/ Loup-garou / L'ALPHA QUI A VOLÉ MON ÂME / CHAPITRE 4 : Le café du matin 2

공유

CHAPITRE 4 : Le café du matin 2

작가: L'invincible
last update 게시일: 2026-07-03 22:48:45

Je prends alors, pour la première fois de ma vie, une décision que je sais dangereuse : j'ouvre le tiroir secret de mon bureau, j'en sors un carnet vierge que j'ai reçu deux ans plus tôt en cadeau protocolaire et que je n'ai jamais utilisé, et je pose dessus, avec une lenteur cérémonielle, la plume et l'encrier.

J'inscris la date. J'inscris, en dessous, une seule ligne :

Jour 1. Il a dit : un projet familial avec Ilyria.

Puis je referme le carnet.

Je vais, moi aussi, tenir un journal. Non pour me souvenir. Je n'oublierai plus rien. Pour rester rigoureuse.

Il n'y a personne au monde qui vous apprenne comment réagir à la trahison quand vous êtes déjà bonne, patiente et respectée. On vous a appris à pardonner. On vous a appris à comprendre. On ne vous a pas appris à survivre à une découverte comme celle-là sans devenir ce que vous n'étiez pas.

J'ai, dans ma bibliothèque personnelle, quatre-vingts volumes sur la diplomatie intermeutes, treize volumes sur l'histoire des rituels de sang, sept manuels de rhétorique, une collection de traités juridiques de la Grande Foire, deux exemplaires annotés du Code des Sept, et dans un tiroir à part , une collection d'ouvrages de poésie que je relis le dimanche.

Je passe la matinée dans mon cabinet, apparemment en train de préparer la réception de la délégation du Sud. En vérité, je relis, systématiquement, chaque annotation que j'ai faite au fil des ans dans le Code des Sept. Je cherche un article précis, dont j'ai le souvenir vague. Je le trouve, article 118, section 3 : La marque d'âme frauduleusement apposée constitue un crime relevant du Grand Conseil et non de la juridiction interne de la meute. La femme ou l'homme frauduleusement marqué est libéré de plein droit de tout serment de lignée, de propriété, de descendance et de fidélité conjugale.

Je referme le livre.

Je suis libre. Juridiquement. Depuis vingt-cinq ans.

Je ne sais pas encore comment utiliser cette liberté, mais je veux la savoir, la sentir dans les os, l'écrire quelque part dans mon corps. Je me relève. Je marche jusqu'à la fenêtre. Je regarde le jardin.

Le jardin d'hiver, avec ses orchidées. La statue de Diane, au fond, sous la petite verrière. Cassien n'y entre jamais.

J'enfile un châle, je sors par la porte latérale, je traverse la cour et j'entre dans le jardin d'hiver. L'air est dense et humide, saturé du parfum lourd des orchidées noires que ma belle-mère a plantées jadis. La statue de Diane, en marbre pâle, tient dans sa main gauche un arc que le sculpteur a, pour une raison inconnue, taillé creux. J'ai découvert ce détail dix ans plus tôt, par hasard, en voulant épousseter la statue. L'arc est creux. Il y a dans le carquois de marbre, également, une cavité invisible sous la couche de finition.

J'ai gardé ce secret pour moi-même, sans savoir pourquoi. Certaines connaissances attendent d'être utilisées.

Je sors de ma poche l'étui de cuir du carnet de Cassien. Je le glisse dans la cavité du carquois de Diane. Je laisse la statue le garder.

Je sors du jardin d'hiver. Je referme la porte. Je traverse la cour en sens inverse. Je vois, en passant, Ilyria dans le corridor du rez-de-chaussée, en train de descendre l'escalier, vêtue d'une robe verte à col fermé.

— Selene ! Bien dormi ?

Je souris, avec exactement la même température que j'utilise toujours pour Ilyria , un sourire tiède, un peu distant, mais courtois.

— Merveilleusement. Et toi ?

— J'ai fait un rêve étrange. J'ai rêvé que tu ouvrais un coffre.

Ilyria dit cela en riant, comme on rit d'une plaisanterie idiote, mais j'entends dans sa voix, très précisément, un fil de tension que je n'ai jamais entendu auparavant. Ilyria a, cette nuit, la même conscience que moi qu'un basculement est en cours.

Peut-être pas encore le contenu. Mais la température.

Je ris avec elle.

— Et qu'est-ce qu'il y avait dans le coffre ?

— Rien de particulier. Des vieux papiers.

— C'est bien. Les rêves ennuyeux sont ceux qui laissent bien dormir.

