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Chapitre 3 : L'assistante invisible

Author: Clara Wynter
last update Last Updated: 2025-08-17 06:18:44

Le matin aplatit la Tour Reyford comme une vérité qu’on n’a pas le choix d’accepter. Les vitres prennent une pâleur de clinique, le hall ressemble à une bouche qui avale des pas pressés, des talons, des voix trop sûres d’elles. Mila franchit les portiques avec un badge encore rigide, encart plastifié qui sent la colle fraîche. Photo neutre, cheveux tirés en arrière, expression de bonne élève qui n’a rien à voir avec la nuit.

Aux Ressources humaines, une femme au brushing immobile énumère les règles sous une lampe qui clignote : confidentialité, clauses, signature numérisée, politique d’accès. Le stylet court et claque, tap, tap, à chaque paragraphe accepté. Mila répond oui au bon endroit, compris au moment attendu. Sa voix de jour est posée, courte, comme si elle économisait le souffle. Elle tient sa gorge, la garde en retrait, pour que rien n’affleure de l’autre voix—celle qui sait s’élargir dans l’ombre.

— Vous dépendez du service Archives et Documentation, précise la RH. Niveau 3B. Monsieur Besson vous fera la visite. Ah, et… il y a des zones à accès restreint : fonds stratégiques, archives exécutives, coffres numériques. Vous n’irez pas sans ordre.

— Très bien, dit Mila.

Un dossier rouge plastifié glisse vers elle. Dessus, en noir : PROCÉDURES D’ACCÈS.

Elle en connaît la moitié par cœur. L’autre moitié ne s’apprend que sur place, par le bruit que font les portes quand elles se referment et par la tête que les gens prennent quand elles ne s’ouvrent pas. Elle suit un couloir où la moquette assourdit les certitudes. Un ascenseur de service l’aspire, le chiffre 3 clignote, descend.

Le 3B ne ressemble pas au reste du bâtiment. Pas de vue, pas de verre, pas de lignes qui se reflètent à l’infini. Ici, le néon a une fatigue de fin d’après-midi même le matin. Les murs sont crème passé, constellés de punaises oubliées. Ça sent le papier, la poussière qui s’est tenue tranquille et qu’on dérange. Mila aime cette odeur. Elle a quelque chose de précis, d’utile, une présence qu’on peut saisir.

— Andrews ? fait une voix ronde.

Monsieur Besson apparaît d’entre deux rayonnages, grande silhouette en veste de laine, sourcils d’un gris franc qui accueille et jauge tout à la fois.

— Oui. Mila.

Mademoiselle Andrews. Bon. On ne se tutoie pas ici, ça distrait la mémoire. Venez.

Il marche vite, digresse à peine. Les mains glissent sur les boîtes, les étiquettes, HOLDING 2012, Fusions, Comités — procès-verbaux, Clients sensibles (tri). Il ouvre une porte métallique, tape un code à quatre chiffres sans regarder les touches, comme on caresse une bête familière.

— Là, c’est l’intermédiaire, explique-t-il. Ce qui n’appartient plus au quotidien mais pas encore à l’histoire. Vous y vivrez beaucoup, vous verrez. De ce côté, l’historique — on respire doucement, on touche peu. À gauche, c’est du vivant, les dossiers qui n’ont pas encore décidé de ce qu’ils veulent être. Et là-bas… interdit. Archives exécutives.

Mila suit son doigt. Sur la porte grise, un cartouche blanc : ACCÈS restreint — Direction uniquement. En dessous, au feutre noir, une mention compacte : VH / Fondateurs — lot 01-09. Trois lettres, posées là comme un caillou au milieu d’un chemin. Elle les avale sans les mâcher. Il est trop tôt pour leur donner un goût.

— Je m’assurerai que vous avez ce qu’il faut : gants, chariot, codes, poursuit Besson. Les urgences descendent parfois de l’étage Direction sans prévenir. Vous serez… discrète.

— Je peux l’être, dit-elle.

Il la regarde, non pas pour vérifier, mais pour noter. Puis sourit.

— On m’a dit que vous étiez méticuleuse. Ici, ça vous sauvera de l’ennui.

La matinée se plie dans le rythme de l’inventaire. Mila ouvre, classe, numérote, recopie des intitulés, répare une charnière de boîte avec une bande de kraft, colle droit. Ses mains vont vite, ses yeux n’oublient pas. Elle s’offre l’effacement comme une discipline, disparaissant derrière les listes, devenant la transparence entre un dossier et le suivant. Par instants, la nuit d’hier revient : un mot, atelier, une heure, 23:47, une respiration. Elle chasse la tentation d’y rester comme on chasse une poussière qui chatouille l’aile du nez. Elle est ici, maintenant. Elle est cette employée qu’on salue et qu’on oublie en même temps.

À midi moins dix, Besson repose son stylo.

— Pause. Vous avez déjà vos codes pour la cafétéria ?

— Oui.

