Compartilhar

LE PALAIS CRAMOISI

Autor: D_Wine
last update Data de publicação: 2026-10-25 06:51:13

J'ai plaqué ma main sur le médaillon si rapidement que je me suis écorchée la peau.

La lueur argentée a jailli entre mes doigts, fine comme un fil d'araignée, avant de s'estomper. Le métal est resté brûlant contre ma paume, et mon cœur battait si fort que je pouvais l'entendre dans mes oreilles.

« Qu'est-ce que c'était ? » ai-je chuchoté.

« Je l'ignore. » Corvin a fixé ma main comme s'il s'agissait d'un serpent. « Mais si les gardes demandent, c'était une lanterne, et vous êtes une fille nerveuse. Vous comprenez ? »

J'ai hoché la tête, ne pouvant rien faire d'autre. Ma paume me picotait encore, et je me suis demandé si ma mère savait que son médaillon était capable de cela.

La calèche s'est immobilisée devant une grille si haute que j'ai dû rejeter la tête en arrière pour en apercevoir le sommet. Des corbeaux en fer noir trônaient le long des barreaux, le bec grand ouvert comme s'ils étaient figés au milieu d'un cri. Des gardes en cape rouge ont surgi d'un poste de garde en pierre, et chacun d'eux portait une lance plus grande que moi.

Un garde arborant une cicatrice au menton a ouvert la portière de la calèche. Il a regardé Corvin, a hoché la tête, puis m'a dévisagée avant de renifler l'air. Tout son visage s'est crispé.

« C'est quoi cette odeur ? » a-t-il demandé d'une voix forte.

« Elara Vale, étudiante en médecine », a répondu Corvin. « Elle apporte des documents pour la reine. »

« Je sens exactement ce qu'elle est. » Le garde a ri, et deux autres l'ont imité. « Pas une once de loup en elle. Pas une seule goutte. C'est une Oméga. »

Il a prononcé ce mot comme s'il s'agissait d'une imondice sur laquelle il venait de marcher. Mes joues ont brûlé. J'avais entendu ce mot un millier de fois, mais jamais à l'intérieur des murs d'un palais, et jamais avec autant de lances braquées près de mon visage. J'ai redressé le menton comme j'avais appris à le faire et je n'ai rien dit, car tout ce que j'aurais pu dire ne leur aurait donné qu'une raison de rire davantage.

« Les mains en l'air », a ordonné le garde balafré.

J'ai levé les mains, et des mains rudes ont fouillé mes poches pour en extraire le sac de pièces en cuir. Il l'a soupesé dans sa paume avec un sourire narquois. « Un maigre salaire pour une fille de peu. » Puis ses doigts se sont tendus vers mon col, droit là où pendait le médaillon, et j'ai saisi son poignet avant d'avoir pu me retenir.

« Pas ça », ai-je dit. Ma voix a tremblé mais n'a pas cédé. « C'était celui de ma mère. »

Son regard est devenu glacial, et j'ai cru un instant qu'il allait m'écraser le poignet. Puis Corvin s'est interposé. « Assez. La reine attend. » Le garde m'a balancé le sac contre la poitrine avec assez de force pour me faire vaciller, et j'ai rattrapé le sachet de justesse avant qu'il ne tombe dans la neige. Je les entendais encore ricaner alors que nous franchissions la grille.

À l'intérieur de l'enceinte, le palais s'est déployé autour de moi comme un autre monde. Des fontaines de marbre scintillaient dans la cour malgré l'hiver, et des serviteurs se pressaient en portant des plateaux d'argent chargés de quoi nourrir toute ma rue pendant un mois. Des femmes vêtues de robes couleur de pierres précieuses côtoyaient des hommes en costume noir, et l'air embaumait la rose et la fumée. Je n'avais jamais vu autant de beauté en un seul endroit. J'ai oublié mes mains gelées le temps d'un instant pour contempler ce spectacle.

C'est alors que j'ai vu l'autre facette des lieux.

Une jeune servante, à peine âgée de quatorze ans, venait de bousculer une dame en robe verte, provoquant la chute d'une goutte de vin sur la manche de cette dernière. La dame l'a giflée. La détonation a traversé la cour comme un coup de fouet, et la jeune fille s'est effondrée à genoux en suppliant qu'on l'épargne. Personne n'a levé les yeux. La musique a continué, les rires ont continué, et les larmes de la gamine sont venues s'écraser sur la pierre froide.

J'ai fait un pas vers elle avant d'avoir pris conscience de mon geste.

