تسجيل الدخولChapitre 57AlexanderLes locaux de la fondation sont modestes, nichés au troisième étage d'un immeuble ancien du quartier des Batignolles, loin des tours de verre et d'acier où j'ai passé les plus belles années de ma vie professionnelle. Ici, les murs sont couverts d'affiches d'anciennes campagnes de collecte, les moquettes sont usées par les pas de milliers de visiteurs, et l'air sent le café réchauffé et la poussière de papier. J'ai choisi ce lieu pour son absence de faste, pour cette humilité qui contraste avec le luxe du manoir, et je m'y rends chaque matin avec une régularité qui étonne mes collaborateurs. Je n'ai pas besoin de bureau imposant ni de secrétaire particulière, je m'installe dans une pièce étroite avec une table en bois blanc, deux chaises, et une fenêtre qui donne sur une cour int&eacu
Chapitre 56ApollineLes jours passent, puis les semaines, et je finis par remarquer l'absence d'Alexander comme on remarque un bruit qui s'arrête, un silence soudain qui vous surprend au milieu de la nuit. Il n'est plus nulle part. Plus de messages sur mon téléphone, plus de lettres glissées sous la porte, plus de silhouette sombre à l'autre bout du square, plus de voiture banalisée garée à distance de l'école. Il a tenu sa promesse, celle qu'il m'a faite au jardin du Luxembourg, ce jour où sa voix calme jurait qu'il respecterait mon choix, qu'il cesserait de me suivre, qu'il disparaîtrait de ma vie. Et il l'a fait, il a vraiment disparu, et ce vide qu'il a laissé derrière lui est plus étrange que sa présence ne l'a jamais été.Je ne devrais pas y penser, je le sais, je me le répète chaque matin en me regardant dans le miroir de la salle de bains, les yeux encore gonflés de sommeil, les cheveux emmêlés. Je devrais me réjouir de ce silence retrouvé, de cette tranquillité que j'ai tant
Chapitre 55AlexanderLe téléphone sonne dans le silence de mon bureau, et je décroche machinalement, les yeux toujours fixés sur les colonnes de chiffres qui dansent devant moi. La voix d'Éloïse au bout du fil me surprend, elle ne m'appelle presque jamais, elle préfère les messages ou les visites improvisées.— J'ai vu Apolline, dit-elle sans préambule, et je me redresse immédiatement dans mon fauteuil, le cœur battant soudainement plus vite. Je lui ai parlé de toi, de ce que tu fais, des changements que j'ai observés.Je devrais être en colère, je devrais lui reprocher d'avoir trahi ma confiance, mais je n'en ai pas la force. Je suis trop curieux, trop avide de savoir ce qu'Apolline a dit, ce qu'elle a pensé, si elle a souri ou si elle a froncé les sourcils en entendant mo
Chapitre 54ApollineJ'observe ces changements de loin, sans intervenir, sans commenter, sans même y croire tout à fait. Les informations me parviennent par bribes, par échos, comme des rumeurs qui traversent les murs et les frontières. Éloïse, la sœur d'Alexander, est devenue une alliée discrète depuis que je suis rentrée à Paris, une présence bienveillante qui ne juge pas, qui ne force pas, qui se contente de me téléphoner de temps en temps pour prendre des nouvelles de Léo ou pour me raconter ce qui se passe au manoir. C'est par elle que j'apprends les démissions en cascade, la réduction drastique de ses heures de travail, son retrait progressif des affaires qui le dévoraient autrefois tout entier.— Il a complètement changé, Apolline, me dit-elle un après-midi autour d'u
Chapitre 53AlexanderJe ne sais pas comment prouver que j'ai changé, et cette question me hante jour et nuit, tourne en boucle dans mon esprit comme un disque rayé qui ne trouvera jamais la bonne note. Les mots ne suffisent pas, je l'ai compris à ses silences, à ses regards méfiants, à la façon dont elle lit mes lettres et les range sans jamais y répondre vraiment. Les gestes ne suffisent pas non plus, elle a rejeté mon aide pour la succession, elle m'a reproché d'avoir payé ses créanciers, elle a vu dans ma générosité une nouvelle forme de manipulation. Alors que faire ? Comment lui montrer que je ne suis plus l'homme froid et distant qui l'a épousée par devoir, qui l'a ignorée pendant cinq ans, qui l'a laissée fuir sans même essayer de la retenir ?Je passe des nuits entière
Chapitre 52ApollineLa lettre arrive le lendemain matin, glissée sous la porte de l'appartement par une main invisible, et je la reconnais immédiatement à l'enveloppe de papier épais, à l'écriture élégante et penchée qui court sur le papier, à cette façon qu'il a de former les lettres avec une précision presque obsessionnelle. Je la ramasse avec des doigts qui tremblent légèrement, je la retourne entre mes mains sans l'ouvrir, et je reste debout dans l'entrée, pieds nus sur le parquet froid, le cœur battant à tout rompre. Léo est encore dans sa chambre, il joue tranquillement avec ses dinosaures en plastique, et je l'entends qui leur invente des dialogues improbables, des histoires de combats et de volcans en éruption.Je m'assois à la table de la cuisine, je pose l'enveloppe devant







