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CHAPITRE 10

Author: RS WILD
last update Last Updated: 2026-01-23 07:05:20

SOFIA

Le moteur du jet privé gronde déjà, un bruit sourd et métallique qui résonne dans ma poitrine comme un avertissement. La voiture s’arrête brutalement devant une piste d’atterrissage improvisée, éclairée par des projecteurs qui découpent la nuit en éclats de lumière blanche. Mon cœur s’emballe, cognant contre mes côtes comme un oiseau prisonnier. Un jet. Il veut m’emmener quelque part. Loin. Trop loin.

L’homme — Vince — descend le premier et, sans un mot, me tire hors du véhicule. Ses doigts s’enfoncent dans mon bras, une étreinte qui ne laisse aucune place à la résistance.

« Bouge. »

Un ordre.

Toujours des ordres.

— Lâchez-moi ! Ma voix se brise, mais je me débats. Peu importe. Il ne m’écoute même pas. Sa poigne est une menotte de fer, et chaque pas vers l’avion est une marche vers un piège dont je ne connais pas les contours.

Et puis, une seconde.

Une hésitation. Un relâchement infime de ses doigts. Juste assez.

Je n’attends pas. Je ne réfléchis pas.

Je fuis.

Mes talons s’enfoncent dans la terre meuble, mes jambes brûlent, mais je cours. N’importe où. Vers les ombres des hangars, vers les buissons qui bordent la piste, vers n’importe quoi plutôt que cet homme, plutôt que ce destin qu’on veut m’imposer.

Je n’ai pas de plan.

Juste l’instinct.

Survivre.

— Hé !

Sa voix claque derrière moi, rauque, impérieuse.

Je ne me retourne pas.

Je ne ralentis pas.

Je respire à peine.

Mes poumons me brûlent, mais je serre les dents. Une seconde d’avance. Une seule.

Et puis, il me rattrape.

Un bras m’enlace par la taille, me soulevant presque du sol. Je hurle, me débats, mes ongles s’enfoncent dans sa peau, dans le tissu de sa veste, n’importe où, mais il est une muraille. Implacable.

— Tu crois vraiment que tu peux fuir, Sofia ? Son souffle est chaud contre mon oreille, son rire sans joie. « Pathétique. »

Je me tords, donne des coups de pied dans le vide, mais il me retourne comme une poupée de chiffon et, d’un mouvement fluide, me jette sur son épaule.

Il me jette sur son épaule comme ci je n’étais qu’un vulgaire sac a pomme de terre.

Le monde bascule. Mon estomac se soulève, mes mains battent contre son dos, inutiles.

— Tu vas regretter ça.

Sa voix est un grognement, une promesse sombre.

Et tu vas être punie pour chaque putain de seconde où tu as cru pouvoir m’échapper.

Je vois le sol défiler sous moi, les lumières du jet qui grossissent, les ombres qui dansent.

Au bout du chemin de terre, les turbines d’un jet privé hurlent déjà, brassant l’air chaud en un tourbillon de poussière et de kérosène.

Vince ne s’arrête pas. Il ne ralentit même pas.

Toujours sur son épaule, je vois les lumières du cockpit clignoter. C’est là que je comprends l’ampleur du désastre : il ne m’emmène pas dans une planque locale. Il m’arrache à mon pays, à ma vie, à tout ce que je connais.

— Non ! Pas l’avion ! Laissez-moi ! hurle-je en griffant désespérément le cuir de sa veste.

Mes pieds nus, froids et écorchés par la course, s’agitent dans le vide. Vince grimpe les marches de la passerelle avec une aisance insultante, ignorant mes cris comme s’ils n’étaient qu’un bruit de fond. Une fois à l’intérieur, le silence pressurisé de la cabine de luxe nous enveloppe instantanément, étouffant le vacarme des réacteurs.

Il me dépose enfin, ou plutôt, il me lâche sur l’un des sièges en cuir crème. Je rebondis sur l’assise, mes cheveux bruns masquant mon visage baigné de larmes et de sueur.

— Attache ta ceinture, Sofia. On décolle dans deux minutes.

Je tente de me lever, mais il pose une main ferme sur mon épaule, m’enfonçant dans le fauteuil. Il se penche si près que je sens la chaleur de son souffle sur mon oreille.

L’avion entame déjà sa course, le vrombissement des réacteurs s’intensifiant. Vince se penche sur moi, son visage à quelques centimètres du mien, ses yeux sombres brillant d’une lueur dangereuse.

— Tu as perdu tes chaussures dans la poussière, petite princesse. Considère ça comme un symbole. Tout ce qui te rattachait aux Balsamo est resté sur cette piste. Continue de me défier et je te punis devant mes hommes, tout de suite. À toi de voir.

Il se redresse d’un mouvement sec et tourne les talons pour donner un ordre au pilote. C’est l’étincelle de trop. La panique et l’orgueil explosent en moi. À peine m’a-t-il tourné le dos que je bondis de mon siège. Mes pieds nus frappent le tapis épais alors que je me rue vers l’ouverture de la porte, encore entrouverte de quelques centimètres.

Je n’ai qu’une idée en tête : sauter. Préférer le goudron et la nuit à cet homme.

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