LOGINChapitre 95
Kael
Le danger est là, partout, invisible, rampant dans les murs de ce palais comme un poison dans le sang. Depuis que Mortain a frappé Selene, je ne dors plus, je ne mange plus, je ne vis plus. Je traque, je fouille, je cherche, avec une rage froide qui me consume, une peur sourde qui me ronge, une détermination qui ne faiblit jamais. Selene est affaiblie, pâle, mais elle refuse de rester alitée, elle ref
Chapitre 96SeleneLa lame de Kael brille contre la gorge de Mortain, et pourtant le sorcier ne tremble pas. Il nous fixe, adossé au mur de pierre humide, un sourire tordu sur ses lèvres blêmes. La crypte est glacée, l'air chargé d'une magie ancienne qui me donne la nausée, et je dois faire un effort surhumain pour rester debout, pour ne pas m'effondrer devant cet homme qui a tenté de tuer mon enfant.— Parle, ordonne Kael d'une voix sourde, vibrante de rage contenue. Parle maintenant, ou je te tranche la gorge.— Tu veux la vérité, loup ? ricane Mortain. Tu ne la supporteras pas.— Dis-la, craché-je, les mains serrées sur mon ventre. Dis-moi pourquoi tu as jeté ce sort sur un enfant innocent.Le rire de Mortain s'éteint, remplacé par une express
Chapitre 95KaelLe danger est là, partout, invisible, rampant dans les murs de ce palais comme un poison dans le sang. Depuis que Mortain a frappé Selene, je ne dors plus, je ne mange plus, je ne vis plus. Je traque, je fouille, je cherche, avec une rage froide qui me consume, une peur sourde qui me ronge, une détermination qui ne faiblit jamais. Selene est affaiblie, pâle, mais elle refuse de rester alitée, elle refuse de se cacher, elle me suit, m'épaule, me conseille, comme elle me l'a promis. Et c'est avec elle, main dans la main, que nous remontons la piste du sorcier.Les indices sont minces, mais nous les suivons tous. Des serviteurs qui se souviennent d'une ombre, des gardes qui ont senti une présence, des torches qui se sont éteintes sans raison. Les couloirs du palais deviennent notre terrain de chasse, chaque porte une menace, chaque silence une embuscade
Chapitre 94SeleneLa nuit est tombée sur le palais, épaisse, silencieuse, inquiétante. Je suis seule dans nos appartements, assise près de la fenêtre, les mains posées sur mon ventre, sur cet enfant que je n'ai pas encore annoncé à Kael. Le secret me brûle les lèvres, mais chaque fois que je m'apprête à parler, la peur me retient. Pas maintenant, pas encore. Trop de dangers, trop d'ombres autour de nous.Je frissonne soudainement, sans raison. Un froid étrange envahit la pièce, comme si la température venait de chuter brutalement. Les torches vacillent, les flammes se couchent, presque étouffées, et une odeur âcre, malsaine, se glisse sous mes narines. Je me lève lentement, le cœur battant, les sens en alerte.— Qui est là ? murmuré-je d'une voix
Chapitre 93KaelLe messager se tient devant moi, le visage livide, les mains tremblantes, une lettre froissée serrée contre sa poitrine. Je le regarde sans comprendre, la fatigue de ces dernières semaines brouillant mes pensées, le poids des deux couronnes écrasant mes épaules. La salle du conseil est plongée dans une semi-pénombre, les torches crachotent, et les visages des conseillers autour de moi se tournent vers l'homme qui n'ose pas parler.— Parle, ordonné-je d'une voix plus sèche que je ne le voudrais. Que s'est-il passé ?— Majesté... le sorcier Mortain... il s'est évadé.Le silence tombe, si lourd, si brutal, que j'ai l'impression de recevoir un coup en pleine poitrine. Mortain. Ce nom que je croyais enterré, oublié, perdu dans les profondeurs de
Chapitre 92SeleneJe suis enceinte.La vérité s'est posée sur moi comme un oiseau fragile, et je n'ose plus bouger de peur de l'effrayer. Les mots de la guérisseuse résonnent encore dans le silence de nos appartements, suspendus entre les murs de pierre froide, entre les torchères qui brûlent doucement. Je suis enceinte. Un enfant de Kael grandit en moi. Un héritier. Une vie nouvelle, née de notre amour, de nos batailles, de nos nuits arrachées au chaos.Je devrais être heureuse. Je devrais sentir mon cœur éclater de joie, courir vers lui, me jeter dans ses bras, lui annoncer que notre amour a créé quelque chose de plus grand que nous. Mais je reste assise sur le rebord de la fenêtre, les mains posées sur mon ventre encore plat, le souffle court, la gorge serrée. La joie est l&ag
Chapitre 91KaelLe poids des deux couronnes m'écrase. Assis sur le trône de basalte, au centre de cette salle immense qui fut celle de mon ennemi, je sens le froid de la pierre traverser mes vêtements, remonter le long de mon dos, s'insinuer dans ma poitrine. Deux royaumes, deux peuples, deux meutes entières tournent leurs regards vers moi, attendant des ordres, des jugements, des décisions que je me sens incapable de prendre. Je n'ai jamais voulu régner, je n'ai jamais désiré ce pouvoir. Il est là pourtant, posé sur mes épaules comme une chape de fer, plus lourd que toutes les armures que j'ai portées au combat.Les conseillers défilent sans fin. Les émissaires se succèdent. Les chefs de meutes viennent me parler de frontières à protéger, d'alliances à consolider, de traités anciens
Chapitre 8SeleneLes terres désolées portent bien leur nom, et je les découvre au terme d'une marche interminable, une étendue de rocaille grise et de bruyère desséchée qui s'étire à perte de vue sous un ciel bas, lourd de nuages menaçants qui ne crèvent jamais, qui restent là, suspendus, comme un
Chapitre 7SeleneJe ne sais pas combien de temps je reste prostrée sur les pavés, le goût du sang dans la bouche, les oreilles bourdonnantes, le cœur en charpie, mais quand je relève enfin la tête, la place est presque vide, seuls quelques traînards s'attardent pour me jeter des regards mauvais av
Chapitre 6SeleneL'aube est grise et glacée lorsque je franchis enfin les portes du village, les vêtements en lambeaux, les pieds nus et blessés, les cheveux emmêlés par le vent et la course folle de la nuit, et le silence qui m'accueille est pire qu'un hurlement, un silence lourd, anormal, un sile
Chapitre 1 SeleneJe me tiens devant le miroir de la chambre que j'occupe depuis l'enfance, et la robe blanche que j'ai cousue de mes mains brille sous la lumière argentée de la lune qui entre par la fenêtre ouverte, une robe simple mais pure, brodée de fils d'argent qui dessinent des motifs de lo







