LOGINAnya
Je l'ai vu ce matin.
Il était dans sa chambre, la porte entrouverte. Je passais dans le couloir, un torchon à la main, quand j'ai entendu un bruit. Un souffle retenu. Un gémissement étouffé.
Je me suis arrêtée.
— Marc ? Tu vas bien ?
— Oui, oui. Ça va. Laisse-moi.
Sa voix était étranglée, comme s'il parlait à travers une douleur intense. J
Elle se lève, s'étire. Son dos craque, ses épaules se tendent. Elle a mal, je le vois. Veiller toute la nuit dans un fauteuil inconfortable, ce n'est pas bon pour le corps.— Tu veux que je te prépare un café ? demandé-je.— Tu sais faire du café ?— J'ai regardé Marc. Ça a l'air simple.— Rien n'est simple, Lysander. Surtout le café.Elle rit. Je ris aussi. Le rire résonne dans le salon, réveille la maison, chasse les dernières ombres de la nuit.— Je vais le faire, dit-elle. Toi, reste là. Repose-toi encore un peu.— Je ne suis pas fatigué.— Tu ne le sais pas. Tu viens de te réveiller. Attends un peu, la fatigue va revenir. Elle revient toujours.Elle sort de la pièce. Je l'entends dans la cuisine, ouvrir les placards, sortir les tasses, pr&eacut
Je respire.— Écoute ma voix. Rien que ma voix.J'écoute.Elle commence à parler. Elle raconte une histoire. Pas une histoire compliquée, pas une histoire avec des rebondissements. Une histoire simple. L'histoire d'une petite fille qui apprenait le piano, qui avait peur de ses premières notes, qui trouvait du réconfort dans les bras de sa grand-mère.Sa voix est douce, apaisante. Elle monte et descend comme une mélodie, comme un berceuse. Les mots se bousculent, s'effacent, se transforment en sons, en vibrations.Je sens mon corps se détendre.Mes épaules, qui étaient remontées jusqu'à mes oreilles, retombent. Mes mains, qui étaient crispées sur les accoudoirs, s'ouvrent. Mes jambes, qui étaient tendues, se relâchent.— Dors, Lysander, murmure Anya. Dors, je suis là.Le noir.
Il pose sa main sur mon épaule, la serre doucement.— Tu n'es pas obligée de savoir qui tu es, Anya. Personne ne le sait vraiment. On apprend, chaque jour. On se découvre. On se réinvente.— Tu es sage, Lysander.— Je ne suis pas sage. Je suis mort, cent ans. Ça donne du recul.Je ris. Un petit rire, fragile mais vrai.— Je vais préparer le déjeuner, dis-je.— Je t'aide.Nous descendons à la cuisine. Marc est déjà là, assis à la table, les mains posées devant lui. Il a l'air reposé, plus calme que ce matin.— Vous avez l'air contents, dit-il.— On se regardait dans le miroir, dis-je.— Tous les deux ?— Pas en même temps.— Dommage. Ça aurait fait une belle image.Nous rions tous les trois. Le rire résonn
AnyaJe suis seule dans la salle de bains.La maison est calme. Marc est allé se promener dans le parc, ses mains bandées ballant au bout de ses bras, son épaule douloureuse mais supportable. Lysander est dans la bibliothèque, à trier ses vieux carnets, à les classer par ordre chronologique, comme s'il voulait mettre de l'ordre dans sa mémoire avant de pouvoir avancer.Moi, je suis là.Devant le miroir.Celui que Lysander a regardé ce matin, celui où il a vu son reflet pour la première fois en cent ans. Il a laissé des traces de savon sur le bord, une petite flaque d'eau sur le marbre. Sa présence est encore là, dans ces détails minuscules.Je me regarde.Qui suis-je ?La question est absurde. Je sais qui je suis. Je suis Anya Delacroix, pianiste virtuose, trente-deux ans, célibataire sans enfants, fille d'un père qu'elle n'a pas vu depuis dix ans et d'une mère qu'elle n'a jamais connue. Je viens de Paris, j'ai un appartement rue des Martyrs, un piano à queue dans mon salon, et un age
AnyaJe l'ai vu ce matin.Il était dans sa chambre, la porte entrouverte. Je passais dans le couloir, un torchon à la main, quand j'ai entendu un bruit. Un souffle retenu. Un gémissement étouffé.Je me suis arrêtée.— Marc ? Tu vas bien ?— Oui, oui. Ça va. Laisse-moi.Sa voix était étranglée, comme s'il parlait à travers une douleur intense. Je n'aurais pas dû entrer. C'était privé, personnel, intime. Mais j'ai poussé la porte.Il était assis sur le bord du lit, torse nu, le dos tourné à la porte. Ses mains bandées pendaient le long de son corps. Et sur son épaule gauche, une cicatrice.Pas une petite cicatrice.Une cicatrice énorme, difforme, rouge et blanche à la fois. Comme une étoile de mer mal formée, ou comme la marque
Je me souviens de tout, Hélène. De ta peau, de tes mains, de ta voix. De la façon dont tu riais, les yeux fermés, la tête en arrière. De la façon dont tu pleurais, en silence, pour ne pas me déranger quand je composais.Je me souviens de notre dernière nuit.Tu jouais au piano. Une petite mélodie, simple, fragile. Tu avais composé pour moi, tu m'as dit. Pour moi. Personne n'avait jamais composé pour moi avant toi. Personne n'a jamais composé pour moi depuis.J'aurais dû te dire, cette nuit-là. Te dire tout ce que j'avais sur le cœur. Te dire que tu étais ma vie, ma raison, ma lumière. Te dire que sans toi, je n'étais rien. Qu'avec toi, j'étais tout.Je ne l'ai pas dit.J'avais peur, Hélène. Peur des mots, peur des sentiments, peur de cette vulnérabilité que l'amour exige.
LysanderLe silence après la tempête.Il a une qualité particulière, ce silence. Une texture. Une épaisseur. Comme si tout le bruit du monde s'était retiré en laissant derrière lui une matière nouvelle
LysanderLe deuxième mouvement commence.Il est plus lent, plus doux, plus proche de ce que j'étais avant de devenir ceci. Il parle d'Hélène, de mes parents, de cette vie que j'ai vécue et qui semble si lointaine maintenant, si étrangère, si incroyablement humaine. Il parle des matins où je me réve
LysanderJe regarde Anya. Ses yeux, si vivants dans son visage de brume. Sa peur du néant, son désir d'éternité.— Les deux, dis-je. Un marché qui est aussi une proposition. Une proposition qui est aussi un marché.Je marque une pause.— Je vais écrire ma dernière symphonie. Celle qui contient tout
MarcMes doigts sur les touches.Ce n'est pas comme hier. Hier, j'étais possédé, envahi, instrument passif d'une volonté étrangère. Aujourd'hui, je suis seul. C'est moi qui choisis les notes. C'est moi qui forme les accords. C'est ma musique, ma pauvre musique rouillée, qui sort de ce piano.Je jou



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