LOGINÉlisa
Je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite. C'est insidieux, ce genre de choses. Ça arrive goutte à goutte, sans qu'on le voie, sans qu'on le veuille.
Tout commence par un dîner avec des amies. On devait se retrouver chez Sophie, comme tous les deux mois, pour cette tradition qu'on s'est créée il y a des années – un repas, du vin, des confidences. Je connais ces femmes depuis le lycée, elles son
ÉlisaLe commissariat est un bâtiment gris et froid, impersonnel et intimidant. Clara me tient la main pendant que nous traversons le hall, pendant que nous montons l'escalier, pendant que nous attendons dans un couloir sans âme. La Commandant Lefèvre vient nous chercher, et elle nous conduit dans un bureau sobre, fonctionnel, avec une table en métal et des chaises en plastique. Elle est grande, brune, les yeux perçants derrière des lunettes à monture fine. Elle parle d'une voix calme et posée, et elle me regarde avec une attention bienveillante qui me met un peu en confiance.— Madame, je vous écoute. Prenez votre temps. Dites-moi tout ce dont vous vous souvenez.Je respire profondément, et je commence. Je raconte la rencontre, la séduction, les premiers mois idylliques. Je raconte la première insulte, la première menace, la première humili
ClaraJe suis assise dans la cuisine, devant une tasse de café froid, et je regarde ma sœur dormir sur le canapé du salon. Elle est épuisée, vidée, anéantie. Elle a pleuré pendant des heures, elle m'a tout raconté, absolument tout. Les violences, les humiliations, les manipulations. La collection de bijoux dans l'atelier, les prénoms sur les étiquettes, les femmes disparues. Et pendant qu'elle parlait, je sentais monter en moi une rage comme je n'en ai jamais connu, une rage froide et brûlante à la fois, une rage qui me fait trembler les mains et serrer les dents.Je me lève doucement, pour ne pas la réveiller, et je vais dans le jardin. L'air est glacé, le ciel est bas et lourd de nuages, le givre crisse sous mes pas. J'allume une cigarette, et je fume en regardant les branches nues des pommiers, et je réfléchis. Je réfl&eacu
ÉlisaC'est un mardi, je crois. Ou peut-être un mercredi. Les jours se ressemblent tous dans le loft, les semaines se confondent, les mois se diluent dans une grisaille perpétuelle. Mais ce jour-là est différent. Ce jour-là, Adrien m'annonce qu'il doit s'absenter pour la journée entière. Une livraison importante à l'autre bout de la France, un fournisseur qui ne se déplace pas, une opportunité à ne pas manquer. Il me l'annonce au petit-déjeuner, entre deux bouchées de brioche, avec une légèreté feinte qui cache mal son irritation.— Je déteste te laisser seule, mon amour, mais je n'ai pas le choix. Tu comprends, n'est-ce pas ?— Bien sûr, Adrien. Ne t'inquiète pas pour moi. Je vais en profiter pour ranger, pour lire, pour peindre peut-être.— Peindre ? Excellente idée. J'aime
ÉlisaLes semaines passent, et je continue à jouer mon rôle, à porter mon masque, à danser cette danse macabre qu'Adrien appelle l'amour. Mais quelque chose a changé en moi, quelque chose de fondamental, quelque chose d'irréversible. La peur est toujours là, bien sûr, la peur est omniprésente, la peur est mon ombre, ma compagne, ma seconde peau. Mais à côté de la peur, il y a maintenant autre chose. De la colère. Une colère froide, calme, déterminée. Une colère qui ne me consume pas, qui ne me fait pas perdre la tête, mais qui au contraire aiguise mes sens, clarifie ma pensée, renforce ma résolution.Je commence à observer Adrien différemment. Non plus avec les yeux de la victime, mais avec les yeux de l'enquêtrice. Je note ses habitudes, ses routines, ses faiblesses. Je repère les faille
ÉlisaLe lendemain, je me réveille avec une résolution nouvelle, une énergie que je ne me connaissais plus, une détermination qui pulse dans mes veines comme un sang neuf. Je sais ce que j'ai vu dans l'atelier, je sais ce que ça signifie, et je sais que je dois agir. Mais je sais aussi que je dois être prudente, patiente, stratégique. Adrien est un prédateur, mais c'est aussi un génie de la manipulation, un expert en guerre psychologique, un maître dans l'art de retourner les situations à son avantage. Si je l'attaque de front, il me détruira. Il me brisera comme il a brisé toutes les autres.Alors je fais ce que je sais faire de mieux depuis trois ans : je joue la comédie. Je souris, je me montre aimante, attentionnée, reconnaissante. Je le complimente sur ses créations, je l'encourage dans ses projets, je lui dis que je suis heureuse, que
ÉlisaJe fais un rêve étrange. Un rêve qui n'en est peut-être pas un. Je suis dans le loft, mais le loft est différent. Les verrières sont opaques, noires, comme si la nuit avait envahi le ciel pour toujours. Les murs sont couverts de toiles d'araignées, de poussière, de moisissures. Les bijoux dans les vitrines sont ternis, oxydés, morts. Et moi, je suis au milieu de la pièce, debout, immobile, les bras le long du corps. Je ne peux pas bouger. Quelque chose me retient, quelque chose d'invisible mais de terriblement puissant. Des chaînes peut-être, ou des racines, ou des souvenirs pétrifiés.Au fond de la pièce, il y a une porte que je n'avais jamais remarquée. Une porte étroite, basse, à peine plus haute qu'un enfant. Elle est entrouverte, et par l'entrebâillement, je vois une lumière, une lumière douce et ch
Je m'étire, attrape mon téléphone machinalement sur la table de nuit. L'écran s'allume. Et là, un détail me frappe, me percute de plein fouet.La conversation avec Thomas est ouverte.Je ne l'avais pas laissée ouverte. J
Il hoche la tête, lentement. Ses yeux sont brillants, mais il ne pleure pas. Il lutte, comme toujours, contre cette vulnérabilité qu'il refuse de montrer.— Je vais devenir cet homme. Je te le promets. Je vais me battre contre moi-même, contre
ÉlisaJe devrais m’éloigner de lui.Cette pensée tourne en boucle dans mon esprit alors que je reste plantée devant Adrien, incapable de rompre ce fil invisible qui nous relie. Il ne me touche pas. Il ne me retient pas. Pourtant, j’ai la sensation étrange d’être déjà prise au piège de quelque chose
ÉlisaJe ne crois pas au destin.Je crois aux coïncidences mal placées, aux hasards ironiques, aux rencontres qui arrivent toujours au mauvais moment. Je crois aux histoires qui commencent trop vite et finissent encore plus vite. L’amour, pour moi, a toujours eu le goût d’un au revoir murmuré trop