« Ne faites pas ça », a dit Corvin en me retenant par le coude d'une voix basse. « Pas ici, et pas ce soir. Vous ne pouvez sauver tout le monde dans ce palais, mademoiselle Vale, et vous ne sauverez personne si l'on vous en chasse. »

Je détestais qu'il ait raison. Tandis qu'il m'entraînait vers l'avant, j'ai jeté un dernier regard en arrière ; la servante a croisé mon regard une seconde, minuscule et terrifiée, et quelque chose s'est brisé en moi. C'était la première leçon que m'enseignait le Palais Cramoisi : les endroits magnifiques cachent souvent de laideurs en leur cœur.

Nous avons gravi un escalier, puis un autre, progressant dans des couloirs où des portraits de rois et de corbeaux fixaient les passants depuis des cadres dorés. Corvin s'est enfin arrêté devant une porte étroite au bout d'un couloir.

« Le médecin de la reine attend dans l'aile est », a-t-il déclaré. « Je dois d'abord faire mon rapport à Sa Majesté. Allez tout droit, remettez-lui l'enveloppe, et attendez-moi là-bas. Ne vous aventurez nulle part ailleurs. »

« Vous me laissez seule ? »

« Juste pour un instant. » Il a glissé une petite lampe entre mes mains avant de s'éclipser sans me laisser le temps de protester, ses pas se consumant dans le silence.

Je me suis donc engagée seule dans le couloir est, long, étroit et bien plus glacial que la neige de dehors. Les bougies fixées aux murs diminuaient à chaque pas, jusqu'à ce que seule ma petite lampe parvienne à repousser les ténèbres. Quelque part au loin, une horloge a sonné minuit, et l'écho s'est propagé à travers les murs comme un grondement souterrain.

C'est alors que le médaillon s'est remis à brûler.

Il ne s'agissait plus d'une simple tiédeur cette fois. Il chauffait ma peau tel un charbon ardent, ma lampe a vacillé avant de s'éteindre, et l'obscurité a tout avalé. Je suis restée figée, l'enveloppe pressée contre la poitrine, mon souffle s'échappant en de courts nuages blancs. Je n'entendais ni bruits de pas ni respiration. Mais je percevais une présence, de la même façon qu'on devint des yeux rivés sur sa nuque, et j'ai su avec une certitude glaciale que je n'étais plus seule. J'avais envie de courir, mais mes pieds refusaient de bouger.

Quelqu'un se tenait dans l'ombre, tout près de moi à présent.

« Arrêtez », a prononcé une voix grave, et chaque parcelle de mon être s'est soumise à cet ordre.

Continue a ler este livro gratuitamente
Escaneie o código para baixar o App

Último capítulo

  • L’héritière interdite de l’Alpha   TU ES MA COMPAGNE

    Je ne pouvais pas tourner la tête, et j'avais à peine de quoi respirer. Je restais simplement figée dans l'obscurité, l'enveloppe tremblant contre ma poitrine tandis que le médaillon me brûlait la peau.« Qui êtes-vous ? » a demandé la voix. C'était un son grave et lointain, semblable à un grondement de tonnerre. « Et que faites-vous dans mon aile ? »Des bottes se sont approchées sur le sol de pierre, d'un pas lent et mesuré. Puis, les bougies le long du mur se sont embrasées l'une après l'autre, comme si les ténèbres elles-mêmes le craignaient et reculaient devant lui.Un homme se tenait face à moi, si grand que j'ai dû lever les yeux. Il avait des cheveux noirs et un manteau sombre, et ses yeux étaient d'un bleu d'une pâleur extrême, pareils à la glace d'un lac en hiver. Il aurait dû inspirer la cruauté. Il avait plutôt l'air fatigué, comme quelqu'un qui porte un fardeau écrasant depuis très longtemps.Son nez a frémi, puis tout son corps s'est immobilisé.« Vous », a-t-il dit, d'u

  • L’héritière interdite de l’Alpha   LE PALAIS CRAMOISI

    J'ai plaqué ma main sur le médaillon si rapidement que je me suis écorchée la peau.La lueur argentée a jailli entre mes doigts, fine comme un fil d'araignée, avant de s'estomper. Le métal est resté brûlant contre ma paume, et mon cœur battait si fort que je pouvais l'entendre dans mes oreilles.« Qu'est-ce que c'était ? » ai-je chuchoté.« Je l'ignore. » Corvin a fixé ma main comme s'il s'agissait d'un serpent. « Mais si les gardes demandent, c'était une lanterne, et vous êtes une fille nerveuse. Vous comprenez ? »J'ai hoché la tête, ne pouvant rien faire d'autre. Ma paume me picotait encore, et je me suis demandé si ma mère savait que son médaillon était capable de cela.La calèche s'est immobilisée devant une grille si haute que j'ai dû rejeter la tête en arrière pour en apercevoir le sommet. Des corbeaux en fer noir trônaient le long des barreaux, le bec grand ouvert comme s'ils étaient figés au milieu d'un cri. Des gardes en cape rouge ont surgi d'un poste de garde en pierre, et

