ombre s’est dissipée. Il a disparu.

Un vertige glacial me prend. Était-ce un rêve ? Une hallucination née des vapeurs de la lagune et de mon propre désespoir ? Le fantôme d’un désir si profondément enfoui que je n’osais même pas le nommer ?

Je baisse les yeux. Ma main, toujours gantée, est crispée sur le manche en nacre de mon éventail. Je la vois trembler, d’un tremblement fin, incontrôlable, qui remonte le long de mon bras jusqu’à mon cœur qui bat toujours la chamade. Ce n’était pas un rêve. Le frisson qui parcourt ma peau, le vide brûlant qu’il a laissé dans son sillage, la certitude absolue, glaciale et pourtant enflammée, qui s’est nouée au creux de mon ventre… C’est réel.

Quelque chose vient de se briser. Quelque chose vient de commencer. Et je sais, avec la terreur et l’exaltation d’une condamnée, que plus rien, jamais, ne sera comme avant.

Matteo

La foule m’écœure. Elle est une farce bruyante, un étalage de vanités masquées. Je cherche l’ombre, le coin du campo le moins éclairé, pour fuir ce spectacle qui célèbre tout ce que je méprise : l’argent, l’apparence, l’oubli facile. L’air est lourd des senteurs de friture et de parfums bon marché. Je suis un corps étranger ici, une tache d’encre sur un tableau pastel.

C’est alors que mon regard, errant et méprisant, s’accroche. Et reste figé.

Lanjutkan membaca buku ini secara gratis
Pindai kode untuk mengunduh Aplikasi

Bab terbaru

  • Je te déteste 2   Chapitre 86 : L'Éclat de Froid 2

    Ma voix est plus rauque que je ne le voudrais. Je ne sais pas si je lui parle ou si je me parle à moi-même. Je repose la palette et le chiffon sur l'établi, loin de nous. Mes doigts tremblent légèrement quand je défais le bandeau. La lumière de la lune entre par la verrière et éclaire son visage comme un projecteur divin.Ses yeux sont noirs. Ses pupilles ont mangé l'iris, ne laissant qu'un mince anneau de couleur autour d'un gouffre d'obscurité. Ses joues sont rouges, presque fiévreuses. Sa bouche est entrouverte, humide, gonflée comme si elle venait d'être embrassée pendant des heures. Elle me regarde comme si elle ne m'avait jamais vu. Comme si j'étais la seule chose au monde qui méritait d'être regardée.Mon Dieu, comme j'ai envie de l'embrasser.Je ne le fais pas. Ce serait trop tôt. Ce serait briser le rythme

  • Je te déteste 2   Chapitre 85 : L'Éclat de Froid

    GabrielElle est magnifique quand elle a peur.Je ne devrais pas penser ça. Ce n'est pas professionnel. Ce n'est pas convenable. Mais je ne suis pas son professeur de violon. Je n'ai jamais été son professeur de violon. Je suis un luthier qui a accepté, par curiosité d'abord, par fascination ensuite, d'apprendre à une avocate comment écouter un instrument. Et voilà que je me retrouve avec un crin autour de son cou et une érection qui m'empêche de penser clairement.Le bandeau est revenu sur ses yeux. Elle est assise, droite comme une statue de sel, le cou offert, le fil lâche contre sa gorge. Sa robe est simple, un fourreau gris qui épouse ses courbes sans les souligner, un vêtement de travail porté avec une élégance inconsciente. Ses mains sont posées sur ses cuisses, paumes vers le ciel. Ouvertes. Réceptives. Elle s'est mise

  • Je te déteste 2   Chapitre 84 : Le Fil du Pendu

    Sa voix est brève, presque rude. Je pose mon sac à main près de la porte et m'installe sur le tabouret. Mon tabouret. Il est devenu mon tabouret au fil des semaines, celui où je m'assois toujours, celui dont le bois a épousé la forme de mes hanches. Le bandeau de soie noire est posé sur l'établi, à côté d'un pot de vernis entamé. Il l'a laissé là, bien en évidence. Comme une promesse. Comme une menace. Comme un défi silencieux : Tu es venue. Tu es revenue. Tu en veux encore.Oui. J'en veux encore.Gabriel repose ses outils avec des gestes précis, retire la loupe de son œil et se tourne vers moi. Dans sa main droite, il tient quelque chose que je ne distingue pas bien. Un fil. Très fin, presque invisible dans la pénombre de l'atelier. Il le fait glisser entre ses doigts comme un prestidigitateur prépare son tour.

