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Chapitre 3 : L'Emprise des Cendres

Auteur: Eternel
last update Date de publication: 2025-11-01 20:28:07

Mara

La voiture glisse dans la nuit, un cocon métallique où le silence est aussi lourd que du plomb. Je regarde défiler les réverbères, leurs lueurs orangées striant les vitres comme des traînées de lave. Chaque pulsation de lumière est un écho du battement désordonné de mon cœur.

Ce qui m'appartient.

Les mots d'Elias roulent dans ma tête, des galets polis par la colère et l'amertume. Ils me labourent l'âme. Ce n'était pas une déclaration, c'était un acte de possession. Une revendication. Et le pire, la partie de moi que je hais, la partie qui n'a jamais vraiment guéri, a tressailli à son contact. Cette brûlure sur ma joue, là où ses doigts ont effleuré ma peau, persiste. Une marque invisible, indélébile.

— Tu veux en parler ?

La voix de Lucian est un radeau dans la tempête qui fait rage en moi. Je tourne la tête vers lui. Il est assis à mes côtés, son profil calme dessiné par la pénombre. Il ne me touche pas, il n'en a pas besoin. Sa simple présence est une ancre.

— Il n'y a rien à dire, je murmure, ma voix plus rauque que je ne le voudrais. Tu as entendu.

— J'ai entendu un homme perdu qui essaie de reprendre le contrôle en terrorisant celle qu'il a blessée.

— Ce n'est pas de la terreur, Lucian.

Le mensonge est amer sur ma langue. C'est de la terreur, bien sûr. Mais c'est aussi autre chose, une chose honteuse et puissante que je refuse de nommer.

— Alors, qu'est-ce que c'est ? demande-t-il avec une douceur implacable.

Je ferme les yeux. C'est le feu. Le même feu qui a failli me consumer autrefois. Et il n'est jamais mort. Il couvait sous la cendre de mon âme, et Elias vient de souffler dessus.

— C'est de la colère, je finis par dire. Rien que de la colère.

Je sens son regard sur moi, pesant, triste. Il sait. Il sait que je mens. Mais il est trop bon, trop respectueux pour forcer la porte.

La maison nous accueille dans son silence familier. Une maison que nous avons choisie ensemble, loin du tumulte de la famille, avec de larges baies vitrées et des rampes partout. Un havre. Un refuge. Ce soir, les murs blancs me semblent hostiles, les ombres plus longues. Elias a violé ce sanctuaire avec ses mots. Il est ici, dans l'air que je respire.

J'aide Lucian à se préparer pour la nuit, un rituel fait de gestes doux et de silences complices. Chaque mouvement est une prière pour retrouver la paix que nous avons construite. Quand il est enfin installé dans le lit, je me penche pour déposer un baiser sur son front.

— Merci, je chuchote.

— Pour quoi ?

— D'être là. D'être toi.

Il sourit, un sourire qui n'efface pas l'inquiétude dans ses yeux, mais qui la rend supportable.

— Je t'aime, Mara. N'oublie jamais qui tu es devenue.

Les mots résonnent en moi comme un avertissement. Qui tu es devenue. Une femme apaisée. La femme de Lucian. Pas l'obsession tourmentée d'Elias.

Je quitte la chambre et descends dans le salon, me laissant tomber dans un fauteuil. La nuit est noire au-dehors. Je suis épuisée, vidée, mais chaque fois que je ferme les yeux, je vois le regard d'Elias. Gris. Inquisiteur. Possessif.

Tu crois que tu peux t'enfuir ? Te cacher derrière lui ?

Soudain, mon téléphone vibre sur la table basse. Une lumière bleutée illumine la pièce. Un numéro inconnu. Mon estomac se serre. Je sais. Je sais instinctivement que c'est lui.

Je laisse sonner. La vibration est insistante, agressive. Elle semble durer une éternité. Puis, le silence revient. Lourd. Ominieux.

Quelques secondes plus tard, une notification apparaît. Un message.

Numéro inconnu : Tu ne peux pas m'ignorer. Tu le sais.

Le souffle coupé, je laisse le téléphone tomber sur le coussin comme s'il était brûlant. Il sait. Il sait que je suis là, éveillée, à trembler. Comment peut-il savoir ? La paranoïa s'insinue en moi, glaciale. A-t-il des gens qui me surveillent ? Est-ce que… est-ce que tout cela n'a jamais vraiment cessé ?

Je me lève, agité, et marche jusqu'à la baie vitrée. Le jardin est plongé dans l'obscurité. Soudain, une forme bouge près du portail. Une haute silhouette immobile. Mon cœur s'arrête.

Elias.

Il est là. Dehors. Il me regarde.

Je recule d'un bond, le dos heurtant le mur, la poitrine labourée par des respirations saccadées. C'est de la folie. C'est impossible. Je cligne des yeux, regarde à nouveau. La forme a disparu. Était-ce réel ? Une hallucination née de la peur et de l'épuisement ?

Je reste figée, adossée au mur, à écouter les battements affolés de mon cœur. La paix que j'ai chérie, pour laquelle j'ai lutté, s'effrite comme du vieux plâtre. Elias ne veut pas s'excuser. Il ne veut pas négocier.

Il veut la guerre.

Et alors que la peur m'engourdit les membres, une autre sensation, sournoise et terrifiante, se lève du plus profond de mes entrailles.

Une lueur.

Une braise.

L'excitation terrible de me savoir encore capable de brûler.

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