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CHAPITRE 106 — L'OMBRE DU PASSÉ

Author: Dledition
last update publish date: 2026-10-21 00:58:08

Sabrina

La prison sent le désinfectant et la sueur. C'est une odeur qui s'installe dans le nez et qui ne part plus, même quand on dort, même quand on rêve. J'ai appris à la respirer sans la sentir. C'est une compétence comme une autre.

La cellule est petite. Six pas de long. Quatre de large. J'ai compté, le premier jour, puis j'ai arrêté, parce que compter, c'était reconnaître que j'y étais. Maintenant je regarde le mur. Le mur est beige. Le mur a une fissure qui part du coin supérieur droit
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    ÈveL'homme s'appelle Castellane. Pas le nom de famille, le titre. C'est un vieux soldat, un de ceux que la famille garde depuis des générations, un de ceux qui ont mangé à la table des Castellane et qui sont morts pour eux. Il a soixante ans, peut-être plus, des cheveux blancs coupés ras, des épaules larges et une voix qui ne monte jamais au-dessus du murmure.Les mercenaires se retournent. Dufort lève la main. Il a l'air surpris. Il ne s'attendait pas à ça. Personne ne s'attend jamais à ça.— Jeannot, dit-il. Jeannot, c'est du passé. Tu n'as pas à…— Tu as touché à l'enfant. Le vieil homme avance d'un pas. Ses deux pistolets sont baissés, mais ses yeux ne le sont pas. Tu sais ce qu'on fait à ceux qui touchent aux enfants, Dufort. Tu le sais depuis le premier jour.Dufort recule. Il recule d'un pas, puis d'un autre, et je vois dans ses yeux une chose que je n'attendais pas : la peur. Une peur ancienne, une peur qui remonte à lo

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    ÈveLe vendredi, à quinze heures quarante-deux, mon téléphone sonne.Je suis dans mon bureau. Je travaille. Les dossiers sont étalés devant moi, les colonnes de chiffres, les rapports. Le soleil entre par la fenêtre et fait des rectangles pâles sur le parquet. C'est une journée ordinaire. Une journée de fin de semaine, légère, avec la promesse du week-end. Léo doit sortir de l'école à seize heures. Le garde du corps doit le ramener à la maison à seize heures vingt. J'ai prévu de lui faire des crêpes.Le téléphone sonne. Je regarde l'écran. C'est le numéro du garde du corps. Je décroche.— Madame Tremblay.La voix est tendue. Trop tendue. Je me redresse.— Qu'est-ce qu'il y a ?— Léo n'est pas sorti de l'école. On a fouillé les couloirs, les classes, les toilettes. On ne le trouve pas. La porte de derrière était déverrouillée. Il y a un homme qui a été vu avec un enfant dans les bras, il y a quinze minutes, à l'angle de la rue. On n'a pas pu l'arrêter.Le monde s'arrête. Pas lentement,

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    SabrinaLa nuit, la prison change de visage. Le jour, il y a les bruits, les pas, les voix, les portes qui claquent, la vie qui s'agite comme une eau sale. La nuit, tout s'arrête. Le silence tombe comme un couvercle. Et dans ce silence, je peux penser. Vraiment penser.Je suis assise sur le bord de mon lit. Mes pieds nus touchent le sol froid. La lune passe par la lucarne, une lune blanche et dure, qui découpe la cellule en deux. Une moitié d'ombre. Une moitié de lumière. Je fixe le mur devant moi. La fissure. Le beige. Tout ce que je connais par cœur.Le sourire monte. Lentement. Il commence au coin des lèvres et il gagne, il gagne, il s'étale sur tout mon visage comme une tache d'huile. Je le sens. Je le laisse faire. Personne ne me voit. Personne ne saura.Je pense à Ève. À sa robe grise dans le salon, il y a des années, quand elle n'était rien, quand elle n'était qu'une fille de dépanneur avec un joli sourire et des ambitions mal cachées. Je l'ai vue entrer dans cette maison. Je l

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    Sabrina La prison sent le désinfectant et la sueur. C'est une odeur qui s'installe dans le nez et qui ne part plus, même quand on dort, même quand on rêve. J'ai appris à la respirer sans la sentir. C'est une compétence comme une autre. La cellule est petite. Six pas de long. Quatre de large. J'ai compté, le premier jour, puis j'ai arrêté, parce que compter, c'était reconnaître que j'y étais. Maintenant je regarde le mur. Le mur est beige. Le mur a une fissure qui part du coin supérieur droit et qui descend en zigzag jusqu'à la hauteur de mon lit. Je connais cette fissure comme je connaissais le visage de ma mère. Mieux, peut-être. Ma mère, je ne l'ai pas vue depuis vingt ans. Le détenu s'appelle Marc. Ou Marco. Ou un nom comme ça, je ne sais plus, les noms des gens sans importance ne restent pas. Il est grand, épais, avec des mains de boucher et une voix qui roule des cailloux. Il est là pour trafic. Il a des contacts dehors. Des frères, des cousins, des hommes qui lui doivent des

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