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Chapitre 6

Penulis: Roman
last update Tanggal publikasi: 2026-09-05 21:43:40

Chapitre 6

Noah

Je ne supporte pas la façon dont il la regarde.

Lucien Meyer. Vingt-huit ans, héritier d'une fortune bancaire, sourire trop blanc, manières trop polies. Il tourne autour d'Amelia depuis trois semaines comme un prédateur patient. Et elle le laisse faire. Pire, elle semble apprécier.

Je me tiens près de la baie vitrée du jardin d'hiver, les bras croisés, le regard rivé sur eux. Elle rit à quelque chose qu'il vient de dire, rejetant ses cheveux en arrière d'un geste que je connais trop bien. Elle me cherche. Elle veut que je réagisse. Et je sens la jalousie ramper en moi comme un poison lent.

Je serre les poings.

Lucien se penche vers elle, lui murmure quelque chose à l'oreille. Ma vision se trouble. Mes doigts se crispent sur mon avant-bras. Je voudrais traverser la pièce, l'arracher à lui, l'emmener loin de cette mascarade. Mais je reste figé, prisonnier de mon devoir, dévoré par ce que je m'interdis de ressentir.

Après son départ, Amelia s'approche de moi. Son sourire est éclatant, triomphant. Ses yeux pétillent d'une malice qui me déstabilise.

— Lucien est charmant, vous ne trouvez pas ?

Je ne réponds pas. Je la fixe sans ciller, la mâchoire verrouillée.

— Il m'a invitée à dîner demain soir, ajoute-t-elle en penchant la tête. Dans un restaurant intime, très prisé. Vous devrez rester discret.

— Vous ne devriez pas y aller.

Elle hausse un sourcil.

— Et pourquoi donc ?

— Cet homme ne s'intéresse pas à qui vous êtes.

— Et vous, Noah ? rétorque-t-elle aussitôt. Vous vous intéressez à qui je suis ?

Sa question me frappe comme une gifle. Elle s'approche, réduisant l'espace entre nous, son parfum m'enveloppant.

— Pourquoi cela semble autant vous déranger ? insiste-t-elle. Que d'autres hommes me désirent, qu'ils me courtisent, qu'ils espèrent quelque chose de moi ?

Je détourne les yeux. Son regard est trop perçant, trop proche.

— Je fais mon travail.

— Votre travail, répète-t-elle avec amertume. Tout est toujours une question de travail avec vous.

— Vous jouez avec les sentiments des autres, dis-je plus durement que prévu. C'est dangereux.

— Je ne joue pas.

— Vous savez très bien que vous n'épouserez jamais un homme comme lui. Votre père ne le permettra pas. Vous lui donnez de l'espoir pour le simple plaisir de me provoquer.

Elle se fige. Ses yeux s'écarquillent légèrement, puis se durcissent.

— Vous croyez que je fais ça pour vous ?

Je ne réponds pas. Le silence entre nous devient insoutenable. Ses lèvres tremblent presque, mais elle se redresse, le menton relevé, cette fierté qui la rend si belle et si inaccessibles.

— Vous ne comprenez rien, lâche-t-elle enfin. Lucien me regarde comme une femme. Pas comme une mission.

— Vous n'êtes pas une mission.

— Alors que suis-je pour vous ?

La question me transperce. Je voudrais tout lui avouer, lui dire qu'elle est tout, qu'elle occupe mes pensées, qu'elle hante mes nuits, que chaque homme qui s'approche d'elle me donne envie de briser quelque chose. Mais les mots ne franchissent pas mes lèvres. Je me réfugie derrière mon armure.

— Vous êtes ma protégée. Rien de plus.

Le coup part, sec, définitif. Je le regrette aussitôt en voyant son visage se fermer. La douleur dans ses yeux, si vive, si réelle, me donne envie de me frapper moi-même.

— Votre protégée, dit-elle doucement. Bien sûr.

Elle recule d'un pas, ses doigts serrant nerveusement le tissu de sa robe.

— Je n'aurais pas dû poser la question.

Elle tourne les talons et quitte la pièce. Ses talons cliquettent sur le sol, et ce bruit reste longtemps dans ma tête après qu'elle a disparu. Je reste seul, les poings serrés, le cœur en miettes.

Je suis en train de la perdre. Je le sais. Mais je ne peux pas lui offrir ce qu'elle mérite. Je ne suis qu'un garde du corps. Un homme brisé, marqué par la guerre, incapable d'aimer sans détruire.

Alors je la repousse. Encore et encore.

Cette nuit-là, je m'assois près de sa porte, dans le couloir sombre, le dos contre le mur froid. Je l'entends pleurer de l'autre côté. Des sanglots étouffés qui me lacèrent le cœur.

Je ferme les yeux, impuissant. Mon front s'appuie contre ma main. Je voudrais entrer, la prendre dans mes bras, lui avouer que tout est faux, que je suis jaloux, que je crève de la voir sourire à d'autres hommes.

Mais je reste immobile.

Parce que l'aimer, c'est la mettre en danger. Parce que mon monde est trop sombre pour y faire entrer sa lumière. Parce que je préfère la voir me détester plutôt que de la voir souffrir à cause de moi.

Le lendemain matin, je retrouve le message suivant sur mon téléphone :

« Votre froideur me protège de vos mensonges. Mais elle ne vous protégera pas de moi. »

Je fixe l'écran, le cœur battant. Elle ne renonce pas. Elle ne renoncera jamais.

Et je ne sais plus si je dois l'en empêcher ou m'y abandonner.

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