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Chapitre 2 : Les cendres et le silence 2

Author: Eternel
last update Last Updated: 2025-11-01 20:27:40

Mara

Le groupe se dirige vers nous. Naëlle, rayonnante, traînant Elias dans son sillage. Son parfum entêtant de fleur exotique m’envahit les narines.

— Mara ! Lucian ! s’exclame-t-elle d’une voix suraiguë. Vous ne dansez pas ? Il faut profiter !

Son regard glisse sur Lucian avec une pitié à peine voilée qui me fait bouillir le sang. Elle se penche pour m’embrasser, un effleurement de joue qui me glace la peau.

— Je suis si heureuse que tu sois là, ma chérie. Vraiment.

Je hoche la tête, incapable de prononcer un son. Mon regard croise celui d’Elias. Le monde se rétrécit, le bruit s’éteint. Il n’y a plus que son gris d’acier, fixé sur moi. Il n’y a plus de douceur, plus de cette lueur que je voyais pour Naëlle. Il n’y a qu’une intensité primitive, un orage concentré. Il me dévisage comme s’il cherchait une faille, une preuve.

Il parle, et sa voix est un roulement de tonnerre lointain qui me traverse.

— Mara. Lucian. Le repas vous plaît ?

Je sens les doigts de Lucian se resserrer légèrement sur les accoudoirs de son fauteuil.

— Tout est parfait, Elias, répond-il avec un calme qui m’impressionne. Nous vous souhaitons beaucoup de bonheur.

Le regard d’Elias ne me quitte pas. Il ignore presque Lucian.

— Le bonheur est une chose. Le devoir en est une autre. On fait ce qu’on doit pour protéger les siens. N’est-ce pas, Mara ?

Le sous-entendu est une gifle. Pour la sauver d’un scandale. C’est la raison officielle de ce mariage. La raison pour laquelle il m’a laissée, moi, et a épousé Naëlle. Pour la protéger. Pour protéger la famille. Je ne suis qu’un détail dans cette équation. Un détail qu’on a sacrifié.

Mon sourire devient douloureux à force de le maintenir. Je sens une nausée monter.

— Bien sûr, je murmure.

Naëlle, inconsciente du duel qui se joue sous ses yeux, pouffe de rire et entraîne Elias vers d’autres invités. Il s’éloigne, mais son énergie, lourde et menaçante, reste accrochée à moi comme un suaire.

Plus tard, alors que la soirée touche à sa fin et que nous nous apprêtons à partir, je me retrouve seule un instant dans le hall d’entrée, à ajuster la couverture sur les genoux de Lucian. Une présence se dresse derrière moi. Je n’ai pas besoin de me retourner. Je le sens. L’air devient rare, chargé d’ozone.

— Tu crois que c’est fini, Mara ?

Sa voix est basse, rauque, uniquement pour moi. Je me fige, le dos tourné.

— Je ne sais pas de quoi tu parles, Elias.

— Tu crois que tu peux t’enfuir ? Te cacher derrière lui ?

Je me retourne enfin, forcée d’affronter le cyclone dans ses yeux. Il a bu. Je le vois à l’éclat sombre de son regard, à la tension sauvage qui émane de lui.

— Je ne me cache pas. J’ai choisi. J’ai une vie, maintenant. Une vie paisible.

Il avance d’un pas, réduisant la distance entre nous à rien. Je sens la chaleur de son corps, je hume son parfum, ce mélange de cuir et de nuit qui fut autrefois mon oxygène.

— Paix ? ricane-t-il, méprisant. Tu appelles ça une vie ? Regarde-toi. Tu es un fantôme. Et lui… — son regard balaye mon mari avec une froideur assassine — lui n’est qu’une ombre. Tu n’es pas faite pour l’ombre, Mara. Tu es faite pour le feu.

Ses mots m’enflamment. La colère, si longtemps contenue, monte d’un coup, brûlante et salvatrice.

— Le feu que tu as laissé s’éteindre ? Le feu que tu as piétiné pour elle ? Tu n’as aucun droit, Elias. Plus aucun.

Il penche la tête, et son sourire est une lame.

— Les droits, ça se prennent. Je suis parti une fois. C’était une erreur. Je ne la referai pas.

— Qu’est-ce que tu veux ? chuchoté-je, terrifiée par l’intensité de son regard.

Son expression se fait plus sombre, plus tourmentée. Il n’y a plus trace du garde du corps professionnel, seulement l’homme, brut, possessif, dangereux.

— Je ne suis pas venu pour m’excuser. Je suis venu pour reprendre ce qui m’appartient.

— Je ne t’ai jamais appartenu.

— Tu te trompes. Tu m’as toujours appartenu. Depuis le premier jour. Ce n’était qu’un répit, Mara. La fuite est terminée.

Il tend la main, effleure ma joue du bout des doigts. Le contact est une décharge, une brûlure qui me traverse de part en part, réveillant tout ce que j’ai tenté d’enterrer. La passion, la douleur, le désir dévorant. Je recule, chancelante, heurtant le fauteuil de Lucian.

— Ne me touche plus jamais, je souffle, la voix tremblante de fureur et de peur.

Lucian a levé la tête. Son visage est grave. Il a tout entendu.

— Je crois qu’il est temps de rentrer, Mara, dit-il doucement, mais avec une autorité qui fait hésiter Elias.

Le regard d’Elias passe de moi à Lucian, et je vois la guerre s’allumer dans ses yeux. Une guerre qu’il est bien décidé à gagner.

Alors que je pousse le fauteuil de Lucian vers la sortie, je sens le poids du regard d’Elias sur ma nuque, comme une marque au fer rouge.

Il est de retour.

Plus sombre.Plus tourmenté.

Et dans le silence qui se reforme autour de moi,alors que la porte se referme sur les rires et la lumière, une seule question tourne dans ma tête, une question qui va embraser mon existence.

Vais-je me soumettre ?

Ou vais-je brûler?

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