MasukPoint de Vue : Elara Moretti
J'avais passé les deux jours suivants sous haute surveillance, sans revoir Damian. Le baiser volé dans son bureau était devenu une obsession, une preuve troublante qu'il y avait une fissure dans son armure de glace. Le troisième soir, l’ordre est tombé : « Préparez la Signora Vannucci. » J'ai été habillée, coiffée, et transformée en la femme parfaite du Capo. Ma robe, d'un vert émeraude riche, était somptueuse, mais elle me donnait l'impression d'être une statue de collection, magnifique et inutile. L'événement était un gala caritatif organisé par une famille alliée de la Mafia. Le salon était rempli d'hommes en costume onéreux et de femmes qui arboraient plus de diamants que la richesse de mon père. L'atmosphère était polie, mais l'air vibrait de pouvoir et d'intrigues. Dès que nous sommes entrés, la tension a augmenté. Damian, à mon bras, était une force de la nature. Il était le centre d'attention, et je n'étais que son accessoire, le trophée qu'il avait récemment acquis. Il n'a pas posé une seule fois sa main sur ma taille sans une pression forte et possessive. « Souriez. Ne parlez que si je vous le demande. Et surtout, ne vous éloignez jamais, » m'avait-il murmuré à l'oreille, un ordre qui sonnait comme un rappel de ma condition. Nous avons traversé une foule de visages souriants et de baisemains hypocrites. J'ai supporté les regards curieux des autres femmes, qui se demandaient pourquoi le redoutable Capo avait choisi une inconnue comme moi. Et puis, je l'ai vue. Elle était au centre d'un cercle d'hommes, attirant la lumière et les regards comme un aimant. C'était la femme la plus éblouissante que j'aie jamais vue, avec des cheveux noirs sculpturaux et une robe rouge qui n'était pas portée, mais régnait. C'était la Périza. Je savais instinctivement que c'était elle. Elle s'est libérée de son cercle, son regard aiguisé comme une lame traversant la pièce. Elle a croisé le regard de Damian, et une étincelle, faite d'une histoire ancienne et dangereuse, a volé entre eux. Je m'attendais à ce qu'elle aille le confronter. Au lieu de cela, elle a ignoré Damian et a marché droit vers moi. Elle s'est arrêtée, souriante, un sourire qui n'atteignait pas ses yeux. Il y avait dans son regard une moquerie froide et une connaissance profonde. Elle m'a tendu la main, que j'ai serrée timidement. Ses doigts étaient froids comme des bijoux. « Alors, c'est la petite sposa innocente, » a-t-elle dit, sa voix était douce, mais chaque mot sonnait comme une insulte. « Je m'appelle Isabella. Je suis la femme du Capo Russo. » Elle s'est penchée vers moi, sa voix devenant un murmure empoisonné, destiné à mes seules oreilles. Damian, à mon côté, était raide comme une barre de fer. « Il est si prévisible, ton mari, » a continué Isabella, ses yeux fixés sur ma robe. « Il prend toujours une chose toute neuve pour essayer d'oublier la dernière. Mais les gens comme lui n'oublient pas. » Elle a serré légèrement mon bras. « Il ne t'a rien dit ? J'étais la dernière à dormir dans cette suite, avant toi. La dernière à occuper son lit. Et si je suis ici, ce n'est pas pour ton charmant mari. Tu n'es qu'une distraction, ma chère. » Elle s'est redressée, a lancé un regard triomphant à Damian, et s'est éloignée. J'ai senti la nausée monter. La règle du "pas de consommation" n'était pas seulement pour me contrôler. C'était parce que la place était encore chaude du souvenir de la Périza. La cicatrice sur son dos n'était pas la seule chose qu'il cachait. Je me suis tournée vers Damian, mon visage pâle, mon masque de femme du Capo brisé. « Est-ce vrai ? » ai-je demandé, ma voix tremblante. Damian a saisi mon poignet fermement, m'attirant en arrière. Son regard noir lançait des éclairs, non pas de colère, mais d'une rage impuissante. Il n'a pas nié. « Je ne te mens pas sur ce que tu es pour moi, Elara, » a-t-il craché, ses yeux s'assombrissant. « Tu es ma femme. Point. Ne me demande plus jamais rien sur une autre femme. Maintenant, souris. »Point de Vue : Elara Moretti (8 ans plus tard) Le silence de la villa Vannucci n'était plus le silence de la peur, mais celui d'une horloge de précision. Huit années avaient passé depuis que j'avais glissé le saphir noir à mon doigt, huit années depuis que j'avais réécrit les lois de ce monde avec le sang de nos ennemis et l'encre de ma volonté. Je me tenais sur la terrasse surplombant la Méditerranée. À trente-deux ans, mon reflet dans la vitre me renvoyait l'image d'une femme que je ne reconnaissais pas toujours : la Reine-Régente d'un empire financier qui s'étendait désormais bien au-delà des côtes siciliennes. — Mère ? Je me suis retournée. Alessandro se tenait là. À huit ans, il possédait déjà la prestance glaciale de Damian et cette lueur d'analyse trop vive dans le regard que je lui avais transmise. Il tenait un livre d'échecs, mais son attention était portée sur une tablette cryptée qu'il n'était pas censé avoir. — Tu devrais être avec tes tuteurs, Alessandro, dis-je
