LOGINChapitre 35
Gabriel
Le café est un endroit discret, choisi avec soin il y a des années, loin des quartiers que fréquentent les Morel et leurs associés, loin des regards indiscrets et des langues trop bien pendues. Un petit établissement à l'ancienne, coincé entre une boulangerie et une librairie, avec une devanture en bois vert pâle qui a perdu de sa couleur avec le temps et une ense
Chapitre 226ArianePendant deux jours, je n'ai presque pas dormi. Je revoyais sans cesse la scène du chantier, la verrière immense, les étoiles, la main de Gabriel dans la mienne, sa voix qui disait : « Je t'aime, Ariane. » Et je sentais encore la trace légère de son baiser sur mon front, comme une brûlure douce qui ne s'effaçait pas.Je n'avais pas répondu complètement, pas avec les mots qu'il méritait. Je lui avais dit que je croyais l'aimer aussi, mais j'avais laissé la peur poser ses ombres sur mes aveux. Et pourtant, au fond de moi, je savais. Je savais que je l'aimais, non plus à moitié, non plus avec prudence, mais de cette façon entière qui fait trembler les certitudes.Le troisième soir, je lui ai envoyé un message simple : « Tu peux venir ? J'ai besoin de te parler. »Il est arrivé une demi-heure plus tard, le souffle court, comme s'il avait traversé la ville à pied. Il se tenait sur le seuil, les yeux pleins d'une inquiétude mêlée d'espoir, et je me suis dit que cet homme-
Chapitre 226ArianePendant deux jours, je n'ai presque pas dormi. Je revoyais sans cesse la scène du chantier, la verrière immense, les étoiles, la main de Gabriel dans la mienne, sa voix qui disait : « Je t'aime, Ariane. » Et je sentais encore la trace légère de son baiser sur mon front, comme une brûlure douce qui ne s'effaçait pas.Je n'avais pas répondu complètement, pas avec les mots qu'il méritait. Je lui avais dit que je croyais l'aimer aussi, mais j'avais laissé la peur poser ses ombres sur mes aveux. Et pourtant, au fond de moi, je savais. Je savais que je l'aimais, non plus à moitié, non plus avec prudence, mais de cette façon entière qui fait trembler les certitudes.Le troisième soir, je lui ai envoyé un message simple : « Tu peux venir ? J'ai besoin de te parler. »Il est arrivé une demi-heure plus tard, le souffle court, comme s'il avait traversé la ville à pied. Il se tenait sur le seuil, les yeux pleins d'une inquiétude mêlée d'espoir, et je me suis dit que cet homme-
Chapitre 224ArianeJe n’ai pas compris tout de suite ce qui m’arrivait. C’est venu par vagues, par instants suspendus, par ces petites choses que l’on remarque sans y prêter attention. Un matin, en me réveillant, je me suis surprise à sourire en repensant à la veille. Un après-midi, en travaillant sur un plan, j’ai levé les yeux vers mon téléphone en espérant y trouver un message de lui. Un soir, en marchant seule sous la pluie, j’ai regretté qu’il ne soit pas là pour partager le bruit de l’eau sur les feuilles.Ce n’était pas de la dépendance. Ce n’était pas de la nostalgie. C’était autre chose, de plus profond, de plus vrai, qui s’infiltrait en moi sans que je puisse l’arrêter.Je me suis longtemps menti. J’ai cru que c’était de la gratitude, de l’habitude, une simple reconstruction affective. Je me disais que j’avais été tellement blessée que la moindre attention me bouleversait. Mais les jours passaient, et je ne pouvais plus ignorer la vérité qui montait en moi comme une sève no
