Mag-log inChapitre 4
Noah
Je n'aurais jamais dû regarder son téléphone.
Mais quand l'écran s'est allumé sur la table basse, mon instinct a parlé avant ma raison. Un numéro masqué. Un message court, glaçant.
« Profite de tes derniers jours. »
Je relève les yeux vers Amelia, assise près de la cheminée, un livre entre les mains. Elle n'a rien vu. Elle tourne les pages avec une lenteur feinte, ses longues jambes repliées sous elle, enveloppée dans un pull en cachemire trop grand pour elle. Elle est si belle, si insouciante, que mon sang se glace dans mes veines.
— Amelia.
Elle ne lève pas les yeux.
— Quoi encore ?
— Il faut qu'on parle.
— Je n'ai pas envie de parler.
Je m'approche, le téléphone en main. Elle finit par relever la tête, agacée, ses yeux sombres plantés dans les miens.
— Vous fouillez dans mes affaires maintenant ?
— C'est arrivé il y a trois minutes.
Je pose le téléphone devant elle. Elle jette un coup d'œil à l'écran, et je vois son visage se fermer. Une fraction de seconde. Puis elle hausse les épaules.
— Ce ne sont que des messages. Je reçois des menaces depuis des années.
— Ce n'est pas anodin.
— Pour moi, si.
Elle reprend son livre comme si de rien n'était. Comme si sa vie ne tenait qu'à un fil. Comme si je n'étais pas en train de m'effondrer intérieurement.
Je m'accroupis devant elle, saisissant doucement le livre pour le déposer sur la table. Elle me fusille du regard.
— Vous ne comprenez pas, dis-je d'une voix plus dure que prévu. Quelqu'un rôde peut-être autour de cette maison en ce moment même.
— Alors faites votre travail, garde du corps. Protégez-moi.
Elle se lève, passe devant moi, son parfum m'enveloppant comme un piège. Je me redresse brusquement, la rattrapant par le bras. Pas violemment. Juste assez pour qu'elle s'arrête. Elle se retourne, les yeux écarquillés.
— Lâchez-moi.
— Vous refusez de voir le danger. Vous refusez de voir que je ne peux pas être partout à la fois.
— Je ne vous ai jamais demandé d'être partout. Je ne vous ai rien demandé du tout.
Sa voix tremble légèrement malgré son air défiant. Je la sens vibrer sous mes doigts, et je dois faire un effort surhumain pour ne pas l'attirer contre moi, pour ne pas lui avouer que chaque menace me terrifie, que chaque minute loin d'elle est une souffrance.
— Vous êtes ma prisonnière, c'est ça ? reprend-elle, les yeux brillants. Vous me traitez comme une incapable, comme une enfant.
— Je vous traite comme quelqu'un qui refuse d'admettre qu'elle a besoin d'être protégée.
— Je n'ai besoin de personne.
La phrase claque dans l'air comme un défi. Je la connais, cette phrase. Je l'ai prononcée si souvent qu'elle est devenue une seconde peau. Et je sais ce qu'elle cache. La peur de dépendre. La peur d'être déçue. La peur d'aimer.
Je voudrais tout lui dire. Que je suis terrifié à l'idée de la perdre, que je n'ai jamais ressenti cela pour personne, que chaque regard, chaque provocation, chaque silence me rapproche un peu plus d'un précipice dont je ne veux pas me sauver. Mais les mots restent bloqués dans ma gorge.
— Vous êtes impossible, dis-je simplement en relâchant son bras.
— Et vous êtes un monstre de froideur.
Elle recule, frottant son bras comme si mon contact l'avait brûlée. La douleur traverse son regard, et je dois me détourner pour ne pas céder.
La nuit est tombée depuis longtemps quand je quitte ma chambre. Je ne dors pas. Je ne ferme jamais l'œil avant d'avoir inspecté chaque recoin de la propriété. C'est plus fort que moi. Chaque ombre me semble suspecte, chaque bruit me met en alerte.
Je longe la façade ouest lorsque je la vois.
Une silhouette.
