Se connecterChapitre 35
Gabriel
Le café est un endroit discret, choisi avec soin il y a des années, loin des quartiers que fréquentent les Morel et leurs associés, loin des regards indiscrets et des langues trop bien pendues. Un petit établissement à l'ancienne, coincé entre une boulangerie et une librairie, avec une devanture en bois vert pâle qui a perdu de sa couleur avec le temps et une ense
Chapitre 153Chapitre 153MédecinJe l'observe depuis mon fauteuil, cet homme qui prétend être venu pour comprendre. Gabriel Morel. Le mari. Ou plutôt, l'ex-mari, comme il l'a dit lui-même. Il est assis en face de moi, raide, les mains croisées sur ses genoux, le dos à peine appuyé contre le dossier usé de mon vieux fauteuil. Il n'est pas à son aise, cela se voit. Il a les traits tirés, les yeux rougis par le manque de sommeil, et ses vêtements, bien que coûteux, sont froissés, comme s'il ne prenait plus la peine de s'occuper de lui-même. Il n'a pas l'arrogance des hommes de sa condition, cette suffisance que je déteste tant chez ceux qui ont tout reçu sans effort. Non, il a autre chose, une tension, une supplication muette qui me dérange plus que je ne voudrais l'admettre.La maison est silencieuse, à l'exception du tic-tac de l'horloge posée sur la cheminée et du craquement discret des vieilles poutres. Le salon est encombré, poussiéreux, chargé de cette odeur de vieux papiers et de
Chapitre 152GabrielJe retrouve sa trace au bout de plusieurs jours de recherches acharnées, dans un vieil annuaire médical oublié au fond d'une bibliothèque en ligne. Le docteur Delcourt n'a aucun lien de parenté avec la famille d'Ariane, mais son nom m'a d'abord frappé, puis retenu. C'était le médecin de famille des Delcourt, celui qui soignait les parents d'Ariane et qui, peut-être, l'a suivie, elle, pendant ces années dont je ne sais rien. Il a pris sa retraite il y a plusieurs années, et vit désormais dans un pavillon de banlieue, à quelques heures de Paris. J'ai hésité longtemps avant de me décider, mais il le fallait. Il faut que je sache.Je prends la route un matin gris, le cœur serré, les mains crispées sur le volant. Le paysage défile, les immeubles laissent place aux maisons, les rues animées aux allées tranquilles, et je me sens étrangement déplacé, comme un homme qui s'aventure en territoire inconnu. Le ciel est bas, chargé de nuages qui menacent à tout moment de crever
Chapitre 151GabrielLa maison est silencieuse, si silencieuse que j'entends le tic-tac de l'horloge dans le hall, ce battement régulier qui semble mesurer mon angoisse. Je viens de rentrer, encore hanté par la scène du salon, par le regard froid d'Ariane, par cette phrase qu'elle m'a jetée au visage et qui continue de résonner en moi comme une sentence. « Tu n'as aucun droit de me poser cette question. Aucun. » Elle a raison, je le sais, et cette certitude ne m'apaise pas. Elle m'écrase. Elle me renvoie à mes fautes, à mon aveuglement, à cette jalousie misérable qui m'a poussé à l'interroger sur Mathieu comme si j'avais encore un quelconque droit sur sa vie.Je me débarrasse de mon manteau, que je laisse tomber sur le dossier d'une chaise, et je m'assois devant mon ordinateur. La pièce est plongée dans la pénombre, éclairée seulement par la lueur de l'écran et par la flamme vacillante d'une lampe de bureau que je n'ai pas pensé à éteindre. Dehors, le vent s'est levé, et les branches
