FAZER LOGINChapitre 5
Amelia
Je savais que cette soirée finirait mal.
Je le sentais dans l'air, dans les regards trop insistants, dans les sourires trop polis. Mon père organise une de ses réceptions interminables, et je déambule parmi les invités comme une figurine de porcelaine, un verre de champagne à la main, un sourire figé sur les lèvres.
Noah se tient près de la terrasse, vêtu d'un costume sombre qui épouse ses épaules à la perfection. Il ne me lâche pas des yeux. Je le sens même quand je tourne le dos. Une présence brûlante, rassurante, agaçante.
Tout bascule lorsque Julian Ashcombe s'approche. Un héritier arrogant, le genre d'homme qui ne supporte pas qu'une femme lui résiste. Je l'ai repoussé une fois, et il ne me l'a jamais pardonné.
— Amelia, toujours aussi resplendissante, dit-il d'une voix assez forte pour attirer l'attention.
— Julian, je réponds sèchement.
Il sourit, mais ses yeux sont méchants. Il tient son verre avec nonchalance, son regard glissant sur ma robe comme s'il avait le droit de me détailler ainsi.
— Vous savez, je repensais à votre chère mère. Quelle tragédie pour votre famille. Une femme si respectée, disparue dans des circonstances si... troubles.
Mon sang se fige. Les conversations autour de nous s'éteignent progressivement. Je sens les regards se tourner vers moi, curieux, avides de scandale.
— Je ne vois pas de quoi vous parlez, dis-je d'une voix blanche.
— Vraiment ? insiste-t-il en haussant un sourcil. On raconte pourtant qu'elle aurait quitté votre père pour un homme rencontré en secret. Et qu'elle serait morte dans un accident de voiture en revenant de l'un de ses rendez-vous... interdits.
Le sol se dérobe sous mes pieds. Les murmures reprennent, des chuchotements cruels qui me transpercent de toutes parts. Je ne peux plus respirer. Je ne peux plus penser. Ses mots me frappent comme des coups de fouet, ravivant une douleur que je croyais enfouie à jamais.
— Tais-toi, je souffle.
— La vérité vous dérange ? demande-t-il avec un sourire satisfait. Votre père a construit son empire sur un scandale. Et vous, vous jouez les princesses intouchables alors que toute la ville connaît cette histoire.
Des larmes montent à mes yeux. Je cligne des paupières pour les retenir, terrifiée à l'idée de craquer devant cette foule. Les visages se floutent autour de moi. Mon cœur cogne si fort que je l'entends dans mes tempes.
Soudain, une main s'abat sur l'épaule de Julian. Il est violemment tiré en arrière.
Noah.
Il s'interpose entre lui et moi, le regard d'une noirceur que je ne lui ai jamais vue. Sa mâchoire est si serrée que je vois les veines de son cou saillir.
— Excusez-vous, dit-il d'une voix basse, menaçante.
Julian tente de se dégager, l'air méprisant.
— Vous n'êtes qu'un employé. Ne posez pas vos mains sur moi.
— Excusez-vous, répète Noah sans élever le ton.
L'assemblée retient son souffle. Je reste figée, incapable de faire un geste, les joues brûlantes d'humiliation. Julian ouvre la bouche pour répliquer, mais le regard de Noah l'en dissuade.
— Très bien, je retire ce que j'ai dit, lâche-t-il enfin, les dents serrées.
Noah le relâche d'un geste sec.
— Disparaissez.
Julian s'éloigne, le visage rouge de rage. Les invités se dispersent lentement, gênés, chuchotant dans mon dos. Mais je n'arrive plus à rester. Je tourne les talons et m'engouffre dans le couloir, mes talons claquant sur le marbre, les larmes coulant enfin.
Je m'enferme dans la bibliothèque. Je m'effondre derrière un fauteuil, les bras autour de mes genoux, le visage enfoui. Les sanglots me secouent tout entière. Il a vu. Il m'a vue pleurer. C'est pire que l'humiliation. C'est la mise à nu complète.