Près des buissons, à une trentaine de mètres de l'entrée de service. Immobile. Trop immobile. Mes pieds s'enracinent dans le sol, mon cœur bondit dans ma poitrine. Je plisse les yeux, cherchant à distinguer un visage, une arme, une intention. La silhouette reste une seconde de trop, puis disparaît dans l'obscurité.
Je m'élance sans réfléchir. Mes jambes bougent toutes seules, mes poumons brûlent, mon sang rugit dans mes oreilles. Je cours vers le point exact où elle se tenait. Rien. Aucune trace, aucun bruit, aucune présence. Juste le vent et la nuit.
Je fais demi-tour en direction de la maison. Ma main se pose sur la crosse de mon arme, mon souffle est court, saccadé. Je n'ai plus qu'une pensée. Une seule.
Amelia.
Je traverse le hall en courant, gravis les escaliers quatre à quatre, m'arrête devant sa porte. J'écoute. Le silence me terrifie plus que n'importe quel bruit. Je pousse la porte, doucement, le cœur au bord des lèvres.
Elle dort.
Recroquevillée sous ses draps, ses cheveux épars sur l'oreiller, un bras replié près de son visage. Elle est en vie. Elle est là. Mon soulagement est si violent que je dois m'appuyer contre le chambranle pour ne pas tomber.
Je reste de longues minutes, immobile, à la regarder dormir. Et je comprends que quelque chose s'est brisé en moi.
Ma peur pour elle dépasse désormais le cadre professionnel.
Je suis en train de tomber.
Et je n'ai aucune idée de comment m'arrêter.
Chapitre 6NoahJe ne supporte pas la façon dont il la regarde.Lucien Meyer. Vingt-huit ans, héritier d'une fortune bancaire, sourire trop blanc, manières trop polies. Il tourne autour d'Amelia depuis trois semaines comme un prédateur patient. Et elle le laisse faire. Pire, elle semble apprécier.Je me tiens près de la baie vitrée du jardin d'hiver, les bras croisés, le regard rivé sur eux. Elle rit à quelque chose qu'il vient de dire, rejetant ses cheveux en arrière d'un geste que je connais trop bien. Elle me cherche. Elle veut que je réagisse. Et je sens la jalousie ramper en moi comme un poison lent.Je serre les poings.Lucien se penche vers elle, lui murmure quelque chose à l'oreille. Ma vision se trouble. Mes doigts se crispent sur mon avant-bras. Je voudrais traverser la pièce, l'arracher à lui, l'emmener loin de cette mascarade. Mais je reste figé, prisonnier de mon devoir, dévoré par ce que je m'interdis de ressentir.Après son départ, Amelia s'approche de moi. Son sourire
Chapitre 5AmeliaJe savais que cette soirée finirait mal.Je le sentais dans l'air, dans les regards trop insistants, dans les sourires trop polis. Mon père organise une de ses réceptions interminables, et je déambule parmi les invités comme une figurine de porcelaine, un verre de champagne à la main, un sourire figé sur les lèvres.Noah se tient près de la terrasse, vêtu d'un costume sombre qui épouse ses épaules à la perfection. Il ne me lâche pas des yeux. Je le sens même quand je tourne le dos. Une présence brûlante, rassurante, agaçante.Tout bascule lorsque Julian Ashcombe s'approche. Un héritier arrogant, le genre d'homme qui ne supporte pas qu'une femme lui résiste. Je l'ai repoussé une fois, et il ne me l'a jamais pardonné.— Amelia, toujours aussi resplendissante, dit-il d'une voix assez forte pour attirer l'attention.— Julian, je réponds sèchement.Il sourit, mais ses yeux sont méchants. Il tient son verre avec nonchalance, son regard glissant sur ma robe comme s'il avait