  • Je te déteste 2   Chapitre 83 : Cartographie du Silence

    Pas un bruit. Pas une odeur. Une température. La chaleur. Une présence tiède, à peine plus chaude que l'air ambiant, mais vivante. Une perturbation infime dans l'atmosphère de l'atelier, comme une pierre qu'on jette dans un étang et dont les rides se propagent jusqu'à moi. Elle se tient légèrement sur ma droite, à moins d'un mètre. Je pourrais presque dessiner sa silhouette dans le noir, deviner la largeur de ses épaules, la hauteur de sa tête.Je lève lentement la main. Mes doigts rencontrent du tissu. Du lin. La chemise de Gabriel. Sous le tissu, son torse est ferme, chaud, et je sens son cœur battre contre ma paume. Lent. Régulier. Comme un métronome ancien qui donnerait le tempo à une symphonie silencieuse.— Ici, je murmure.Ma voix est rauque, chargée d'une émotion que je ne reconnais pas. Sa main rec

  • Je te déteste 2   Chapitre 82 : L'Accord Tacite 2

    Sa voix vient de nulle part. De partout. Sans mes yeux pour localiser sa position, il est devenu une présence diffuse, enveloppante, presque divine. L'odeur de la résine et du vernis frais me monte à la tête comme un alcool trop fort. La pluie sur le toit de verre est plus forte, plus nette, comme si chaque goutte frappait directement contre mon crâne, contre mes tympans, contre mon âme.— Je ne vois rien, je murmure.Ma voix est minuscule. Une voix de petite fille perdue dans le noir. Je déteste cette voix. Je veux la faire taire, la museler, la renvoyer dans les abysses où je l'ai enfermée depuis des années. Mais elle est là, nue et tremblante, et elle sort de ma bouche sans ma permission.— C'est le but.Sa voix est plus proche maintenant. Je sens la chaleur de son corps dans mon dos, un rayonnement animal qui traverse l'air frais de l'atelier. Mais il n

  • Je te déteste 2   Chapitre 81 : L'Accord Tacite

    SolèneLa pluie frappe contre la verrière de l'atelier comme mille doigts impatients. Je suis assise sur ce tabouret bancal depuis vingt minutes, le violon de ma grand-mère posé sur mes genoux, et je n'arrive à rien. Mes doigts tremblent sur le manche. Le son qui sort de l'instrument est acide, étranglé, comme si le bois lui-même refusait de me parler.Je déteste cet instrument. Je le déteste de toute mon âme. Ma grand-mère l'a laissé dans son testament avec un mot griffonné sur un papier jauni : "Pour Solène, qui a oublié comment on écoute le silence." J'ai failli le jeter. Je l'ai gardé par culpabilité, ce sentiment juif et catholique qui m'étreint chaque fois que je pense à elle. Elle est morte seule dans son appartement du Marais, entourée de partitions et de lettres d'amour jamais envoyées, et

  • Je te déteste 2   Chapitre 35 : La Poussière et le Verre 7

    ChiaraLes jours passent. Ils s'écoulent comme l'eau du canal, lents en apparence, profonds en réalité, charriant des choses que je ne vois pas toujours mais que je sens passer.Alessandro tient sa promesse. Chaque nuit, il s'installe sur la chaise près de la fenêtre. Chaque matin, je me réveille e

    last updateTerakhir Diperbarui : 2026-03-30
  • Je te déteste 2   Chapitre 31 : La Poussière et le Verre 3

    ChiaraJe me lève. Mes jambes me soutiennent. Je traverse la pièce, le frôle en passant. Dans l'escalier, nos ombres se mêlent sur la pierre.— Chiara.Je m'arrête à mi-marche. Je ne me retourne pas.— Cette nuit, dit-il. Je ne serai pas... Je ne...Il cherche ses mots. Les mots sont des outils qui

    last updateTerakhir Diperbarui : 2026-03-28
  • Je te déteste 2   Chapitre 30 : La Poussière et le Verre 2

    ChiaraLe bouillon arrive, tiède et gras. Je le bois en silence. Ma mère me regarde. Elle n'a rien d'autre à faire, apparemment. Son devoir maternel s'achève ici, dans cette surveillance alimentaire qui tient lieu d'affection.— Il faudra faire quelque chose pour tes bras, dit-elle. Des manches plu

    last updateTerakhir Diperbarui : 2026-03-27
  • Je te déteste 2   Chapitre 9 : Le Puits et l’Averse 4

    MatteoSon corps se raidit, ses yeux se ferment à moitié, sa bouche s’ouvre sur un cri muet. Une série de frissons violents la parcourt, et elle se love contre ma main, pantelante, les larmes coulant à nouveau sur ses tempes.Je la tiens contre moi, la laissant redescendre, déposant des baisers dou

    last updateTerakhir Diperbarui : 2026-03-17
Bab Lainnya
Jelajahi dan baca novel bagus secara gratis
Akses gratis ke berbagai novel bagus di aplikasi GoodNovel. Unduh buku yang kamu suka dan baca di mana saja & kapan saja.
Baca buku gratis di Aplikasi
Pindai kode untuk membaca di Aplikasi
DMCA.com Protection Status