Point de Vue : Elara Moretti Neuf mois plus tard. La villa Vannucci avait changé. Les murs épais résonnaient désormais non plus des murmures de complots, mais des rires feutrés du personnel, des bruits des rénovations pour la crèche, et surtout, du silence protecteur que Damian et Vincenzo avaient imposé. La paix était devenue la nouvelle norme, maintenue par le souvenir du Contrat de la Mère et par la sanction financière infligée à Caltagirone, un exemple que personne n'avait osé défier. La Naissance et la Forteresse : L'accouchement eut lieu dans la panic room réaménagée en suite médicale. Damian, malgré toute sa force de Capo, était une loque. Il ne tenait pas une arme ; il tenait ma main, les jointures blanches de tension. « Ne me quitte pas, Elara. Ne me quitte jamais, » suppliait-il, le visage déformé par la peur. « Je ne te quitte pas, Capo, » ai-je haleté, la douleur me submergeait. « Je te donne l'avenir. » Au petit matin, après des heures d'épuisement, un cri
Point de Vue : Elara MorettiTrois semaines s'étaient écoulées depuis le Contrat de la Mère. Une accalmie trompeuse régnait. Mon ventre commençait à s'arrondir très légèrement, et la nausée des premières semaines était revenue par vagues, exigeant le repos. Je travaillais depuis le lit, mon ordinateur portable posé sur un coussin, ma bulle de garde silencieuse dans l'antichambre.La routine fut brisée par l'alerte.Il était deux heures du matin. La lumière rouge d'alerte a clignoté sur le mur de la panic room.« Tentative d'intrusion sur le périmètre Nord-Ouest. Un seul tireur d’élite repéré, » a murmuré Vincenzo à travers l'interphone sécurisé.Damian était déjà debout, ses mains cherchaient son arme.« Reste ici, Elara. Je m'en occupe, » a-t-il ordonné, sa voix était tranchante.« Non. Ce n'est pas une tentative d'assassinat. C'est un test, » ai-je rétorqué, ma conscience stratégique primait sur la peur. « S'ils voulaient nous tuer, ils auraient
Point de Vue : Elara MorettiLe cimetière de la Famille Vannucci se trouvait sur une petite colline à l’écart de la villa. Il n'était pas somptueux, mais solennel, entouré d'un mur de pierre grise et gardé par une seule statue de marbre représentant un ange immobile.Damian et moi nous y sommes rendus à la tombée de la nuit. Vincenzo avait assuré un périmètre de sécurité discrètement renforcé. Nous étions seuls.Le Poids du Passé :La tombe d'Angelina était facile à trouver. Une dalle de marbre blanc, simple. Elle avait été déplacée là après l'incendie et la reconstruction de la villa. Devant elle, reposait la tombe de Matteo.Damian s'est figé devant la pierre d'Angelina. Il n'y avait pas de fleurs. Seulement le silence et le poids de cinq années de culpabilité et de haine.« Je n'étais pas revenu ici depuis les funérailles, » a-t-il murmuré, sa voix était rauque.Je l'ai laissé un moment, le temps de faire face à l'ombre. J'ai contourné la pierr
Point de Vue : Elara MorettiLe Castello di Smeraldo était derrière nous. Le Contrat de la Mère était signé, une armure juridique enveloppant mon ventre et ma lignée. J'avais gagné. J'avais obligé ces hommes à protéger mon enfant par leur propre intérêt.Pourtant, cette victoire n'avait pas chassé le froid.Je me tenais seule dans la pénombre de la bibliothèque, tard dans la nuit. Damian dormait, épuisé par la tension du sommet. Mon insomnie, désormais habituelle, n'était plus due au travail, mais à une terreur sourde que je ne pouvais pas avouer.Je caressais un livre ancien, un recueil de légendes siciliennes que Damian aimait. La nausée avait disparu pour laisser place à une angoisse existentielle.Monologue Intérieur : Le Legs de l'Ombre :J'avais combattu pour la survie de mon enfant. J'avais usé de l'intelligence, de la ruse, et de la loi. Mais quel monde lui offrais-je ? Un monde où l'amour était un risque calculé, où l'amitié était une monnaie
Point de Vue : Elara MorettiLe sommet a été organisé au Castello di Smeraldo, un lieu neutre appartenant à un vieux Capo retiré, respecté pour son impartialité. C'était un cadre sobre, militaire, conçu pour la négociation, non pour la fête.Damian et moi avons fait une entrée sobre. J'étais enceinte de près de trois mois, ma silhouette n'était pas encore transformée, mais l'autorité de mon ventre était palpable. J'ai assisté à la réunion non pas à côté de Damian, mais en face des autres Capos, assise à la tête de la table.La Loi de la Trêve :Damian a ouvert le sommet, parlant de la nécessité de la stabilité économique après les purges et les menaces externes. Il a préparé le terrain pour mon intervention.« L'ombre des Russo pèse toujours. La guerre intestine est finie, mais le désordre extérieur n'attend qu'une faiblesse pour frapper, » a dit Damian.Puis, il m'a donné la parole. J'ai pris une gorgée d'eau, ma voix était claire et précise.« L