Nous nous séparons en nous embrassant sur la joue , une joue de chacune, comme toujours. Je sens, sur ma peau, le parfum d'Ilyria : un iris ambré, un fond de vétiver, quelque chose que Cassien a offert, je le sais, pour la Saint-Valentin trois ans plus tôt en faisant semblant de me l'offrir à moi, Selene, dans un coffret officiel, avant de le donner à Ilyria puisque tu ne le portes jamais. J'ai, à l'époque, trouvé cela courtois et fraternel.

Je me demande, en montant l'escalier, combien il peut y avoir dans ma vie de cadeaux donnés ensuite à Ilyria qui ont été, en vérité, achetés pour Ilyria d'abord.

À onze heures, je reçois la délégation du Sud dans le grand salon. Cassien me présente à son bras, la main appuyée sur mon coude d'un geste possessif que j'ai, autrefois, trouvé rassurant. Je serre la main du vieil Alpha Solaris, j'embrasse la joue de sa Luna, je souris aux trois Bêta. Je mène la conversation avec ma maîtrise habituelle, évoquant les récoltes de vin, les prix de l'ambre, les projets de mariage entre jeunes loups.

À un moment, le vieil Alpha Solaris se penche vers moi et me dit, avec cette sagesse frontale qu'ont parfois les vieux hommes :

— Ma chère Luna, vous avez, aujourd'hui, un éclat que je ne vous ai jamais vu.

Je souris.

— C'est parce que c'est nos noces d'argent, Solaris.

— Non.

Le vieil Alpha secoue la tête.

— C'est un éclat de guerrière. Vous n'aviez pas cela, hier.

Je sens, une nouvelle fois, le battement inattendu dans ma poitrine. Je regarde le vieux loup dans les yeux. Il y a, chez ce vieil homme, une lucidité qui, un jour, pourrait être un problème. Pour le moment, je note , c'est la deuxième entrée, imaginaire, de mon propre carnet , que Solaris sait voir.

— Je crois, Solaris, que vous êtes en train de me faire un compliment que je ne mérite pas.

— Je crois, Luna, que je suis en train de vous dire ce que je vois.

J'incline la tête, avec un demi-sourire. Il laisse passer. On parle d'autres choses.

Cassien, à l'autre bout du salon, tient la main d'Ilyria devant deux Bêta, en riant.

Je le regarde.

Je sais que je suis, ce matin, plus dangereuse que je ne l'ai jamais été.

Je sais aussi que j'ai exactement dix-huit mois, pas un jour de plus, pas un jour de moins, pour que la Lune Noire suivante, celle des vengeances, me trouve prête.

Je souris au vieil Alpha Solaris, et je dis :

— Un dernier verre, Alpha ?

Il accepte.

Je sers.

이 작품을 무료로 읽으실 수 있습니다
QR 코드를 스캔하여 앱을 다운로드하세요

최신 챕터

  • L'ALPHA QUI A VOLÉ MON ÂME    CHAPITRE 81 : La chute de Varengar 2

    Le procès des deux accusés principaux, Cassien et Ilyria, se tient le vingt et un mars à Millefonds.C'est la première fois depuis trois mois que je revois Cassien.Il est amené enchaîné dans la grande salle du Conseil, en tenue de prisonnier : une tunique de laine grise sans marques, des chaussures de cuir sans lacets, les cheveux tondus courts. Il a perdu, en trois mois, environ quinze kilogrammes. Sa peau est grise. Ses yeux sont ternes. Il ne me regarde pas quand il entre dans la salle. Il regarde le sol.Ilyria est amenée ensuite, également enchaînée. Elle a, elle, plus de dignité dans son maintien. Elle est maigrie mais droite. Elle a tressé ses cheveux roux comme d'habitude. Elle porte la même tunique grise que Cassien. Elle me regarde une fois, en entrant. Elle n'incline pas la tête. Elle ne détourne pas les yeux non plus. Elle me reg

  • L'ALPHA QUI A VOLÉ MON ÂME    CHAPITRE 80 : La chute de Varengar

    — SeleneLa session de printemps du Grand Conseil se tient le vingt et un mars.Trois mois se sont écoulés depuis la nuit du solstice.Trois mois pendant lesquels j'ai vécu la vie que je n'avais, jusque-là, jamais crue possible.J'ai passé le mois de janvier au manoir Varengar. J'y ai fait, avec Rhaegar, plusieurs travaux. J'ai fait retirer le portrait de la Luna Corvina du grand vestibule et l'ai remplacé par un miroir, un simple grand miroir sans blason, où toute personne qui entre dans le manoir se voit avant de voir un ancêtre. J'ai fait désaffecter la chambre du fond au deuxième étage, la chambre secrète d'Ilyria et de Cassien, et l'ai transformée en salle de couture pour les servantes. J'ai fait murer le passage de service entre les deux étages. J'ai fait couper les orchidées noires du jardin d'hiver.J'ai aussi, sur les conseil