La porte s'ouvre doucement.
Je relève la tête. Noah se tient dans l'embrasure, silencieux, le visage fermé. Il ne dit rien. Il s'approche lentement, s'assoit par terre près de moi, sans un mot. Sans un geste.
Il reste simplement là.
Et étrangement, c'est cette présence silencieuse qui m'achève. Parce que je ne comprends pas. Parce que personne ne m'a jamais offert cela. Cette patience. Cette douceur tacite. Cette chaleur sans condition.
— Vous ne devriez pas me voir comme ça, je murmure entre deux sanglots.
— Je ne vois rien d'autre que vous.
Sa voix est si basse que je pourrais croire l'avoir imaginée. Je relève les yeux vers lui. Il ne me regarde pas. Il fixe le sol, les coudes posés sur ses genoux, l'air ailleurs. Mais je sais qu'il est là. Pour moi. Pour moi seule.
— Je vous en prie, ne me laissez pas seule.
Les mots m'échappent avant que je puisse les retenir. Ils sont fragiles, désespérés, terrifiés. Et je les déteste autant que je les assume.
Noah tourne enfin la tête vers moi. Ses yeux d'acier se posent sur mon visage en larmes, et pour la première fois, je n'y vois ni froideur ni distance. Juste une émotion que je ne sais pas nommer, mais qui me serre la gorge.
— Je ne vous laisserai jamais seule, Amelia.
Mon cœur se brise et se reconstruit dans la même seconde. Ses paroles s'infiltrent en moi, comblant des failles dont j'ignorais l'existence. Je détourne le regard, incapable de soutenir la profondeur de ce qu'il vient de m'offrir sans même le savoir.
Et pour la première fois depuis des années, je me sens en sécurité.
Mais une pensée me traverse aussitôt, glaçante : personne ne m'a jamais aimée sans me décevoir. Et si Noah ne faisait pas exception ?
Chapitre 59AméliaJe le vois arriver.De loin. Sur le trottoir. Devant la boutique. Il marche. Lentement. Les mains dans les poches. Le regard fixe. Le visage fermé. Mais je le vois. Dans ses yeux. Dans sa démarche. Dans ses épaules. Il sait. Quelque chose. Quelque chose d’important. Quelque chose qui va tout changer.Mon cœur s’arrête. Puis repart. Trop vite. Trop fort. Je pose le bouquet que je tenais. Je m’essuie les mains. Je ne tremble pas. Pas encore. Pas devant lui.Il entre. La cloche tinte. Il s’arrête. À quelques mètres. Il me regarde. Longuement. Ses yeux. Gris. Brûlants. Différents. Il sait. Je le vois. Je le sens. Il sait.— Bonjour.Sa voix. Basse. Grave. Calme. Trop calme. Je ne réponds pas. Je le regarde. J’attends. Le pire. La suite. Le coup.— Je suis allé voir le docteur Delorme.