— Parfait. Une chose encore : si la Direction vous demande un versement express, vous ne discutez pas. Vous appelez moi. On évite les va-et-vient improvisés là-haut. Ça met des gens face à des choses qu’ils n’ont pas envie de reconnaître.

— Compris.

Elle remonte vers la lumière sans précipitation. Dans le hall intermédiaire, elle croise un groupe de cadres dont l’odeur de parfum cher et de mathématiques agressives lui serre un coin du crâne. La cafétéria bavarde. Des plateaux glissent, un microonde sonne, des badges pendent au bord des vestes, parlent à la place des visages. Mila s’assoit près d’une plante en plastique. Elle mâche un sandwich qui n’a pas de goût. Elle essaie sa nouvelle façon de ne pas exister : s’asseoir de biais, ne pas croiser le regard des serveurs plus de deux secondes, répondre merci avec juste ce qu’il faut d’air. Les mots deviennent utilitaires. Ils passent, ne marquent pas.

En redescendant, elle tombe sur un messager interne qui lui tend une enveloppe, service Archives 3B griffonné à la va-vite. À l’intérieur, une demande de retrait : dossiers Comité Stratégie — 5 dernières années, destinataire BUREAU 27 — Direction Générale. Un mot de Monsieur Besson : Faites-moi le chariot, j’accompagne.

Elle prépare. Les boîtes pèsent le poids d’une histoire qui ne veut pas être relue. Besson revient, vérifie du regard, hoche la tête.

— On livre et on redescend.

Ils prennent l’ascenseur principal, celui des étages qui ont un ciel. À mesure que le chiffre monte, le corps de Mila se remplit d’électricité douce. Elle connaît déjà ce couloir. Le tapis gris anthracite, les verres fumés, les noms qui n’apparaissent jamais sur les portes. Ils posent le chariot près de l’accueil. L’assistante de la Direction, tailleur clair, bouche tranchée, un prénom qu’on oublie en le sachant, les remercie sans les voir.

— Je signe où ? demande Besson.

— Ici, répond l’assistante.

La porte du bureau d’angle s’entrouvre. Une silhouette en sort, une seconde, deux. Mila n’a pas besoin de regard pour savoir qui c’est. Le monde ralentit, s’ajuste. Elle voit une manche, la courbe d’une épaule, un poignet sans montre. Elle entend une voix basse dire déplacez la réunion, et quelqu’un répondre bien sûr. Elle ne bouge pas. Elle ne veut pas être ce mouvement qui attire la lumière.

L’homme passe, si près qu’un souffle de son parfum — rien de sucré, quelque chose de net, de propre, comme le fer tiède d’une rambarde au soleil — glisse sur la peau de son poignet. Elle baisse les yeux sur la feuille où Besson trace sa signature. Elle n’est personne ici. C’est la règle. Et plus que la règle, c’est une nécessité : garder intacte la nuit.

— On y va, dit Besson.

Elle hoche la tête. Dans l’ascenseur qui redescend, elle relâche un muscle dont elle n’avait pas conscience. Besson ajuste sa veste, ne commente pas. Il a l’intelligence de ceux qui savent reconnaître ce qui ne les regarde pas.

L’après-midi s’étire dans le calme appliqué des tâches qui la protègent. Mila répertorie un lot de procès-verbaux, recale une série de factures selon des dossiers clients, met une étiquette blanche là où la main d’avant a abandonné l’idée d’être à jour. Parfois, un bruissement dans l’oreille lui fait croire que le combiné vient de sonner : c’est le néon qui vibre. Elle sourit malgré elle. Ridicule. Elle n’est pas ce genre de femme qui cherche des présages dans les tuyaux. Elle est plus têtue, plus concrète. Mais il y a des choses qu’on ne choisit pas, comme la vitesse à laquelle une voix s’imprime dans votre façon de respirer.

Au fond du couloir, la porte grise des Archives exécutives garde sa promesse muette. Mila passe devant sans ralentir. VH / Fondateurs — lot 01-09. Les trois lettres refont surface, brièvement. Elle les empile dans un coin où elles ne gêneront pas. Il y a du travail. Le reste attendra. Elle ne veut pas que la curiosité devienne un mensonge supplémentaire sur son visage.

Vers dix-sept heures, Besson lui dépose une pile de formulaires.

— Fin de journée : sorties, entrées, traçabilité. Vous verrez, les chiffres ont parfois la délicatesse des conséquences.

Il s’éloigne. Elle remplit, coche, signe, range. Ce qu’elle aime, ici, c’est que les gestes n’ont besoin de personne pour être justes. On peut s’y tenir, comme à une main qu’on aurait inventée pour soi.

À dix-huit heures trente, le 3B se vide. Les pas s’espacent, les rires repartent vers d’autres étages. Mila prétexte de finir un inventaire pour rester. Besson lui fait confiance, salue en enfilant son manteau.

— Ne vous attardez pas trop. La nuit transforme les boîtes en citadelles.

— Je fais vite, promet-elle.

La promesse ne porte pas sur le temps. Elle porte sur le reste. Elle sait exactement ce qu’elle est venue chercher à cette heure-là : la densité. Le calme où quelque chose peut enfin exister sans se justifier.

