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Chapitre 4

Penulis: Roman
last update Tanggal publikasi: 2026-09-05 21:33:56

Chapitre 4

Noah

Je n'aurais jamais dû regarder son téléphone.

Mais quand l'écran s'est allumé sur la table basse, mon instinct a parlé avant ma raison. Un numéro masqué. Un message court, glaçant.

« Profite de tes derniers jours. »

Je relève les yeux vers Amelia, assise près de la cheminée, un livre entre les mains. Elle n'a rien vu. Elle tourne les pages avec une lenteur feinte, ses longues jambes repliées sous elle, enveloppée dans un pull en cachemire trop grand pour elle. Elle est si belle, si insouciante, que mon sang se glace dans mes veines.

— Amelia.

Elle ne lève pas les yeux.

— Quoi encore ?

— Il faut qu'on parle.

— Je n'ai pas envie de parler.

Je m'approche, le téléphone en main. Elle finit par relever la tête, agacée, ses yeux sombres plantés dans les miens.

— Vous fouillez dans mes affaires maintenant ?

— C'est arrivé il y a trois minutes.

Je pose le téléphone devant elle. Elle jette un coup d'œil à l'écran, et je vois son visage se fermer. Une fraction de seconde. Puis elle hausse les épaules.

— Ce ne sont que des messages. Je reçois des menaces depuis des années.

— Ce n'est pas anodin.

— Pour moi, si.

Elle reprend son livre comme si de rien n'était. Comme si sa vie ne tenait qu'à un fil. Comme si je n'étais pas en train de m'effondrer intérieurement.

Je m'accroupis devant elle, saisissant doucement le livre pour le déposer sur la table. Elle me fusille du regard.

— Vous ne comprenez pas, dis-je d'une voix plus dure que prévu. Quelqu'un rôde peut-être autour de cette maison en ce moment même.

— Alors faites votre travail, garde du corps. Protégez-moi.

Elle se lève, passe devant moi, son parfum m'enveloppant comme un piège. Je me redresse brusquement, la rattrapant par le bras. Pas violemment. Juste assez pour qu'elle s'arrête. Elle se retourne, les yeux écarquillés.

— Lâchez-moi.

— Vous refusez de voir le danger. Vous refusez de voir que je ne peux pas être partout à la fois.

— Je ne vous ai jamais demandé d'être partout. Je ne vous ai rien demandé du tout.

Sa voix tremble légèrement malgré son air défiant. Je la sens vibrer sous mes doigts, et je dois faire un effort surhumain pour ne pas l'attirer contre moi, pour ne pas lui avouer que chaque menace me terrifie, que chaque minute loin d'elle est une souffrance.

— Vous êtes ma prisonnière, c'est ça ? reprend-elle, les yeux brillants. Vous me traitez comme une incapable, comme une enfant.

— Je vous traite comme quelqu'un qui refuse d'admettre qu'elle a besoin d'être protégée.

— Je n'ai besoin de personne.

La phrase claque dans l'air comme un défi. Je la connais, cette phrase. Je l'ai prononcée si souvent qu'elle est devenue une seconde peau. Et je sais ce qu'elle cache. La peur de dépendre. La peur d'être déçue. La peur d'aimer.

Je voudrais tout lui dire. Que je suis terrifié à l'idée de la perdre, que je n'ai jamais ressenti cela pour personne, que chaque regard, chaque provocation, chaque silence me rapproche un peu plus d'un précipice dont je ne veux pas me sauver. Mais les mots restent bloqués dans ma gorge.

— Vous êtes impossible, dis-je simplement en relâchant son bras.

— Et vous êtes un monstre de froideur.

Elle recule, frottant son bras comme si mon contact l'avait brûlée. La douleur traverse son regard, et je dois me détourner pour ne pas céder.

La nuit est tombée depuis longtemps quand je quitte ma chambre. Je ne dors pas. Je ne ferme jamais l'œil avant d'avoir inspecté chaque recoin de la propriété. C'est plus fort que moi. Chaque ombre me semble suspecte, chaque bruit me met en alerte.

Je longe la façade ouest lorsque je la vois.

Une silhouette.

Près des buissons, à une trentaine de mètres de l'entrée de service. Immobile. Trop immobile. Mes pieds s'enracinent dans le sol, mon cœur bondit dans ma poitrine. Je plisse les yeux, cherchant à distinguer un visage, une arme, une intention. La silhouette reste une seconde de trop, puis disparaît dans l'obscurité.

Je m'élance sans réfléchir. Mes jambes bougent toutes seules, mes poumons brûlent, mon sang rugit dans mes oreilles. Je cours vers le point exact où elle se tenait. Rien. Aucune trace, aucun bruit, aucune présence. Juste le vent et la nuit.

Je fais demi-tour en direction de la maison. Ma main se pose sur la crosse de mon arme, mon souffle est court, saccadé. Je n'ai plus qu'une pensée. Une seule.

Amelia.

Je traverse le hall en courant, gravis les escaliers quatre à quatre, m'arrête devant sa porte. J'écoute. Le silence me terrifie plus que n'importe quel bruit. Je pousse la porte, doucement, le cœur au bord des lèvres.

Elle dort.

Recroquevillée sous ses draps, ses cheveux épars sur l'oreiller, un bras replié près de son visage. Elle est en vie. Elle est là. Mon soulagement est si violent que je dois m'appuyer contre le chambranle pour ne pas tomber.

Je reste de longues minutes, immobile, à la regarder dormir. Et je comprends que quelque chose s'est brisé en moi.

Ma peur pour elle dépasse désormais le cadre professionnel.

Je suis en train de tomber.

Et je n'ai aucune idée de comment m'arrêter.

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