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Chapitre 4

Penulis: Histoire
last update Tanggal publikasi: 2026-07-12 15:18:09

Chapitre 4

Adrian

La ruelle pue la mort et l'indifférence. Elle tremble contre le mur de briques, ses bras serrés autour de son corps comme si elle pouvait s'empêcher de tomber en morceaux. Ses yeux fuient les miens. Elle a peur de ce qu'elle va y lire. Elle a raison.

— Il faut bouger. La voiture est à deux rues. Vous pouvez marcher ?

Elle acquiesce sans un mot. Je passe un bras autour de sa taille, elle se raidit sous mes doigts mais ne proteste pas. Son corps est léger, fragile, un oiseau tombé du nid qui n'a pas encore compris que ses ailes ne le sauveront pas. L'odeur de sa peur se mêle à celle de la poussière et du caoutchouc brûlé.

Nous roulons vingt minutes en silence. Elle fixe le paysage derrière la vitre fumée sans poser de questions, sans demander où nous allons. Ses mains sont jointes sur ses genoux, ses jointures blanches. La propriété apparaît au détour d'une allée de gravier, pierre blonde et lierre, volets bleu nuit. Nathan appelait cet endroit le Refuge. Il y venait quand les menaces se faisaient trop pressantes.

Dans le hall, le lustre en cristal de Bohême tinte doucement. Elle ne regarde rien. Elle ne voit rien. Elle est encore sur ce trottoir, à regarder la mort fondre sur elle.

— La chambre au premier étage. Des vêtements vous attendent. Reposez-vous.

Elle lève enfin les yeux vers moi. Ce n'est pas de la gratitude. C'est une méfiance brûlante, les défenses d'une fille qui a appris que chaque main tendue finit par se refermer en poing.

— Pourquoi faites-vous ça ?

Sa voix est rauque, à peine un souffle.

— Parce que j'ai fait une promesse à Nathan Black. Il m'a demandé de vous protéger.

Elle émet un son entre rire amer et sanglot.

— Vous mentez. Vous voulez l'argent, c'est ça ? Une part de cette fortune ?

Ses mots sont des lames, aiguisés par quinze ans de trahisons. Je les reçois sans ciller. Mais quelque chose dans la façon dont ses épaules se voûtent, comme si elle s'attendait à être frappée, vient se loger entre mes côtes. Une blessure ancienne que je reconnais.

— Vous ne me connaissez pas. Épargnez-moi vos certitudes.

Je tourne les talons avant qu'elle ne réplique. Mes pas résonnent sur le marbre. Derrière moi, sa respiration s'accélère, ses semelles claquent dans l'escalier, une porte se ferme là-haut. Le silence retombe.

Je me verse un whisky que je ne bois pas. Mes doigts sont stables. Ils le sont toujours. C'est ma force. C'est ma malédiction.

La maison craque autour de moi. Au-dessus de ma tête, Sofia Carter est probablement assise sur le lit à baldaquin, entourée de meubles anciens, et elle ne se sent pas plus en sécurité que dans la rue. Elle n'a pas tort. Cette maison est une forteresse, mais aucune forteresse n'est imprenable.

Un bruit. Léger. Un sanglot étouffé par une main, une tentative désespérée de pleurer en silence. Il vient de l'étage. Je ferme les yeux et laisse la douleur de cette inconnue traverser mes défenses. Elle pleure parce qu'elle a failli mourir, parce que sa tante l'a jetée dehors, parce qu'elle est seule au monde avec une fortune qui attire les assassins. Et je suis en bas, incapable de monter, incapable de la réconforter. Je ne sais qu'une chose : protéger. Même si elle me déteste. Même si sa méfiance me blesse plus qu'elle ne devrait.

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