Chapitre 150ArianeJe soutiens son regard sans ciller. Autour de nous, la rumeur du salon semble s'éloigner, comme si la foule, les rires, les conversations, tout ce brouhaha qui nous entourait depuis le matin, venait de se dissoudre dans un silence irréel. Il n'y a plus que lui, Gabriel, debout face à moi, les mâchoires crispées, les poings serrés le long du corps, et cette question qu'il a posée, cette question absurde, jalouse, presque blessante, qui flotte encore entre nous. Qui est Mathieu ? Je le regarde, et je sens monter en moi une colère froide, une colère que je ne laisserai pas éclater, mais que je vais lui asséner comme une lame propre. Il n'a pas le droit. Pas après tout ce qu'il a fait, pas après tout ce qu'il n'a pas fait.— Tu n'as aucun droit de me poser cette question, Gabriel. Aucun.Ma voix est calme, posée, mais je sens chaque mot se détacher de mes lèvres avec une netteté tranchante. Je le vois accuser le coup, ses épaules s'affaisser, son regard se voiler. Il b
Chapitre 149GabrielJe la croise lors d'un événement professionnel, un salon consacré à l'architecture durable, organisé dans une halle immense où la lumière artificielle tombe des verrières en une clarté crue, presque blanche. L'air y est chargé d'une odeur de café refroidi, de poussière de plâtre et de papier fraîchement imprimé, et le sol de béton ciré résonne sous les pas pressés des visiteurs. Partout autour de moi, des stands, des maquettes, des écrans qui diffusent des projets en boucle, des voix qui se mêlent, des rires, des poignées de main. Je suis venu sans réelle intention, ou plutôt avec une seule : la voir. Elle est là, je l'ai aperçue de loin, entourée de confrères et de journalistes, et lui, Mathieu, se tient à ses côtés, fidèle, attentif, un sourire aux lèvres.Je les observe de loin, incapable de détacher mon regard d'eux. Mathieu se penche vers elle, lui murmure quelque chose à l'oreille, et elle rit, un rire clair qui monte dans l'air bruyant du salon. Il pose une
Chapitre 148ArianeJe suis dans l'atelier, penchée sur une maquette, quand Victor entre sans frapper, une tasse de café à la main et ce sourire en coin qui annonce toujours une taquinerie. La lumière de fin d'après-midi traverse les verrières, chaude et dorée, et fait briller la poussière en suspension autour de moi. L'odeur du carton découpé et de la colle se mêle à celle du café, et j'entends, quelque part dans la pièce, le froissement des plans que le courant d'air fait bouger. Je ne me retourne pas tout de suite, concentrée sur l'aile du bâtiment que je suis en train d'ajuster, mais je sens sa présence derrière moi, comme une ombre familière.— Mathieu et toi, vous faites jaser.Sa voix est légère, presque amusée, et je devine qu'il a passé la journée à entendre les rumeurs du milieu. Je hausse les épaules, sans lever les yeux de ma maquette.— Laisse-les jaser.Je colle un dernier élément, avec des gestes précis, et j'admire le résultat. Victor s'approche, pose sa tasse sur un c
Chapitre 1ArianeJe me tiens devant le miroir, les doigts légèrement posés sur le rebord de la coiffeuse en marbre blanc veiné de gris, et je regarde cette femme que je ne reconnais pas tout à fait. La robe est magnifique, je dois l'admettre, même si je ne l'ai pas choisie. Un fourreau de soie ivo
Chapitre 9GabrielLa maison est silencieuse. C'est le silence du milieu de la nuit, ce silence épais et profond qui s'installe quand tout le monde dort et que les horloges elles-mêmes semblent retenir leur tic-tac par respect pour l'obscurité. Les domestiques sont montés dans leurs chambres sous l
Chapitre 3ArianeLa suite nuptiale est immense, bien plus grande que ma chambre de jeune fille, bien plus luxueuse que tout ce que j'ai connu dans la maison de mes parents. Les murs sont tendus de soie crème, éclairés par des appliques en cristal qui diffusent une lumière dorée et tamisée, et les
Chapitre 2ArianeL'église est immense. Beaucoup trop immense pour les quelques invités qui ont été conviés, une poignée de silhouettes dispersées sur les bancs de bois sombre comme des notes éparses sur une partition vide. La lumière traverse les vitraux anciens et projette des taches colorées sur







