Home / Romance / L'HÉRITIÈRE QU'ON CROYAIT MORTE / CHAPITRE 19 — LA PRÉPARATION DU RETOUR

Share

CHAPITRE 19 — LA PRÉPARATION DU RETOUR

Author: Dledition
last update publish date: 2026-09-12 08:10:08

Ève

Le bureau de la fondation Castellane occupe le dernier étage d'un immeuble de verre au centre-ville de Vancouver, et pendant six mois, c'est là que je fais la guerre. Une guerre silencieuse, menée en tailleur ivoire, avec des écrans pour artillerie.

Ma grand-mère m'a donné un état-major : quatre analystes, un juriste, et une femme du nom de Simone que je prends d'abord pour une secrétaire et qui s'avère être la cheville ouvrière de tous les renseignements du cl
Continue to read this book for free
Scan code to download App
Locked Chapter

Latest chapter

  • L'HÉRITIÈRE QU'ON CROYAIT MORTE    CHAPITRE 46 — L'HUMILIATION

    ÈveJe connais les signes. Trois ans à étudier cette femme, une vie entière à la subir : je sais lire sur son visage comme Achterberg lit un bilan. Et ce que je lis, pendant que Gabriel se laisse ramener vers la table d'honneur, c'est la convergence, la jalousie, la peur et la rage qui arrivent au même guichet en même temps.Sabrina va frapper. Ce soir. Maintenant. Devant tout le monde.Elle prend le temps, pourtant. Il faut lui reconnaître ça : elle laisse passer une heure, les toasts, le discours du père Tremblay, non, Gabriel est orphelin de père, c'est le vieux sénateur ami de famille qui parle, et puis, au moment où la salle est la plus pleine, la plus chaude, la plus vineuse, elle se lève, et elle tape sur son verre.— Mes chers amis. Un dernier mot, je vous en prie. Elle rayonne. Quelque chose au fond de moi se met en position de combat. Ce soir est le plus beau soir de ma vie, et je veux le partager avec tout le monde. Même avec

  • L'HÉRITIÈRE QU'ON CROYAIT MORTE    CHAPITRE 45 — LA DANSE DES SOUVENIRS

    Ève Ma main se pose dans la sienne avant que ma raison ait voté. Trois ans de formation. Des semaines de répétitions devant des caméras, des acteurs payés pour jouer Gabriel, mon visage disséqué image par image jusqu'à ce que plus rien ne bouge. Et tout ce travail découvre, ce soir, sa limite exacte : personne n'a pensé à répéter le contact. Sa main dans mon dos. Ma main sur son épaule. Vingt centimètres entre nous, l'écart réglementaire, celui que toutes les femmes de cette salle respectent avec tous les hommes de cette salle, et cet écart-là brûle comme une distance infinie et comme rien du tout. Nous valsons. Il danse bien, avec cette application raide des hommes qui ont appris jeunes pour des raisons de rang, et moi je danse comme Karl m'a appris à marcher : sans penser aux pas. Pendant les vingt premières secondes, ma technique tient. Je suis Ève. Je regarde par-dessus son épaule, je compte les fenêtres

  • L'HÉRITIÈRE QU'ON CROYAIT MORTE    CHAPITRE 44 — LE BAL DES MASQUES

    ÈveLe Château Ramezay n'a jamais aussi bien porté son nom que ce soir-là : la vieille pierre grise, les jardins éclairés à la bougie, et dans le grand salon, trois cents personnes venues célébrer ce que la chronique mondaine appellera lundi « les fiançailles de la décennie ».J'arrive seule. C'est un choix. Viger m'avait proposé son bras, ma grand-mère avait proposé un escort du clan, j'ai tout refusé : Sabrina veut m'exhiber comme la femme seule ? Je lui donne la femme seule. Mais une femme seule, quand elle est construite correctement, ce n'est pas une abandonnée. C'est une statue.Robe noire. La robe noire de Milan, celle qui ne crie pas, qui murmure, épaules nues, ligne parfaite, et sur l'épaule, la broche. Le ruban d'or et le grenat. La seule jolie chose qu'Amélie ait jamais possédée, celle que sa mère lui a laissée. Je l'ai hésitée, celle-là. C'est un risque. C'est aussi une déclaration de guerre que personne, sauf une vieille dame en faut

