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CHAPITRE 3 : LES LETTRES

Author: Ojayy_writes
last update publish date: 2026-10-10 19:24:44

Je ne dormis pas.

Les pas devant ma porte s'étaient arrêtés des heures auparavant, mais la peur qu'ils avaient laissée persistait en moi. Je restai allongée dans l'obscurité, fixant le plafond, le corps rigide sous la fine couverture. Chaque craquement de la vieille maison me faisait sursauter. Chaque souffle de vent contre la fenêtre accélérait les battements de mon cœur.

Quelqu'un m'avait observée. Quelqu'un savait que j'étais là. Et quelque part dans cette maison, une femme avait été assassinée. Lorsque la première lueur grise de l'aube se glissa à travers les rideaux, je renonçai au repos. Je me redressai lentement, mes muscles me tirant sous l'effet de la tension. Les lettres étaient toujours sous mon oreiller, leurs bords tranchants contre mes doigts.

Je les sortis. Le papier était vieux et fragile. L'encre s'étaitomompim effacée par endroits, mais l'écriture restait lisible : des lettres nettes et inclinées que je reconnus instantanément. L'écriture de ma mère. Je l'avais vue auparavant, sur des cartes d'anniversaire et des listes de courses, sur des mots qu'elle laissait sur la table de la cuisine lorsqu'elle sortait.

Mais ces lettres étaient différentes. Ces lettres avaient été écrites par une femme que je n'avais jamais connue. Je dépliais la première prudemment, les mains tremblantes.

Mon amie très chère,

Je ne sais comment commencer. La maison est silencieuse ce soir, et je ne peux dormir. Chaque fois que je ferme les yeux, je vois son visage. J'entends sa voix. Il m'a dit qu'il ne me laisserait pas partir. Il m'a dit que je lui appartenais. J'ai si peur. Tu es la seule à comprendre. Tu es la seule à savoir ce qu'il est. Je t'en prie, je t'en conjure, ne le laisse pas me trouver. Ne le laisse pas me ramener.

Je réécrirai bientôt. Reste en sûreté. Reste cachée.

Ton amie qui t'aime,

Margaret

Je fixai la lettre. Le prénom de ma mère était Margaret. Mais l'écriture, la voix, n'étaient pas celles de la mère dont je me souvenais. La mère dont je me souvenais était forte, pragmatique, sans peur. Elle m'avait élevée seule, avait exercé deux emplois, ne s'était jamais plainte. Elle n'avait jamais semblé effrayée par quoi que ce soit. Mais cette femme — cette femme était terrifiée. Je dépliai la deuxième lettre.

Mon amie très chère,

J'ai vu Éléonore aujourd'hui. Elle est venue au village. Elle avait l'air pâle, hantée. Elle m'a dit qu'elle allait tout lui dire. Elle m'a dit qu'elle ne pouvait plus garder le secret.

Je l'ai suppliée d'être prudente. Je l'ai suppliée de penser à elle-même. Mais elle n'a rien voulu entendre. Elle a dit qu'elle préférait mourir plutôt que de vivre dans le mensonge.

J'ai peur pour elle. J'ai peur pour nous tous. La vérité est dangereuse. La vérité pourrait tout détruire. Mais elle ne se taira pas. Et je ne peux la blâmer. S'il te plaît, s'il m'arrive quelque chose, s'il arrive quelque chose à l'une ou l'autre… tu dois le dire à quelqu'un. Tu dois…

La lettre s'arrêtait là. La phrase était inachevée. La page était déchirée au bas, comme si quelqu'un l'avait arrachée.

Mes mains tremblaient. Je pouvais à peine respirer. Éléonore. Ma mère connaissait Éléonore. Elles étaient amies. Elles partageaient un secret — un secret si dangereux qu'Éléonore avait été prête à en mourir.

Et ma mère avait eu peur. Peur d'un homme. Un homme qui la poursuivait. Un homme qui la menaçait. Un homme qui lui avait dit qu'elle lui appartenait.

Qui était-il ? Je dépliai la troisième lettre, la dernière. Elle était plus courte que les autres, l'écriture plus frénétique.

Mon amie très chère,

Je m'en vais. Je ne peux plus rester ici. Il sait pour les lettres. Il sait que je t'ai écrit. Il m'a dit qu'il me tuerait si je n'arrêtais pas.

Je vais à Londres. Je changerai de nom. Je commencerai une nouvelle vie. Je ne parlerai plus jamais de cet endroit.

Mais je ne peux partir sans te dire la vérité. Éléonore est morte. Elle n'est pas tombée. Elle a été poussée. Et je sais qui l'a fait.

Je l'ai vu. Je l'ai vu sur les falaises cette nuit-là. Je l'ai vu avec Éléonore. Et je fuis depuis lors.

La vérité est…

La lettre s'interrompit. Il n'y avait pas de signature. Pas de date. Juste ces trois mots, suspendus dans l'air comme un nœud coulant.

La vérité est…

Je fixai la page, mon cœur battant si fort que je l'entendais dans mes oreilles. Ma mère avait été témoin de quelque chose. Elle avait vu le meurtrier d'Éléonore. Et elle avait passé le reste de sa vie à fuir loin de lui.

Elle ne me l'avait jamais dit. Elle ne l'avait jamais dit à personne. Elle avait emporté ce secret dans sa tombe. Et maintenant j'étais ici. Dans la maison où tout s'était produit. Dans la maison où une femme avait été assassinée et où un secret avait été enseveli. J'étais venue chercher des réponses. Mais j'avais trouvé quelque chose de bien plus dangereux.

J'avais trouvé la vérité.

