INICIAR SESIÓNAlessandro L'assaut commence, et je n'ai plus le temps de corriger ce qui me traverse. Je pense à Élia au moment même où je dois penser à ce qui se trouve devant moi. Pas à son visage tout entier, à un détail, ses doigts contre ma manche, leur pression qui cesse lorsque je m'éloigne. Je chasse cette sensation. Elle revient aussitôt, obstinée, plus précise que ce que j'aperçois dans le mouvement autour de moi. Je continue. Le repaire de La Veuve cesse d'être un endroit que je cherche, une adresse que je vérifie, une ligne sur laquelle je reviens pendant des années. Il est là. Réel. Résistant. Puis il cède. Je perçois le choc d'une entrée forcée, le déplacement brutal des hommes, les premières réponses venues de l'intérieur. Les bruits se rapprochent si vite qu'ils semblent perdre leur distance. Je ne distingue plus ce qui résonne dans le bâtiment de ce qui éclate tout près de moi. — On continue.
ÉliaJe retrouve Alessandro avec la dernière phrase de Lya encore dans la bouche, non pas les mots eux-mêmes, mais ce qu'ils me laissent sur la langue, une sécheresse que rien ne semble pouvoir défaire. Il me regarde approcher. Je sens qu'il cherche ce qui change dans mon visage, la trace d'une défaite, peut-être, ou celle d'un soulagement.Je ne lui donne ni l'une ni l'autre.— Je la laisse, dis-je.Il incline légèrement la tête.— Je sais.— Non, je veux que tu l'entendes de moi. Je ne vais pas plus loin contre elle.Ses yeux restent sur les miens. Il ne proteste pas. Cette absence de résistance devrait m'apaiser, pourtant je continue de serrer mes doigts les uns contre les autres, comme si mon corps attendait encore quelqu'un à convaincre.— Ce qu'elle fait lui appartient, ajouté-je. Je ne veux plus m'occuper de la finir.Alessandro baisse les yeux vers mes mains.— Alors ne t'en occupe plus.Je souffle enfin.Mais il ne se dét
ÉliaJe pourrais continuer.Je le sens avec une précision désagréable, presque pratique. Lya me connaît assez pour me blesser, mais je la connais aussi. Sa fierté n'a plus beaucoup d'endroits où se tenir. Je vois ce qu'elle essaie de protéger dans son visage, dans sa manière de relever le menton malgré ce que je viens de dire.Une phrase bien choisie suffirait.Pas une invention. La vérité, arrangée pour atteindre l'endroit exact.Je la trouve.Je la garde derrière mes dents.Lya attend. Elle ne baisse pas les yeux, mais son attente se voit dans la tension de sa bouche. Elle me provoque encore par cette façon de se tenir, comme si le dernier coup pouvait lui rendre une certitude, me ramener enfin à ce qu'elle dit de moi.Je sens mon cœur battre jusque dans mes poignets.— Vas-y, dit-elle.Je respire par le nez.— Quoi.— Termine.Le mot me reste dans l'oreille.Termine.Je regarde ma sœur, ses épaules rigides, ses lèvres qui tremblent d'une manière qu'elle essaie de corriger en les se
ÉliaJe ne baisse pas les yeux lorsqu'elle me regarde.Lya le remarque aussitôt. Sa bouche se serre, puis reprend cette expression que je connais, la légère inclinaison des lèvres qui annonce qu'elle va trouver quelque chose à abîmer.Je la laisse chercher.— Tu dois être contente, dit-elle.Je ne réponds pas assez vite pour elle.— Ne fais pas ça. Pas avec moi.— Quoi.— Ce silence. Ce regard. Tu attends que je parle pour pouvoir te croire meilleure.Je sens ma respiration frotter contre ma gorge.— Je t'écoute.Elle rit par le nez.— Bien sûr.Je regarde ses mains. Elles bougent trop. L'une attrape l'autre, la repousse, revient. Je remonte jusqu'à son visage avant qu'elle ne surprenne mon regard.— Tu dis ce que tu veux de moi dans les médias, Lya. Tu racontes mon enfance. Tu racontes mes raisons. Maintenant, je suis devant toi.— Et tu veux quoi. Des excuses.Je n'en veux pas. La réponse me surprend par sa netteté.— Non.Elle attend malgré elle. Je le vois à son immobilité soudain
ÉliaLe nom de Lya apparaît sans précaution.Je m'arrête dessus avant de lire la suite, comme si je ne savais plus déchiffrer ces trois lettres. Pendant des semaines, les accusations contre moi portent des signatures vagues, des proches, des témoignages dont personne ne doit connaître l'origine. À présent, ma sœur a un nom entier, un rôle, des paroles que l'on rapproche de ce qu'elle cherche à dissimuler.Je lis lentement.Les manipulations ne se présentent plus séparément. La rumeur n'est plus une rumeur isolée, l'article n'est plus une inquiétude familiale, les mensonges ne gardent plus le bénéfice d'une maladresse. Leur rapprochement suffit à faire apparaître son travail.Je pose la main à plat.Je me souviens du plaisir qu'elle prend à me laisser chercher une réponse pendant qu'elle possède déjà la version qui va circuler. Je me souviens surtout de ma fatigue, cette fatigue particulière qui consiste à vouloir être exacte devant quelqu'un qui n'a aucun intérêt à vous comprendre.Au
ÉliaJe comprends que la guerre est ouverte lorsque je n'ai plus besoin de chercher ce qui se passe.Jusqu'ici, je recueille des fragments. Une voix derrière une porte, un nom laissé au milieu d'une phrase, une absence dont personne ne donne la raison. Je rapproche, je doute, je recommence. Maintenant, les deux organisations s'affrontent sans prendre cette peine. Les conséquences arrivent jusqu'à nous avec leurs noms, leurs exigences, leurs réponses.Je n'ai plus à tendre l'oreille.Alessandro reste debout quand il parle. Même lorsqu'il pourrait s'asseoir, même lorsque ses mains cherchent un appui, il reste debout. Je le regarde déplacer son poids d'une jambe sur l'autre et je comprends qu'il ne tient pas en place. Sa colère ne lui donne aucun repos.Je m'approche assez pour qu'il m'entende sans que j'élève la voix.— Ils vont répondre.Il tourne la tête.— Ils répondent déjà.Je sens mes dents se toucher.Cette certitude me laisse un instant sans pensée. Il n'y a donc pas le geste d'