  • L'HÉRITIÈRE QU'ON CROYAIT MORTE    CHAPITRE 43 — L'INVITATION EMPOISONNÉE

    Ève Gabriel me convoque un mardi matin dans son bureau du trente-quatrième étage, « une question sur le calendrier du refinancement », dit le message, et je sais avant même d'entrer que ce n'est pas une question sur le calendrier du refinancement. Je connais les messages de ce genre. J'ai appris, dans une autre vie, à lire ce que les Tremblay ne disent pas. Il est debout près de la fenêtre, et il y a sur son bureau une chemise de carton crème, épaisse, avec un gaufrage doré. Une invitation. Même à trois mètres, je reconnais le genre d'objet : le genre qui coûte quarante dollars l'unité et qui sert à annoncer aux gens leur place exacte dans la hiérarchie d'une soirée. — Le bal des fiançailles, dit-il sans préambule. Samedi prochain. Au Château Ramezay. Il ne me tend pas l'invitation. Il la regarde, comme si elle pesait plus lourd que du carton. Vous êtes conviée. — C'est très aimable. — Ce n'est pas moi qui ai

  • L'HÉRITIÈRE QU'ON CROYAIT MORTE    CHAPITRE 42— L'ANNONCE

    ÈveJ'apprends les fiançailles un mardi, à sept heures du matin, par le canal le plus absurde qui soit : Priya, mon analyste senior, entre dans mon bureau avec les journaux, et la chronique mondaine du Devoir est ouverte sur la deuxième page.« L'héritier Tremblay convole. Gabriel Tremblay, 38 ans, et Sabrina Lambert, 36 ans, ont annoncé hier soir leurs fiançailles lors d'un dîner privé réunissant les proches du couple au restaurant le Club Chasse et Pêche. La cérémonie est prévue à l'automne. »Il y a une photo. Gabriel, Sabrina à son bras, toujours ce geste, ce sceau, et son sourire à elle, le sourire numéro un, celui qui précède la lame, sauf que cette fois la lame est plantée et le sourire n'a plus rien à cacher. Elle rayonne. Elle a gagné.Je lis l'article deux fois. Je remercie Priya d'une voix dont je contrôle chaque vibration. J'attends que la porte se referme.Et alors seulement je me lève, je vais à la fenêtre, et je s

  • L'HÉRITIÈRE QU'ON CROYAIT MORTE    CHAPITRE 41— LE PIÈGE CONJUGAL

    Sabrina On ne demande pas Gabriel Tremblay en mariage. On construit autour de lui une pièce où toutes les portes, sauf une, sont fermées, et on attend qu'il sorte par la bonne en croyant l'avoir choisie. Je connais cet homme mieux que ma propre ombre. Vingt ans que je l'étudie. Première porte à fermer : sa mère. J'ai toujours su que Diane ne m'aimait plus, depuis sa chute, quelque chose a changé dans ses vieux yeux, une méfiance qui ne s'explique pas et qui me glace. Mais Diane est loin, dans ses Cantons-de-l'Est, et Diane ne dira jamais rien contre moi à son fils, parce qu'elle n'a rien, aucune preuve, et que les Tremblay n'accusent pas sans preuves. Je vais quand même la voir, une après-midi de mai, avec des pivoines et un sourire, pour vérifier. Elle me reçoit dans son petit salon. Elle a maigri. Mais ses yeux, ses yeux sont plus nets que je ne les ai jamais vus, et c'est le détail le plus désagréable de ma saison.

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status