  • L'ALPHA QUI A VOLÉ MON ÂME    CHAPITRE 79 : La nuit des couteaux 3

    Il ne parle pas. Il coupe les liens de Nyra. Il la soulève. Il la porte vers l'extérieur.Je reste seule avec Ilyria.Je sens, sous la lame de ma dague, la peau chaude de la gorge d'Ilyria.Je sens, plus profondément, la certitude que je peux, en un mouvement, en une seconde, tuer cette femme qui a, quinze minutes plus tôt, posé un couteau sur la gorge de ma fille.Je sens, aussi, le regard de Nyra qui, dans l'embrasure de la porte, s'est retournée.Je sens le regard de ma fille sur moi.Je vois dans le regard de Nyra une chose : une confiance.Nyra me regarde comme on regarde une mère qu'on sait juste, même dans la colère, même dans la fenêtre de puissance, même dans les trois secondes où elle peut tuer.J'inspire.Je retire la dague.Je range la dague dans ma ceinture.Je regarde Ilyria dans les yeux.

  • L'ALPHA QUI A VOLÉ MON ÂME    CHAPITRE 78 : La nuit des couteaux 2

    Kaelen s'occupe des hommes. Damaris s'occupe des chevaux. Rhaegar dresse la carte du monastère de Val-Perdu, un monastère abandonné depuis un siècle, isolé dans une gorge, sans issue autre que la porte principale et une fissure dans la muraille est qu'un homme mince peut, après escalade, franchir. Je réfléchis au signal. Je finis par choisir : — Je suis venue seule, comme tu l'as demandé, mais je vois maintenant que tu as menti. — Cette phrase, dite d'une voix normale, sera entendue par Kaelen qui, caché dans la pièce adjacente derrière la fissure est, saura qu'il peut entrer.Nous partons à une heure du matin.Nous galopons quatre heures dans la nuit. Nous atteignons la gorge de Val-Perdu à l'aube. Kaelen, Damaris et les huit hommes disparaissent dans la forêt par le côté est. Je prends la piste principale, sur mon cheval, en t

  • L'ALPHA QUI A VOLÉ MON ÂME    CHAPITRE 77 : Le traître parmi les traîtres

    Rhaegar comprend.— Selene.— Oui.— Nous ne sommes pas obligés de dormir ici cette nuit.— Si. Il faut.— Pourquoi ?— Parce que si je ne dors pas ici cette nuit, cette chambre restera pour toujours la chambre de Cassien. Il faut que, cette nuit, tu poses ton corps à côté du mien dans ce lit où j'ai dormi vingt-cinq ans en croyant à un homme qui me mentait. Il faut que la pièce bascule. Il faut qu'elle nous appartienne dès demain matin. Sinon je devrai la fermer à clé, ou la réaménager, ou la changer, et je passerai ma vie à rester la victime de vingt-cinq années. Non. Cette nuit.Il incline la tête.Il défait son manteau. Je défais ma robe. Nous nous couchons dans le lit.Il m'attire contre lui. Il ne fait rien de plus. Il m'embrasse sur le front. Il pose

  • L'ALPHA QUI A VOLÉ MON ÂME    CHAPITRE 76 : Le traître parmi les traîtres

    Je regarde le feu.— Marek n'est pas Cassien. Marek n'a pas violé une résonance. Marek n'a pas tué un enfant. Marek a triché, il a menti, il a essayé de survivre à une situation impossible. C'est une trahison de moindre gravité.— C'est une trahison. Elle mérite une peine.— Elle mérite une peine. Je propose : douze années de service forcé pour la meute, dans un poste subalterne, sans droit de titre, sans salaire au-delà de la subsistance. Il vivra parmi nous. Il paiera par son travail. Il n'aura pas la mort mais il n'aura pas non plus la liberté. C'est proportionné.— C'est proportionné.— Il faudra, aussi, qu'il te confesse par écrit, avant l'entrée en service, le détail exact de ses actions depuis mars. Nous aurons besoin de ce document pour d'autres procès à venir

더보기
좋은 소설을 무료로 찾아 읽어보세요
GoodNovel 앱에서 수많은 인기 소설을 무료로 즐기세요! 마음에 드는 작품을 다운로드하고, 언제 어디서나 편하게 읽을 수 있습니다
앱에서 작품을 무료로 읽어보세요
앱에서 읽으려면 QR 코드를 스캔하세요.
DMCA.com Protection Status