À vingt et une heures, elle se prépare une tisane dans la kitchenette déserte. La bouilloire gargouille comme un animal satisfait. Elle pose la tasse sur le bord d’un carton, s’assoit deux minutes, la tête renversée contre le métal froid d’une armoire. Elle n’est pas fatiguée. Ou si, mais d’une fatigue qui ne demande pas de lit. Elle ferme les yeux, compte les respirations jusqu’à ne plus les compter.

Le bâtiment change de tonalité autour d’elle quand les plateaux de nettoyage tirent le dernier sac et que le service de sécurité ferme les couloirs vitrés. Les néons ont une autre profondeur. Les mêmes gestes prennent une autre signification. Ce n’est pas la nuit qui s’installe ; c’est le jour qui se retire, comme une marée.

Vingt-deux heures cinquante-huit. Elle aligne une dernière colonne, remet un couvercle, glisse une boîte à sa place, repousse le chariot contre le mur. Elle vérifie que la porte de la petite salle de reprographie est toujours récalcitrante — elle accroche un peu, il faut la pousser par l’épaule. Elle entre. La pièce a gardé ses habitudes : un ventilateur qu’on n’allume jamais, une lampe nue, un téléphone qui survit parce qu’il n’intéresse personne. Elle pose la main sur le combiné sans le prendre. Elle répète mentalement les mots qu’ils ont choisis : atelier. Coupure. Ce sont des outils, pas des talismans. S’ils sont de trop, ils resteront sur la table. S’ils manquent, la phrase trébuchera.

Vingt-trois heures quarante-quatre. Elle sort son carnet. Relit la première page : Jamais de noms. Jamais de visages. Pas de titres. Pas de jour. Atelier. V-23:47. Coupure. Elle sourit à la précision de ses propres lettres. Elle pourra les renier à la lumière, mais pas leur netteté.

Vingt-trois heures quarante-six. La seconde s’étire, humide. Une pensée bête lui traverse la tête : et s’il ne répondait pas ? Et s’il avait décidé, pendant la journée, que ce jeu-là coûtait plus qu’il ne rapportait ? Elle chasse la question. Elle n’est pas un audit, elle n’a pas à justifier l’existence d’une voix.

La trotteuse passe le cran invisible. Mila compose. Une sonnerie — lointaine, étouffée, elle a toujours l’impression de l’entendre depuis le creux d’un manteau. Deux sonneries. Puis le clic.

Atelier, dit-il.

Et ce n’est pas un mot de passe, ce n’est pas un code : c’est une façon de soulever une trappe sans qu’elle grince. Elle ferme la porte derrière elle, s’adosse au mur, le combiné glissé contre l’oreille. Elle n’a pas besoin de se parler à elle-même pour savoir quelle version d’elle respire maintenant. La nuit a sa grammaire ; elle l’a apprise en une soirée.

Atelier, répond-elle.

Il ne demande pas qui elle est. Elle ne demande pas où il se tient. Ils n’ont besoin ni de noms ni de visages. Le jour, elle a rangé des boîtes, signé des formulaires, croisé un parfum sans le regarder. La nuit, elle sera une voix qui laisse passer assez de lumière pour que rien ne s’abîme.

Le lendemain, personne ne demande à Mila comment s’est passée sa première journée. Et c’est très bien. Elle pousse ses chariots, aligne ses dossiers, se perd dans les couloirs sans fenêtres qui lui vont si bien. Parfois, elle remonte pour livrer des pièces signées. Une fois, dans l’ascenseur, elle aperçoit son reflet dans la plaque de métal brossé : cheveux attachés, regard lisse, bouche qui ne laisse rien dépasser. Elle se trouve presque crédible dans ce rôle qu’elle s’est écrit.

Au vingt-septième, une réunion déborde dans le couloir. Des mots, rendement, arbitrage, report, se heurtent et se couchent comme des moineaux. Alec passe en tête, attentive figure qui coupe l’air devant elle sans le savoir. Il ne la voit pas. Elle devient la vieille habitude du décor, la plante qu’on arrose sans penser à elle. Elle sent en elle une petite déception, rapide, transparente, qui ne laisse aucune trace : c’est presque un soulagement. S’ils respectent la règle, la nuit gardera sa consistance.

De retour au 3B, elle reprend sa place. L’après-midi, Besson la félicite pour un classement plus clair que prévu. Elle répond merci. On lui confie la gestion d’un lot entier. Elle ne se fait pas remarquer. C’est un art. Et c’est le premier rôle qu’on lui offre depuis longtemps où elle sait d’emblée comment le jouer.

La Tour Reyford a ses fantômes ; elle en devient un. Et quand le monde oublie de la regarder, Mila respire, mieux que partout ailleurs. La nuit, à vingt-trois heures quarante-sept, elle sera autre chose. Entre les deux, elle sera l’assistante invisible. C’est ainsi que le mystère se construit : non pas sur des mensonges, mais sur une succession de vérités dont aucune ne prétend parler pour l’autre.

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