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Chapitre 5

Penulis: Histoire
last update Tanggal publikasi: 2026-07-12 15:18:33

Chapitre 5

Sofia

Au matin, la femme dans le miroir est une étrangère. Yeux gonflés, teint cireux, lèvres pâles. Dans l'armoire, une robe de chambre en soie grise. Trop luxueuse pour moi. Je descends pieds nus, le bois ciré froid sous mes plantes.

Adrian est dans la cuisine, assis devant un café noir. Il ne lit pas, ne regarde pas son téléphone. Il est simplement là, droit comme une lame, son regard bleu glacier tourné vers moi quand j'entre.

— Vous avez dormi ?

— Un peu.

— Asseyez-vous. Il faut manger.

Je mords dans une pomme sans la goûter. Le silence entre nous est une présence physique.

— Il faut qu'on parle des règles. Cette maison est sécurisée. Vous ne sortez pas sans moi. Vous ne répondez pas au téléphone. Vous n'ouvrez à personne. Compris ?

— Je suis prisonnière, c'est ça ?

— Vous êtes protégée. Il y a une différence.

— Je ne l'ai pas demandé.

— Moi non plus. Pourtant, je suis là.

Cette réponse me désarçonne. Il pousse vers moi un téléphone portable.

— Mon numéro est déjà enregistré.

Je fixe l'appareil sans le toucher. La dernière fois que j'en ai eu un, Patricia me l'a confisqué en hurlant.

— Pourquoi vous faites ça ? Vraiment.

Adrian se lève, s'approche de la fenêtre. Les ombres soulignent la ligne dure de sa mâchoire, la cicatrice sur sa peau, ses yeux où dansent des secrets.

— Nathan Black m'a sauvé la vie. J'étais jeune, en colère, seul contre un monde qui voulait ma peau. Il m'a tendu la main. Il m'a offert une existence qui avait un sens. Quand il est mort, il m'a fait promettre de vous protéger. Ce n'est pas pour l'argent. C'est pour l'honneur.

Je cherche une faille dans son regard. Je ne trouve rien. Juste ce bleu insondable qui me fait plus peur qu'un mensonge.

La journée s'écoule dans un brouillard. Douche brûlante, vêtements propres, nourriture sans goût. Adrian est une présence fantomatique, des pas étouffés, des conversations à voix basse derrière des portes closes.

Le lendemain matin, je le trouve debout devant la télévision, le dos raide, les poings serrés. Mon visage. En gros plan. La photo de mon dossier universitaire. Un bandeau rouge défile : Sofia Carter, héritière mystérieuse de l'empire Black. Qui est vraiment cette inconnue ?

— Éteignez ça, ordonne Adrian.

L'écran s'éteint. L'image reste imprimée sur ma rétine comme une brûlure.

Sa main se pose sur mon épaule. Ferme. Solide.

— Asseyez-vous. Respirez.

— Ils savent. Ils savent tous.

— Oui. Et ça ne change rien.

Je commets l'erreur de regarder la tablette qu'il me prête. Les réseaux sociaux sont en feu. Mon nom est partout.

Une serveuse qui hérite de millions ? Elle a dû coucher avec le vieux.

Aucune élégance. Cette fille ne mérite rien.

Imposture. Où sont les vrais héritiers ?

Pathétique.

Chaque mot est une gifle. Des photomontages circulent, mon visage sur des corps dénudés. Des menaces aussi : On sait où elle habite. Elle ne s'en sortira pas comme ça.

La tablette tombe sur le tapis. Je monte dans ma chambre en courant, plaque mes mains sur ma bouche pour étouffer les sanglots. Je n'ai encore rien reçu de cet héritage. Pas un centime. Mais j'ai déjà tout perdu. Mon anonymat, ma dignité, le droit d'être une personne.

La porte s'ouvre. Adrian se tient dans l'encadrement, immense, sombre. Je suis recroquevillée sur le lit, le visage ravagé de larmes. Il s'approche, retire la tablette de mes doigts crispés, s'assied au bord du lit sans me toucher.

— Ils ne savent rien de vous. Les mots des inconnus ne définissent pas qui vous êtes.

— Facile à dire. Vous n'avez jamais été traité comme un monstre.

Un silence. Sa voix, plus basse :

— Vous croyez ?

Quelque chose vacille dans son regard. Une ombre. Un souvenir qui passe. Il se lève, se dirige vers la porte, s'arrête sur le seuil sans se retourner.

— Demain, nous irons au cimetière. Vous avez besoin de comprendre pourquoi il a fait ce qu'il a fait.

La porte se referme. Je reste seule avec la rumeur lointaine de la haine qui continue de gronder, dehors, partout. Je n'ai encore rien reçu. Mais j'ai déjà tout perdu.

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