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Chapitre 2 _ Contrat

last update Petsa ng paglalathala: 2026-09-27 06:39:52

Je signe mon nom sur la dernière page sans oser relire ce que je viens d'accepter.

L'encre est encore fraîche quand Emir Demir reprend le stylo de mes mains, presque avec délicatesse, comme si le geste comptait plus que les mots qu'il vient de m'arracher. Il range le contrat dans une pochette de cuir sans un regard, sans un sourire de victoire, rien qui trahisse ce qu'il vient d'obtenir de moi.

— La cérémonie aura lieu dans trois jours, dit-il en se dirigeant vers son bureau. Un imam viendra pour tout finaliser. Vous n'aurez rien à organiser.

— Trois jours, je répète la voix blanche. Vous parlez de mon mariage comme d'un rendez-vous chez le dentiste.

Quelque chose passe dans son regard, une lueur vite éteinte qui pourrait ressembler à de l'amusement s'il n'était pas aussi maître de lui-même.

— Vous vous attendiez à des fiançailles de six mois et une robe sur mesure, mademoiselle Aydın ?

— Je m'attendais à ne jamais me marier avec l'homme dont j'ai tué le frère, dis-je, et ma propre audace me surprend autant que lui.

Il s'immobilise.

Pendant une seconde, l'air dans la pièce change de texture, plus dense, plus dangereux et je crois que je suis allée trop loin, que je viens de réveiller quelque chose que j'aurais dû laisser dormir.

Mais il se contente de me regarder longuement, comme s'il évaluait un adversaire plutôt qu'une future épouse.

— Vous avez du courage, dit-il enfin. Ou vous ne mesurez pas encore votre situation. J'espère pour vous que c'est la première option.

Une femme entre alors dans le bureau sans frapper, la trentaine, tailleur impeccable, un dossier serré contre elle. Elle s'arrête net en me voyant et l'espace d'un instant, je vois passer sur son visage quelque chose que je ne saurai identifier que plus tard : de la pitié.

— Leyla, dit Emir sans se retourner. Voici Sana Aydın. Ma future femme.

Le mot claque dans la pièce comme une porte qu'on referme sur moi.

Leyla hoche la tête, professionnelle, mais ses yeux restent une seconde de trop sur moi, un mélange d'incrédulité et de quelque chose d'autre, de plus sombre que je n'arrive pas à nommer.

— Monsieur Demir, la voiture pour l'appartement est prête. Voulez-vous que j'accompagne mademoiselle ?

— Je m'en charge, répond-il, et quelque chose dans le ton de sa voix ferme la conversation aussi sûrement qu'une porte blindée.

L'appartement où il m'emmène n'a rien d'une prison, c'est bien pire que ça. C'est trop beau. Trop parfait. Un penthouse au-dessus du Bosphore, tout en baies vitrées et en marbre blanc, avec une vue si vertigineuse sur le détroit que j'en oublie, l'espace de quelques secondes, la raison pour laquelle je me trouve ici.

— Vous vivrez ici jusqu'au mariage, dit Emir en ouvrant la porte d'une chambre immense, aussi froide et impeccable que le reste de l'appartement. Après, vous emménagerez avec moi dans la villa familiale.

— Et si je refuse de venir dans votre villa ?

Il se tourne vers moi et pour la première fois depuis notre rencontre, quelque chose comme une vraie émotion traverse son visage fugace, mais réelle. De la colère. Ou peut-être de la douleur déguisée en colère parce que c'est plus facile à porter.

— Vous n'avez pas encore compris, n'est-ce pas ? dit-il d'une voix basse. Ce contrat ne vous protège que tant que vous respectez ses termes. Le jour où vous déciderez de jouer selon vos propres règles mademoiselle Aydın, je détruirai tout ce que vous croyez avoir gagné.

Il s'approche, et je recule instinctivement contre le mur, mon cœur battant si fort que je suis certaine qu'il peut l'entendre.

— Je ne suis pas votre ennemi, dit-il, plus doucement maintenant, sa voix presque tendre, ce qui me terrifie davantage que sa froideur. Je suis simplement l'homme qui a le pouvoir de décider ce qu'il advient du reste de votre vie. Habituez-vous à cette idée. Ça vous évitera bien des souffrances.

Il sort de la chambre sans un mot de plus, et je reste là, seule, à écouter mon propre souffle se briser dans le silence du penthouse.

Cette nuit-là, je ne trouve pas le sommeil.

Je fais les cent pas dans cette chambre trop grande, trop vide, en essayant de comprendre comment j'en suis arrivée là, comment une seconde d'inattention sur une route parisienne m'a menée jusqu'à ce lit à des milliers de kilomètres de chez moi, promise à un homme qui me hait autant qu'il prétend vouloir me protéger.

C'est en cherchant un verre d'eau, aux alentours de trois heures du matin, que je le vois.

Par la baie vitrée du salon, je distingue une silhouette debout sur le balcon de l'appartement voisin, le sien, je le comprends aussitôt, puisqu'il occupe tout l'étage. Emir Demir, seul, un verre à la main, regardant le Bosphore avec une intensité qui n'a rien à voir avec le paysage.

Il tient quelque chose dans son autre main. Un objet petit, doré, qu'il fait tourner entre ses doigts avec une tendresse presque douloureuse à regarder.

Je m'approche de la vitre, sans faire de bruit, intriguée malgré moi.

Et c'est là que je le vois clairement : une bague de mariage. Une alliance de femme, ancienne, gravée.

Ce n'est pas la mienne. Le contrat n'a pas encore été scellé, aucune bague n'a encore été choisie pour moi.

Alors à qui appartient-elle ?

Emir lève soudain les yeux vers ma fenêtre, comme s'il avait senti mon regard, et pendant une seconde qui dure une éternité, nos yeux se croisent à travers la nuit et le verre qui nous sépare.

Il ne détourne pas le regard. Il glisse simplement la bague dans sa poche, referme son poing dessus et rentre dans son appartement en tirant les rideaux derrière lui comme si je venais de surprendre un secret qu'il n'était pas encore prêt à me laisser voir.

Et moi debout dans le noir, les mains tremblantes sur le rebord de la fenêtre, je comprends une chose avec une certitude glaçante : cette bague n'est pas destinée à notre mariage.

Elle appartient à quelqu'un qu'il pleure encore.

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