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Chapitre 4 : L'Étreinte de l'Ombre

Penulis: Eternel
last update Terakhir Diperbarui: 2025-11-01 20:28:42

Mara

Trois jours. Soixante-douze heures peuplées de silences trop lourds et de sursauts au moindre bruit. Le téléphone, mon ancien outil de connexion avec le monde, est devenu un objet de terreur. Je l'ai éteint. Je ne consulte plus mes mails. Je me suis barricadée dans ma propre maison, transformant notre havre de paix en forteresse de paranoïa.

Lucian sent le changement. Il le sent dans la raideur de mes épaules quand je l'aide à se lever, dans la façon dont mes yeux scrutent les fenêtres dès que la nuit tombe. Il ne pose plus de questions. Il observe. Son silence à lui n'est pas un vide, c'est une présence vigilante. Il m'offre des tasses de thé que je laisse refroidir, me lit des passages de livres que je n'écoute pas. Sa bonté est un baume sur une brûlure si profonde qu'elle en est devenue une partie de moi.

— Il faut sortir, Mara, dit-il ce matin, sa voix brisant le calme feutré de la cuisine. Tu ne peux pas vivre enfermée.

Je regarde par la fenêtre le jardin baigné de soleil. L'endroit où j'ai cru voir sa silhouette. Un piège à ciel ouvert.

— Je n'ai envie de nulle part ailleurs, je mens en serrant ma tasse.

— Ce n'est pas une question d'envie. C'est une question de nécessité. Tu as une séance avec ton éditeur cet après-midi. Tu ne peux pas l'annuler.

Mon livre. Les illustrations qui m'ont sauvée, ces paysages d'eau et de brume que je crée pour échapper au feu. J'avais oublié. Le monde continue, imperturbable, pendant que le mien s'est réduit à la peur d'un homme.

— J'irai, je finis par dire, sachant qu'il a raison.

L'après-midi arrive trop vite. Préparer Lucian, appeler le taxi, chaque geste est un effort surhumain. Je me sens nue, exposée, sans l'armure de ces murs. Quand le taxi s'arrête devant la maison de mon éditeur, un petit bâtiment ancien dans une rue calme, je respire un peu mieux. Ici, je suis Mara l'artiste. Pas la proie d'Elias.

La réunion se passe bien. Trop bien. Les compliments sur mes nouvelles esquisses, les projets d'exposition… c'est un bruit de fond agréable, mais lointain. Comme si j'écoutais la vie des autres.

Je sors une heure plus tard, l'esprit un peu plus léger, le portfolio serré contre ma poitrine comme un bouclier. Le soleil caresse mon visage. Peut-être que Lucian avait raison. Peut-être que je peux reprendre le contrôle.

C'est alors que je le vois.

Garée de l'autre côté de la rue, une voiture noire, aux vitres teintées. Une voiture que je connais. C'était la sienne, quand il était mon garde du corps. Mon sang se glace dans mes veines. Je reste figée sur le trottoir, incapable de bouger, de respirer.

La portière conducteur s'ouvre. Il en sort.

Elias.

Il ne porte pas de costume aujourd'hui, mais un jean sombre et un pull noir qui épousent sa carrure massive. Il a l'air plus fatigué, plus âpre. Plus dangereux. Il traverse la rue sans se presser, ses mouvements empreints d'une grâce de fauve qui me cloue sur place. Il s'arrête à moins d'un mètre de moi. L'air entre nous devient électrique, chargé du passé, des non-dits, de la menace.

— Mara.

Mon nom, dans sa bouche, n'est plus une caresse. C'est une réclamation.

— Qu'est-ce que tu fais ici ? ma voix est un filet étranglé. Tu me suis ?

— J'ai besoin de te parler.

— On n'a rien à se dire. Tout a été dit à ton mariage.

Un sourire torve retrousse ses lèvres.

— Au contraire. Tout recommence.

Son regard balaye mon visage, avide, comme s'il buvait ma peur. Il remarque le portfolio.