Chapitre 58NoahLe cabinet est petit.Des murs blancs. Des diplômes encadrés. Une odeur d’antiseptique. Le docteur Delorme est assis derrière son bureau. La soixantaine. Des lunettes. Des yeux fatigués. Il ne dit rien. Il me regarde. Il sait qui je suis. Il sait pourquoi je suis là. Il attend.— Docteur Delorme. Merci de me recevoir.— Je n’ai pas eu vraiment le choix. Vous avez été insistant.— Je suis désolé. Mais c’est important.— C’est ce qu’on dit toujours.Il croise les mains. Il me fixe. Sans hostilité. Sans peur. Juste. Attentif. Méfiant.— Que voulez-vous ?— Vous avez suivi Amelia Ashford. Pendant sa grossesse. Il y a trois ans.— Je ne peux ni confirmer ni infirmer.— Pourquoi ?— Parce que le secret médical. Vous co
Chapitre 57AméliaLe message est clair.« Noah a retrouvé le docteur Delorme. Il sait. Ou il va savoir. Bientôt. »Je fixe l'écran. Longuement. Mon sang se glace. Mes mains tremblent. Mon souffle se bloque. Il sait. Ou il va savoir. Bientôt. Le secret. Mon secret. Notre secret. Léo. Noah. La vérité. Tout. Tout va exploser. Bientôt. Très bientôt.Je pose le téléphone. Je me lève. Je marche. Dans l'appartement. Les murs sont trop proches. L'air est trop lourd. Je respire. Mal. Je pense à lui. À Noah. À ce qu'il va découvrir. À ce qu'il va faire. À ce qu'il va dire. Quand il saura. Que Léo. Est son fils. Que je lui ai menti. Pendant trois ans. Que je l'ai effacé. Que je l'ai tué. Que je l'ai privé. De tout.Il va me haïr. Il va me détester. Il va me prendre L
Chapitre 56NoahLe dossier est posé sur la table.Je l'ai reçu ce matin. Un contact. Un ancien employé de la famille Ashford. Un homme qui a travaillé pour son père. Pendant des années. Qui a vu. Qui a entendu. Qui sait. Il m'a tout envoyé. Les rapports. Les notes. Les comptes rendus. Tout ce qui concerne Amelia. Après mon départ. Pendant ces trois années. Où je n'étais pas là.Je lis. Page après page. Ligne après ligne. Mot après mot. Et chaque mot. Chaque ligne. Chaque page. Me détruit. Un peu plus.Elle a été reniée. Par son père. Devant toute la famille. Parce qu'elle a refusé de mettre fin à sa grossesse. Parce qu'elle a refusé de m'oublier. Parce qu'elle a refusé de les écouter. Elle a tout perdu. Son nom. Sa fortune. Son héritage. Sa place. Tout. Pour moi
Chapitre 55AméliaJe n'aurais pas dû m'arrêter.Je n'aurais pas dû me retourner. Je n'aurais pas dû le regarder. Mais je l'ai fait. Parce que je suis faible. Parce que je suis fatiguée. Parce que je n'en peux plus. De mentir. De cacher. De porter ce poids. Toute seule.Il est là. Debout. Dans la nuit. Le cœur en miettes. Les mains vides. Les yeux fixés sur moi. Ces yeux. Ces putains d'yeux. Qui me hantent. Qui me brisent. Qui me supplient. Peut-être.Je m'arrête. À quelques mètres de ma voiture. Je ne me retourne pas. Pas complètement. Juste assez pour le voir. Du coin de l'œil. Il n'a pas bougé. Il attend. Comme toujours. Il attend.— Tu ne peux pas me faire confiance.Sa voix. Basse. Grave. Brisée. Il répète mes mots. Comme s'il n'y croyait pas.— Non.— Pourquoi ?&mdas
Chapitre 54NoahJe l'attends devant sa boutique.La nuit est tombée. Les rues sont vides. Les lumières sont rares. Je n'ai pas prévenu. Je n'ai pas appelé. Je suis juste venu. Parce que je n'en peux plus. Parce que les incohérences s'accumulent. Parce que son silence me ronge. Parce que ses mensonges me détruisent.Elle sort. Elle ferme à clé. Elle se retourne. Elle me voit. Elle se fige. Son visage se ferme. Son regard se durcit.— Qu'est-ce que tu fais ici ?— Il faut qu'on parle.— Pas maintenant.— Maintenant.— Noah…— Maintenant. Amelia.Elle soupire. Elle croise les bras. Elle me regarde. Ses yeux. Gris. Froids. Distants. Comme avant. Comme toujours. Quand elle ment. Quand elle cache. Quand elle a peur.— De quoi tu veux parler ?— De toi. De nous. De tout. Depuis que je suis







