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Chapitre 3

Author: Roman
last update Petsa ng paglalathala: 2026-09-05 21:31:00

Chapitre 3

Amelia

Je veux qu'il parte.

Je veux que Noah disparaisse de ma vie comme il y est entré, sans prévenir, sans me demander mon avis. Chaque jour passé à le côtoyer est une torture, un rappel constant de mon impuissance. Alors je fais ce que je sais faire de mieux : je le provoque, je l'attaque, je cherche la faille.

— Vous êtes donc incapable de sourire, c'est une infirmité chez vous ?

Il ne réagit pas. Il reste adossé au mur du salon, les bras croisés, le regard fixé sur la baie vitrée. J'aimerais qu'il crie, qu'il se justifie, qu'il me prouve qu'il n'est pas fait de pierre.

— Vous ne répondez même pas, j'ajoute en m'approchant. C'est insupportable.

— Votre sécurité n'exige pas que je sois agréable.

Sa voix est neutre. Froide. Je serre les dents, humiliée par son indifférence. Les autres hommes me couvrent de compliments, ils cherchent mon regard, ils espèrent un signe. Lui ne me voit pas. Pas de cette façon. Et ça me rend folle.

— Vous êtes arrogant, dis-je en plantant mes yeux dans les siens. Insensible. Vous ne comprenez rien à ce que je ressens.

— Je n'ai pas besoin de vous comprendre.

Le coup est net. Il me traverse comme une lame. Je recule d'un pas, la respiration courte, les joues brûlantes.

— Vous êtes cruel, je murmure.

— Je suis réaliste.

Je tourne les talons avant qu'il ne voie mes yeux briller. Je ne pleurerai pas. Pas pour lui. Jamais pour lui. Mais la douleur est là, sourde, tenace. Parce qu'il a raison. Parce qu'il ne me flattera jamais, qu'il ne s'agenouillera pas devant mon nom, qu'il restera toujours hors d'atteinte.

Ce soir-là, mon père organise une réception au manoir. Une foule élégante se presse dans le grand salon, des rires forcés, des verres qui tintent, des regards qui jugent. Je porte une robe longue couleur émeraude qui souligne ma silhouette, et mes cheveux sont relevés en un chignon savant. Je souris, je salue, je joue mon rôle. Comme toujours.

Noah se tient près de la porte, vêtu d'un costume sombre, ses yeux balayant la pièce avec une précision militaire. Il ne me quitte pas des yeux. Et malgré moi, ma peau s'échauffe sous son regard.

Un homme s'approche. Grand, brun, charmeur. Un ami de mon père, un nom que je devrais connaître mais que j'oublie aussitôt. Il me tend la main, un sourire éclatant aux lèvres.

— Amelia, vous êtes éblouissante ce soir. M'accorderiez-vous cette danse ?

Je jette un coup d'œil vers Noah. Il n'a pas bougé. Son visage est impassible, mais je sens son attention se resserrer autour de moi comme un étau.

J'accepte.

— Avec plaisir.

L'homme m'entraîne sur la piste. Sa main se pose sur ma taille, il me guide avec assurance, me murmure des banalités auxquelles je réponds machinalement. Je ne pense qu'à lui. À Noah. À ce que je veux qu'il ressente. À cette jalousie que je veux voir surgir dans son regard d'acier.

Je ris un peu trop fort. Je m'approche un peu trop près. Je laisse mon cavalier glisser ses doigts le long de mon dos, exactement là où il ne faudrait pas. Et je cherche Noah des yeux.

Il me regarde.

Enfin.

Et ce que je vois me glace. Ses mâchoires sont serrées. Ses poings pendent le long de son corps, mais ses phalanges sont blanches. Son regard n'est plus neutre. Il est sombre, brûlant, presque menaçant. Une froideur inhabituelle qui ne ressemble à rien de ce que je lui ai vu jusqu'à présent.

Mon cœur s'emballe. J'ai découvert une faille. Une vraie. Et cette découverte m'effraie autant qu'elle m'exalte.

La musique s'achève. Je remercie mon cavalier d'un sourire que je veux éclatant, puis je traverse la pièce, la tête haute. Noah n'a pas bougé. Il se tient toujours près de la porte, mais son corps tout entier semble tendu par une rage contenue.

Je m'arrête devant lui, essoufflée, vibrante.

— Vous vouliez me voir danser, dis-je doucement. C'était agréable.

Il ne répond pas. Il me dévisage avec une intensité qui me coupe le souffle. Puis il se penche légèrement, juste assez pour que sa voix ne soit qu'un murmure entre nous.

— Vous ne devriez pas jouer à ce jeu.

— Pourquoi ? j'ose demander.

— Parce que vous pourriez ne pas aimer les conséquences.

Son souffle frôle mon oreille. Mon corps entier s'embrase. Je recule d'un pas, le cœur battant à se rompre, incapable de soutenir son regard plus longtemps.

Je l'ai provoqué. Je voulais le blesser. Mais c'est moi qui tremble à présent. C'est moi qui suis prise au piège de mon propre jeu.

Et pour la première fois, je me demande si Noah n'est pas bien plus dangereux que je ne l'avais imaginé.

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