Chapitre 223ArianeL’invitation était arrivée sur mon bureau un mardi matin, cartonnée, élégante, impersonnelle. Une réception organisée par la fondation Morel pour célébrer la rénovation d’un ancien théâtre du centre-ville. Un projet que je suivais de loin, dont les plans ne m’avaient pas convaincue, mais qui portait le nom de cette famille qui avait failli m’engloutir.J’avais hésité. Longtemps. Puis je m’étais dit que je n’avais plus rien à fuir. Que j’étais Ariane Delcourt, architecte reconnue, indépendante, libre. Et que ma présence là-bas n’était pas une provocation, mais une affirmation.Gabriel m’avait téléphoné la veille, d’une voix hésitante.— Tu as reçu l’invitation ?— Oui.— Tu as envie d’y aller ?Je m’étais tue un instant, cherchant la bonne réponse. La vérité, c’est que je n’avais pas envie de revoir sa mère, de me heurter à ce mépris glacé que je connaissais trop bien. Mais je ne voulais plus me cacher.— Je crois que oui, avais-je fini par dire.— Je peux t’accompa
Chapitre 224ArianeJe n’ai pas compris tout de suite ce qui m’arrivait. C’est venu par vagues, par instants suspendus, par ces petites choses que l’on remarque sans y prêter attention. Un matin, en me réveillant, je me suis surprise à sourire en repensant à la veille. Un après-midi, en travaillant sur un plan, j’ai levé les yeux vers mon téléphone en espérant y trouver un message de lui. Un soir, en marchant seule sous la pluie, j’ai regretté qu’il ne soit pas là pour partager le bruit de l’eau sur les feuilles.Ce n’était pas de la dépendance. Ce n’était pas de la nostalgie. C’était autre chose, de plus profond, de plus vrai, qui s’infiltrait en moi sans que je puisse l’arrêter.Je me suis longtemps menti. J’ai cru que c’était de la gratitude, de l’habitude, une simple reconstruction affective. Je me disais que j’avais été tellement blessée que la moindre attention me bouleversait. Mais les jours passaient, et je ne pouvais plus ignorer la vérité qui montait en moi comme une sève no
Chapitre 222ArianeUn soir, alors que nous dînions dans un petit restaurant italien du quartier, Gabriel a posé ses couverts et m’a regardée avec une attention particulière, comme s’il retenait enfin une question qu’il tournait dans sa tête depuis longtemps.— Parle-moi de ton travail, Ariane. Pas seulement de ce que tu fais, mais de ce que tu rêves. De ce que tu voulais faire avant que tout ne t’en empêche.La question m’a surprise, non par son audace, mais par sa douceur. Pendant des années, personne ne m’avait demandé cela. On me demandait des plans, des délais, des budgets. On me demandait d’être efficace, compétente, inébranlable. Mais personne ne me demandait ce que je rêvais.J’ai posé ma serviette, j’ai bu une gorgée d’eau, et j’ai commencé à parler. Lentement, prudemment, comme on ouvre un tiroir fermé depuis trop longtemps. J’ai raconté mon enfance, les heures passées à dessiner des maisons sur les pages de mes cahiers, ce besoin viscéral de donner des formes aux espaces, d
Chapitre 4GabrielJe me réveille avant elle. La lumière du petit matin filtre à travers les rideaux de velours, dessinant des raies dorées sur le sol de marbre, et je reste un moment immobile, les yeux fixés sur le baldaquin sculpté qui surplombe le lit. Les bougies ont fini de brûler pendant la n
Chapitre 3ArianeLa suite nuptiale est immense, bien plus grande que ma chambre de jeune fille, bien plus luxueuse que tout ce que j'ai connu dans la maison de mes parents. Les murs sont tendus de soie crème, éclairés par des appliques en cristal qui diffusent une lumière dorée et tamisée, et les
Chapitre 2ArianeL'église est immense. Beaucoup trop immense pour les quelques invités qui ont été conviés, une poignée de silhouettes dispersées sur les bancs de bois sombre comme des notes éparses sur une partition vide. La lumière traverse les vitraux anciens et projette des taches colorées sur
Chapitre 1ArianeJe me tiens devant le miroir, les doigts légèrement posés sur le rebord de la coiffeuse en marbre blanc veiné de gris, et je regarde cette femme que je ne reconnais pas tout à fait. La robe est magnifique, je dois l'admettre, même si je ne l'ai pas choisie. Un fourreau de soie ivo