— Tu dessines toujours. Je me souviens. Tu dessinais dans la bibliothèque. Tu te mordillais la lèvre en concentrant.

Le souvenir, intime, volé, me frappe de plein fouet. Il se souvient de ces détails ? Ces petits riens qui, à l'époque, me faisaient croire que j'étais vue.

— Laisse-moi tranquille, Elias.

— Je ne peux pas.

— Tu as fait ton choix. Tu as épousé ma sœur.

— J'ai épousé un devoir. Un rôle à jouer. Toi… — son regard s'intensifie, devenant presque physique — toi, tu n'as jamais été un choix. Tu as toujours été une évidence.

Les mots sont un poison délicieux. Ils trouvent un écho dans la partie de moi qui n'a jamais cessé de brûler pour lui. La partie que je hais.

— Tu es fou. Tu as une femme.

— Naëlle est… un arrangement. Toi, tu es la tempête dans mon sang. Et je suis fatigué de lutter contre.

Il avance d'un pas. Je sens son parfum, le cuir et la nuit, et mon corps trahit mon esprit. Un frisson me parcourt l'échine. Mon cœur bat la chamade, non pas seulement de peur, mais de cette excitation maudite, sauvage.

— Tu as peur de moi ? murmure-t-il, comme s'il lisait dans mes pensées.

— J'ai peur de ce que tu pourrais nous faire, à Lucian et à moi.

— Lucian. — Il prononce le nom avec un mépris glacial. — Il ne peut même pas te protéger. Il ne peut pas te donner ce dont tu as besoin.

— Et qu'est-ce que j'ai besoin, à part qu'on me laisse en paix ? je lance, la voix tremblante.

— Tu as besoin de te sentir vivante. Tu as besoin qu'on te rappelle que sous cette couche de glace que tu t'es fabriquée, le feu couve toujours. Tu as besoin de moi.

Sa main se lève, lente, implacable. Je devrais reculer. Crier. Fuir. Mais je suis paralysée, hypnotisée par l'intensité de son regard, par la vérité brutale de ses mots. Ses doigts effleurent ma joue, exactement au même endroit que l'autre fois. Le contact est une déflagration. Un millier de souvenirs explosent derrière mes paupières. Sa main sur la mienne dans la nuit. La promesse d'un monde où je n'étais plus invisible.

Un sanglot se coince dans ma gorge. De rage. De terreur. De désir.

— Arrête, je supplie, les larmes aux yeux.

— Tu ne veux pas que j'arrête, Mara. Tu veux te souvenir de ce que ça fait de brûler.

Ses doigts se referment sur ma mâchoire, doux mais inflexibles, m'obligeant à le regarder.

— Je ne partirai pas. Cette fois, je ne te laisserai pas t'enfuir. Tu m'appartiens.

Le klaxon strident d'une voiture plus loin dans la rue brise le sortilège. Je recule d'un bond, comme électrocutée, le portfolio tombant de mes mains nerveuses. Je halète, le visage en feu là où ses doigts ont marqué ma peau.

— Tu ne me possèdes pas, je crache, recouvrant un semblant de combativité. Je ne t'appartiens pas.

Je me baisse, ramasse mes dessins d'une main tremblante. Quand je me relève, son expression a changé. La fureur a cédé la place à une détermination froide, absolue.

— On verra, dit-il simplement. On verra.

Il tourne les talons, retourne à sa voiture sans un regard en arrière. Je le regarde partir, le corps secoué de frissons incontrôlables.

Je suis restée debout, au milieu du trottoir, longtemps après que la voiture noire a disparu. La paix que j'ai connue avec Lucian me semble soudain lointaine, fragile comme du verre. Une relique d'un autre temps.

Elias ne veut pas me reconquérir.

Il veut me dévorer.

Et alors que je me force enfin à mettre un pied devant l'autre pour rentrer chez moi, une seule pensée tourne dans ma tête, une pensée qui me glace le sang autant qu'elle m'enflamme.

La bataille a commencé.

Et je ne sais plus de quel côté je me range.

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