Je restai assise là un long moment, les lettres étalées autour de moi. Le soleil montait plus haut dans le ciel, projetant une lumière pâle à travers la fenêtre. Je ne bougeai point. Je ne pouvais point bouuger.

Ma mère n'était pas celle que je croyais. Elle n'était pas seulement une victime. Elle était un témoin. Elle était une femme qui avait vu quelque chose de terrible et qui avait passé le reste de son existence à tenter d'y échapper.

Et elle avait échoué. Elle était morte pauvre, seule et effrayée. Elle n'avait jamais trouvé la paix. Elle n'avait jamais trouvé la justice.

Mais moi, je le pouvais. Je pouvais trouver l'homme qui avait tué Éléonore. Je pouvais trouver l'homme qui avait terrifié ma mère. Je pouvais trouver la vérité et la mettre en lumière.

Il me fallait seulement survivre assez longtemps pour y parvenir. Je rassemblai les lettres et les glissai de nouveau sous mon oreiller. Mes mains tremblaient encore. Mon cœur s'emballait toujours. Mais autre chose montait dans ma poitrine : quelque chose qui ressemblait presque à de la détermination.

J'étais venue à Varethorpe Hall pour trouver des réponses. À présent je savais ce que je cherchais. À présent je savais qui je cherchais. J'ignorais simplement son nom.

La journée passa comme dans un brouillard. Je m'acquittai des tâches de mon travail, rangeant le bureau d'Alistair, répondant à ses appels, classant ses papiers, mais mon esprit était ailleurs. Chaque fois qu'il me parlait, j'étudiais son visage. Chaque fois qu'il mentionnait Éléonore, je guettais quelque chose : un lapsus, un secret, un indice.

Mais il ne me donna rien. Il était froid et distant, tel qu'il avait été la veille. À peine me regardait-il. À peine me parlait-il. C'était comme si notre conversation de la veille n'avait jamais eu lieu.

Cependant, je remarquai quelque chose. Il m'observait. Pas ostensiblement, pas d'une manière que quelqu'un d'autre aurait remarquée. Mais chaque fois que je me retournais, ses yeux étaient sur moi. Chaque fois que je quittais la pièce, je sentais son regard me suivre.

Il savait quelque chose. Il soupçonnait quelque chose. Et j'avais peur qu'il ne commence à deviner qui j'étais réellement.

Vers le soir, j'étais exténuée. Je n'avais pas mangé. Je n'avais pas dormi. Mon corps réclamait du repos, mais mon esprit refusait de s'arrêter. Il me fallait réfléchir. Il me fallait planifier. Il me fallait comprendre quoi faire ensuite.

Je retournai dans ma chambre et fermai la porte. Les lettres se trouvaient toujours sous mon oreiller. Je les retirai et les relus, cherchant tout ce que j'aurais pu manquer : un nom, une date, un détail qui pourrait m'orienter dans la bonne direction.

Mais il n'y avait rien. Les lettres constituaient une impasse. Elles me disaient ce qui s'était passé, mais non qui l'avait fait. J'allais les ranger lorsque j'entendis un coup frappé à la porte.

Mon sang se glaça. Je poussai les lettres sous mon oreiller, le cœur battant. Le coup retentit de nouveau, plus sec cette fois, plus insistant.

— Miss Marlowe.

La voix d'Alistair. Basse. Autoritaire. Froide.

Je ne répondis point. La porte s'ouvrit d'un coup. Il se tenait dans l'encadrement, son visage à demi dissimulé dans l'ombre. Ses yeux étaient fixés sur moi : durs, clairvoyants, indéchiffrables.

— Que lisez-vous ? demanda-t-il.

Je ne pus parler. Ma gorge était sèche. Mon esprit était vide.

Il s'avança dans la pièce, sa présence emplissant le petit espace. Il se rapprocha, plus près qu'il ne l'avait jamais fait auparavant. Je pouvais le sentir — quelque chose de propre et de vif, comme le cèdre et la pluie.

— Vous avez quelque chose qui m'appartient, dit-il.

Je le fixai. Mon cœur battait si fort que je crus qu'il allait exploser.

— Je ne vois pas ce que vous voulez dire, murmurai-je.

Il tendit la main et toucha le bord de mon oreiller. Ses doigts frôlèrent le tissu — tout près, tout près de l'endroit où les lettres étaient cachées.

— Ne me mentez pas, dit-il. Je sais que vous les avez prises. Je sais que vous les lisez. Ce que j'ignore, c'est pourquoi.

J'ouvris la bouche pour parler, mais aucun mot ne sortit.

Il se pencha davantage. Ses yeux brûlaient à présent, non pas de colère, mais de quelque chose d'autre. Quelque chose qui ressemblait presque à de la douleur.

— Qui êtes-vous ? demanda-t-il. Pourquoi êtes-vous vraiment ici ?

Je ne pouvais pas répondre. Je ne pouvais pas lui dire la vérité. Je ne pouvais pas lui parler de ma mère, ni des lettres, ni du secret qu'elle avait emporté dans sa tombe.

Mais je ne pouvais pas non plus lui mentir. Alors je fis la seule chose que je pouvais faire : je détournai le regard.

Et il sut. Il sut que je cachais quelque chose.

Il recula, son visage se durcissant.

— Vous me direz la vérité, dit-il. Tôt ou tard, vous me la direz. Vous ne quitterez pas cette maison avant de l'avoir fait.

Il tourna les talons et sortit de la pièce, fermant la porte derrière lui. Je restai assise là dans le silence, mon corps tremblant, mon cœur s'emballant. Il savait. Il savait que je cachais quelque chose.

Et il n'allait pas lâcher prise.

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