LOGINLe réveil sonna à six heures quarante-cinq.
Alice l’éteignit sans ouvrir les yeux. Resta allongée trente secondes — ce luxe bref du matin avant que le reste commence. Puis elle se leva.
Salle de bain. Elle alluma la lumière, prit sa brosse à dents, commença machinalement.
Et croisa son propre regard dans le miroir.
Elle s’arrê
Le réveil sonna à six heures quarante-cinq.Alice l’éteignit sans ouvrir les yeux. Resta allongée trente secondes — ce luxe bref du matin avant que le reste commence. Puis elle se leva.Salle de bain. Elle alluma la lumière, prit sa brosse à dents, commença machinalement.Et croisa son propre regard dans le miroir.Elle s’arrêta.S’observa une seconde — ce visage du matin, sans maquillage, les cheveux en désordre. Elle s’ébouriffa encore un peu du bout des doigts, cette façon qu’elle avait depuis toujours quand elle se regardait sans chercher à se composer.Elle se trouva bien.Pas au sens où on se trouvait belle avant le café — au sens où quelque chose dans ce visage avait ch
Alice récupéra Tristan à dix-sept heures trente.Il sortit dans les derniers — toujours dans les derniers, ce pas tranquille qui était le sien, son sac à dos correctement fermé sur les deux épaules.Il la vit. Leva la main. Monta dans la voiture.— La journée ? dit Alice.— Contrôle de maths.— Et ?— Raisonnablement confiant.— Tu es sûr ou tu espères ?— Les deux.Alice démarra. Le trafic du soir d’Aureval — ces rues qui se vidaient progressivement, cette lumière rasante qui donnait à la ville cette couleur chaude et dorée.Tristan regarda par la fenêtre un moment.— Y’
La journée continua sur ce rythme — dense, chargée, ce lundi qui ne laissait pas beaucoup de place pour souffler.Monsieur Aké convoqua une réunion surprise à onze heures — ce client de la zone franche qui voulait une révision complète de son étude stratégique pour jeudi. Alice prit des notes, distribua les tâches, fixa les délais avec cette précision efficace qui était la sienne dans les situations d’urgence.Serge marmonna quelque chose sur les délais impossibles.Corine dit qu’elle gérait.Monsieur Aké dit merci et disparut dans son bureau cloisonné.Tout le monde s’y mit.À treize heures Alice eut enfin vingt minutes.Elle fit pivoter légèrement
Alice poussa la porte vitrée de Pragma et s’arrêta net dans l’ascenseur.Elle chantonnait encore.Elle se recomposa avant que les portes s’ouvrent.L’open space était déjà en ordre de marche. Corine au téléphone, stylo en main. Serge qui déposa deux dossiers sur son bureau sans lever la tête. Monsieur Aké qui traversa le couloir à huit heures pile avec ce rythme immuable qui était le sien depuis des années.Alice posa son sac. Alluma son écran. La journée démarra en trombe — le client de la zone nord qui rappelait pour la troisième fois, les projections du trimestre trois à boucler, une réunion à neuf heures que Corine gérait depuis son bureau en lançant des regards à Alice toutes les dix minutes.
Le message de Kelma arriva au moment exact où Christian posait son sac sur le banc du vestiaire.Il lut. Sourit — ce sourire froid et amusé qui n’appartenait qu’à lui. Je signe demain. Je t’enverrai mes conditions supplémentaires en soirée.Bien sûr elle enverrait des conditions supplémentaires. C’était Kelma — elle ne lâchait jamais rien sans négocier quelque chose en retour. Il rangea le téléphone, finit de se changer, et entra dans la piscine.L’eau était à vingt-six degrés.Christian plongea sans hésiter — ce plongeon propre, ce silence immédiat sous la surface, ce monde qui devenait bleu et sourd et parfait. La piscine de l’Hôtel Savane avait cette qualité des bassins de luxe &mdash
Une bouffée de colère mêlée d’amertume envahit Alice si brutalement qu’elle sentit tout son corps se tendre. Elle rejeta la tête en arrière, incapable de contenir plus longtemps ce qui montait en elle depuis que cette femme était sortie de la voiture.— Qu’est-ce que tu me veux ? lança-t-elle d’une
La voiture derrière elle accéléra brusquement, comme si une décision venait d’être prise. En quelques secondes à peine, elle combla la distance, se déporta sur la voie opposée et la dépassa sans hésitation. Alice n’eut même pas le temps de comprendre ce qui se passait que le véhicule se rabattait d
Le mot résonnait encore dans sa tête tandis qu'elle descendait les escaliers sans vraiment les sentir. Une heure. La voix de Christian semblait la suivre, collée à sa peau comme une empreinte qu'on ne peut pas effacer en se frottant, et l'air froid de la rue, quand elle poussa la porte de l'immeubl
Alice n'aurait jamais dû être là.Elle le savait dès l'instant où la porte s'était refermée derrière elle, avec ce petit clic sec qui résonnait encore dans sa tête comme un verdict. Trop tard pour reculer. Trop tard pour prétendre qu'elle s'était trompée d'adresse.L'appartement était silencieux. Tr