Chapitre 4NoahJe n'aurais jamais dû regarder son téléphone.Mais quand l'écran s'est allumé sur la table basse, mon instinct a parlé avant ma raison. Un numéro masqué. Un message court, glaçant.« Profite de tes derniers jours. »Je relève les yeux vers Amelia, assise près de la cheminée, un livre entre les mains. Elle n'a rien vu. Elle tourne les pages avec une lenteur feinte, ses longues jambes repliées sous elle, enveloppée dans un pull en cachemire trop grand pour elle. Elle est si belle, si insouciante, que mon sang se glace dans mes veines.— Amelia.Elle ne lève pas les yeux.— Quoi encore ?— Il faut qu'on parle.— Je n'ai pas envie de parler.Je m'approche, le téléphone en main. Elle finit par relever la tête, agacée, ses yeux sombres plantés dans les miens.— Vous fouillez dans mes affaires maintenant ?— C'est arrivé il y a trois minutes.Je pose le téléphone devant elle. Elle jette un coup d'œil à l'écran, et je vois son visage se fermer. Une fraction de seconde. Puis el
Chapitre 3AmeliaJe veux qu'il parte.Je veux que Noah disparaisse de ma vie comme il y est entré, sans prévenir, sans me demander mon avis. Chaque jour passé à le côtoyer est une torture, un rappel constant de mon impuissance. Alors je fais ce que je sais faire de mieux : je le provoque, je l'attaque, je cherche la faille.— Vous êtes donc incapable de sourire, c'est une infirmité chez vous ?Il ne réagit pas. Il reste adossé au mur du salon, les bras croisés, le regard fixé sur la baie vitrée. J'aimerais qu'il crie, qu'il se justifie, qu'il me prouve qu'il n'est pas fait de pierre.— Vous ne répondez même pas, j'ajoute en m'approchant. C'est insupportable.— Votre sécurité n'exige pas que je sois agréable.Sa voix est neutre. Froide. Je serre les dents, humiliée par son indifférence. Les autres hommes me couvrent de compliments, ils cherchent mon regard, ils espèrent un signe. Lui ne me voit pas. Pas de cette façon. Et ça me rend folle.— Vous êtes arrogant, dis-je en plantant mes
Chapitre 2NoahElle croit que je ne vois rien.Elle croit que son arrogance, ses piques acérées et ses regards incendiaires suffisent à dissimuler ce qu'elle cache au fond de ses yeux. Mais je vois tout. Je vois la solitude qui la ronge, le vide qu'elle tente de combler par des provocations ridicules, et cette détresse muette qu'elle refuse d'admettre, même face à son propre reflet.Trois semaines que je suis son ombre. Trois semaines qu'elle multiplie les sorties imprudentes, les escapades sans prévenir, les portes claquées au nez. Elle cherche à me faire perdre patience. Elle veut me voir craquer, me briser, m'humilier comme elle a été humiliée lors de notre première rencontre. Mais elle ignore une chose essentielle.Je ne cède jamais.Ce soir, elle a encore faussé compagnie à son chauffeur pour disparaître dans les rues de Manhattan. Je la retrouve devant une galerie d'art, seule, les bras serrés autour d'elle, le visage offert au vent glacé. Elle ne tremble pas. Ou plutôt, elle s
Chapitre 1AmeliaJe déteste cette pièce.Les murs sont trop hauts, les rideaux trop lourds, et l'odeur du cuir qui imprègne le bureau de mon père me donne la nausée. Tout ici respire le pouvoir, le contrôle, l'étouffement. Je me tiens près de la fenêtre, les bras croisés, fixant le jardin parfaitement entretenu comme si ma vie en dépendait. Peut-être parce que c'est le seul endroit où je peux encore faire semblant de respirer.La porte s'ouvre derrière moi.Je ne me retourne pas immédiatement. Je refuse de lui offrir cette satisfaction. Mon père parle déjà, sa voix grave et autoritaire, cette voix qui ne demande jamais, qui ordonne.— Amelia, voici Noah. Il sera ton garde du corps à partir d'aujourd'hui.Je pivote lentement, mes talons cliquetant sur le marbre. C'est un jeu, toujours un jeu. Paraître froide, détachée, même quand mon cœur s'affole et que mes paumes deviennent moites. Je relève le menton.Il est grand. Trop grand. Ses épaules larges remplissent l'embrasure de la porte