  • L’héritière interdite de l’Alpha   UN MÉDAILLON MATERNEL

    ​Ma main était encore figée sur la portière de la calèche lorsque Corvin s'est retourné pour me fixer droit dans les yeux.​« Quelque chose ne va pas, mademoiselle Vale ? » a-t-il demandé.​J'avais envie de lui crier que j'avais tout entendu. Je voulais lui demander qui il avait trouvé et pourquoi la reine serait ravie. Mais les mots sont restés coincés dans ma gorge comme du pain sec, et c'est un faible murmure qui s'est échappé à la place :​« Il fait très froid avec la neige. »​« Alors, je vous en prie, entrez. »​Je suis montée, et je me suis détestée pour cela. La vérité, c'est que je n'avais nulle part où aller. Les pièces étaient dans ma poche, Maren avait eu raison sur toute la ligne, et la seule issue était de franchir cette porte. Je me suis assise sur la banquette de cuir glacée, et Corvin s'est installé en face de moi. La calèche a fait un soubresaut avant de s'élancer, et les lumières de Dock Street se sont évanouies derrière nous comme le songe dont on s'éveille. Mon cœ

  • L’héritière interdite de l’Alpha   LE SANG DE LA BOURSE D'ÉTUDES

    J'ai failli dire non, et je me suis demandé mille fois pourquoi je ne l'avais pas fait.Pendant un long moment, je n'ai fait que fixer le sceau de cire rouge, et la clinique est devenue si silencieuse que j'entendais le vieux tic-tac de l'horloge au mur. La reine de Ravencrest connaissait mon nom. J'étais une va-nu-pieds qui dormait dans une chambre froide et mangeait du pain sec, et les reines n'envoyaient pas d'hommes à travers la neige pour trouver des moins-que-rien.« Je pense que vous vous êtes trompé de personne », ai-je dit.« Non », a répondu l'homme. Sa voix était calme, pareille à l'eau glissant sur la pierre. « Je m'appelle Corvin, et on m'a dit de trouver Elara Vale à la clinique de Dock Street. C'est bien vous. »Mes doigts se sont crispés sur le bord du comptoir. Tout en moi me poussait à rendre l'enveloppe et à le renvoyer. Mais j'ai alors pensé à l'avis épinglé sur ma porte ce matin-là, et mon estomac s'est noué de plus belle.Mme Brandt, ma propriétaire, l'avait écri

  • L’héritière interdite de l’Alpha   LA FILLE SANS LOUPS

    ​Si j'avais su qu'une seule enveloppe me briserait le cœur, je l'aurais jetée dans la rivière et je serais rentrée dormir.Mais cette nuit-là, j'étais seulement fatiguée, j'avais seulement faim, et je n'étais qu'Elara Vale, la fille sans loup.​Mon réveil a sonné à cinq heures du matin, comme tous les matins. Je suis restée immobile dans ma minuscule chambre à écouter les bruits sous ma fenêtre. Des loups couraient dans les rues, leurs pattes martelant les pavés, leurs hurlements s'élevant au-dessus des toits comme une chanson que tout le monde connaissait, sauf moi. J'ai plaqué mon oreiller contre mes oreilles, mais je pouvais encore les entendre, parce que ce son ne vivait pas dans mes oreilles. Il vivait dans ma poitrine, à l'endroit vide où mon loup était censé se trouver.​J'avais vingt-quatre ans. Toutes les personnes que je connaissais s'étaient transformées en loup avant l'âge de seize ans. Le jour de mes seize ans, je m'étais tenue dans un champ sombre à attendre que le solei

Mais capítulos
Explore e leia bons romances gratuitamente
Acesso gratuito a um vasto número de bons romances no app GoodNovel. Baixe os livros que você gosta e leia em qualquer lugar e a qualquer hora.
Leia livros gratuitamente no app
ESCANEIE O CÓDIGO PARA LER NO APP
DMCA.com Protection Status