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Chapitre 49 — Trois semaines

last update Veröffentlichungsdatum: 07.09.2026 09:03:10

Élia

Trois semaines. C'est le temps qu'il faut, au monde, pour changer de forme. C'est le temps qu'il faut, à une vie, pour quitter ses rives sans bruit, comme un fleuve qui déborde sans violence, qui monte, qui recouvre, qui s'installe, et qui ne reflue plus. Trois semaines entre le premier dîner et ce que je suis en train de faire, ce matin, dans ma chambre, devant la valise ouverte : trois semaines pendant lesquelles tout s'est déplacé, tout a glissé, tout a changé d
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  • LA BELLE ET LE MAFIEUX SANGUINAIRE    Chapitre 89 : Le message

    ÉliaLe message arrive trois jours plus tard, par un canal si ordinaire qu'il m'a fallu des heures pour comprendre qu'il n'était pas ordinaire.Un samedi matin, je sors. Seule, enfin, seule : avec la voiture qui suit, à distance, la discrétion calculée, le jardin intérieur qu'on m'accorde. Je vais chez la fleuriste du quartier, une habitude que j'ai prise, des fleurs fraîches pour la maison, une de ces petites routines que j'ai inventées pour me sentir moins prisonnière. La fleuriste me connaît. Elle me garde toujours les pivoines blanches, celles que vous préférez, madame.Ce matin-là, en me tendant le bouquet, elle me tend aussi un petit sachet kraft.— On l'a déposé pour vous, madame. Hier soir, à la fermeture. Un monsieur. Il savait votre nom.— Un monsieur ?— Grand, la cinquantaine, correct. Il a dit : elle saura de qui ça vient. Elle sourit, un peu gênée. J'espère que j'ai bien fait.Je prends le sachet.

  • LA BELLE ET LE MAFIEUX SANGUINAIRE    Chapitre 88 : L'assemblage

    Élia Ce soir-là, je ne joue pas. Je ne fais ni la femme heureuse, ni la femme doutante, ni la femme qui dort. Je fais la femme qui assemble. J'attends qu'il soit couché, il s'est couché tôt, il a dit journée longue, et il m'a embrassée, et il y avait quelque chose dans son baiser que je n'ai pas su lire, une légère appuyance, une insistance d'une demi-seconde, comme un homme qui referme une porte en vérifiant le verrou. Puis je me lève. Je sors le carnet. Je m'assieds par terre dans le dressing, entre les rangées de ses chemises et les miennes, avec la lampe de poche de mon téléphone, et je commence à assembler. Parce que j'ai tout, maintenant. C'est ça que je comprends, assise par terre dans l'odeur du cèdre et de ses chemises : j'ai tout. J'ai toujours tout eu. Les pièces étaient là, éparses, depuis le gala, depuis le premier jour, et ce que j'ai appelé ma naïveté n'a jamais été un manque d'informations, ça a été un refu

  • LA BELLE ET LE MAFIEUX SANGUINAIRE    Chapitre 87 :La Veuve

    ÉliaC'est par hasard, enfin, c'est ce que je crois encore, à ce moment-là ; plus tard, je me demanderai si le hasard existe dans cette ville. Un mercredi. Alessandro m'a demandé de l'accompagner à un déjeuner d'affaires, ce qui est une première, jamais, en quatre mois, il ne m'a emmenée à ses déjeuners d'affaires. Celui-ci est différent, a-t-il dit. Celui-ci, tu peux venir. J'aurais dû me demander ce qui le rendait différent. J'aurais dû. Je ne l'ai pas fait. J'étais contente, voilà la vérité, contente comme une enfant qu'on sort de sa chambre, contente d'être emmenée, contente d'exister ailleurs que dans le manoir, et mon contentement m'a fermé les yeux, encore une fois, toujours une fois.Le déjeuner a lieu dans une maison particulière, pas un restaurant, un hôtel de ville ancien, une cour intérieure, des voitures que je ne reconnais pas, des chauffeurs qui se saluent entre eux avec la familiarité froide des gens qui se connaissent tous. Dès la cour, j

  • LA BELLE ET LE MAFIEUX SANGUINAIRE    Chapitre 86 : La honte du désir

    ÉliaIl y a une chose que personne ne vous dit sur la peur : elle ne tue pas le désir. Elle le déplace. Elle le creuse. Elle le rend plus bas, plus animal, plus honteux, et plus fort.C'est la dixième nuit de la douceur. Ou la onzième. J'ai cessé de compter, parce que compter les nuits de la douceur, c'était encore une façon de croire qu'elle aurait une fin, qu'elle était une saison, une opération, quelque chose qui se termine, et j'ai fini par comprendre qu'elle ne se terminerait pas, qu'elle était devenue le climat même de la maison, et que c'était à moi de décider ce que je ferais sous ce climat-là.Cette nuit-là, il a lu le Dante jusqu'à ce que ma tête tombe sur son épaule. Il a refermé le livre. Il m'a raccompagnée, il me raccompagne toujours, maintenant, jusqu'au seuil de la chambre, comme s'il avait peur de me perdre dans les quatre mètres de couloir qui séparent la bibliothèque de notre lit. Et au seuil, il a fait ce qu'il fait depuis dix

  • LA BELLE ET LE MAFIEUX SANGUINAIRE    Chapitre 85 : La douceur

    ÉliaLe lendemain, la douceur commence. Et si quelqu'un me demande un jour quel a été le moment le plus difficile de toute cette histoire, pas le plus effrayant, le plus difficile, je répondrai sans hésiter : ce fut la douceur.Elle commence dès le matin. Il ne part pas à l'aube, pour la première fois depuis des semaines, il est là quand j'ouvre les yeux, déjà habillé, assis dans le fauteuil, mon fauteuil, celui de la nuit, avec une tasse de café pour moi, posée en équilibre sur la petite table, encore fumante, sucrée exactement comme je l'aime, ce qui veut dire qu'il a regardé, un jour, combien de sucre je mets, et qu'il l'a retenu.— Tu n'as pas dormi, dit-il.Ce n'est pas une question.— Non.— Moi non plus.Il me tend la tasse. Nos doigts se frôlent. Je prends le café, et je le bois, et il est parfait, et je déteste qu'il soit parfait.Ce jour-là, il ne quitte pas la maison. Tout est annulé, dit-il simplement, et je n'ose pas imaginer ce que tout est annulé coûte, ce que ça déplac

  • LA BELLE ET LE MAFIEUX SANGUINAIRE    Chapitre 84 : La nuit des revenants

    ÉliaLa nuit suivante est pire. Je veux le noter parce que je croyais que la première serait la pire, on croit toujours que la première est la pire, et que non : la première, on la passe dans le choc, et le choc est un anesthésique. La deuxième, on la passe dans la clairvoyance, et la clairvoyance n'anesthésie rien.Il est venu se coucher vers minuit. Il a été d'une douceur, j'y reviendrai, cette douceur-là mérite son chapitre, et il s'est endormi contre moi, et moi j'ai attendu, les yeux fermés, en comptant, comme chaque nuit désormais, le moment où sa main s'alourdirait, où son souffle descendrait. Puis je suis sortie du lit. Un quart d'heure de centimètres. Cela devient une pratique. Cela devient mon exercice du soir : l'extraction.Mais cette nuit, je ne descends pas. Cette nuit, je reste. Je m'assieds dans le fauteuil près de la fenêtre, dans le noir, à cinq mètres du lit, et je le regarde dormir.Il faut que je le regarde. Je ne sais pas l'expliquer autrement : il faut que je le

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