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SOFIA
Tel un boulet de canon, j’entre dans le bureau de mon père.
— Dis-moi que c’est une plaisanterie, papa ! Dis-moi que maman a tort, que je n’aurai jamais à épouser Léo Vitiello !
Mon pére, Lucien Balsamo lève la tête, mais son expression n’a rien de joyeux. Il soupire en s’enfonçant dans son fauteuil de cuir craquant et pose le cigare qu'il était en train de fumé.
— On en a déjà parlé, Sofia. Nous n’avons pas le choix. Le contrat de mariage est signé depuis ton enfance. Nous devons nous agrandir, et la famille Vitiello va nous apporter une coalition que personne n’osera défier.
— Une coalition ? m’étranglé-je. Tu parles de ma vie comme d’un vulgaire contrat d’import-export ! Léo est un monstre, papa. Tout le monde sait ce qu’il a fait à sa dernière maîtresse. Tu m’envoies à l’abattoir !
Mon père se lève lentement, ses mains s’appuyant sur le chêne massif de son bureau. Ses yeux, autrefois pleins de tendresse, ne sont plus que deux fentes glaciales.
— Dans notre monde, Sofia, on ne choisit pas qui on aime. On choisit qui nous rendra plus forts. Les Vitiello tiennent les ports. Si on veut que les Balsamo règnent encore dix ans sur cette ville, tu porteras cette bague.
Je recule d’un pas, le cœur battant à tout rompre.
— Je ne le ferai pas. Je préfère mourir.
Mon père esquisse un sourire triste, presque cruel.
— Oh, tu ne mourras pas, ma petite rose. Tu vas apprendre à plier. Léo arrive demain pour faire ta rencontre avant le mariage. Prépare-toi à être une épouse exemplaire, ne fais pas honte a notre famille. Le mariage aura lieu dans un mois jour pour jour... et je ne félicite pas ta mère de n’avoir pas su se taire !
— Elle est ravie, elle ! Mais moi, je préfère mourir, craché-je.
Mon père éclate d’un rire sec avant de reprendre son cigare, de tiré une taf et de le reposer.
— Ta mère disait exactement la même chose à mon sujet... et tu vois, elle n’est pas si malheureuse que ça aujourd’hui.
— Mais Léo n’est pas toi, papa ! Toi, tu es gentil.
Il rit de nouveau, d’un ton plus sombre cette fois.
— Ta mère n’a pas toujours dit ça. Il y a toujours une phase d’apprentissage. Tu as du caractère, ma fille, mais il faudra changer, c’est clair. Un homme comme Vitiello ne tolérera jamais que tu lui tiennes tête. Il se sentira obliger de te dresser !
— Me dresser ? m’indigné-je. Mais tu te rends compte de la manière dont tu parles de moi, papa ? Je suis ta fille ! Tu m’avais promis que je pourrais choisir ma vie et...
— Je ne t’ai rien promis, me coupe-t-il froidement. Je t’ai juste dit que tu pourrais continuer tes études jusqu’à ce que ton promis décide de la date du mariage. Ce contrat entre son père et moi est scellé depuis des années. C’est irrévocable.
— Mais papa, on n’est plus au Moyen Âge ! Jamais je n’accepterai. Tu n’as qu’à lui dire de repartir. Vos affaires, je m’en moque. Votre pouvoir, vos magouilles... tout cela n’a aucune importance pour moi ! Je veux devenir chanteuse, papa, pas la femme d’un criminel et...
Mon père se lève d’un bond. Il écrase son cigare dans le cendrier et s’avance vers moi à la vitesse de l’éclair. Avant que je puisse reculer, sa main puissante se referme sur le col de mon chemisier en soie, me soulevant presque de terre. Son visage n’est plus qu’à quelques centimètres du mien, ses yeux injectés de sang.
— Tu veux que je te fasse chanter, moi, Sofia ? siffle-t-il entre ses dents serrées. Tu crois que la vie est une scène de théâtre où tu peux choisir ton rôle ? Tu es une Balsamo. Ton nom appartient à cette famille, ton corps appartient à cette alliance.
Il serre sa prise, le tissu m’étranglant légèrement.
— Si tu crois que je vais te laisser ruiner vingt ans de diplomatie sanglante pour tes rêves de gamine, tu te trompes lourdement. Léo Vitiello arrive demain. Tu vas sourire, tu vas le séduire, et tu vas le remercier de t’honorer de son nom. Si j’entends une seule note sortir de ta bouche qui ne soit pas une marque d’obéissance, je m’assurerai que tu ne puisses plus jamais chanter. C’est compris ?
Il me repousse avec mépris, me faisant trébucher contre le fauteuil. Je porte la main à ma gorge, le souffle court, les larmes brûlant mes paupières. Je ne reconnais plus cet homme.
— Non papa, jamais de la vie ! Je ne céderai pas ! crié-je, la voix étranglée par l’incrédulité.
Il fait un pas vers moi, le regard noir, chargé d’une violence que je ne lui connaissais pas. Je tente de l’esquiver, de m’enfuir vers la porte, mais sa main s’abat sur ma chevelure. Il s’y agrippe avec une brutalité qui m’arrache un hurlement. Avant que je puisse comprendre ce qui m’arrive, il me plaque violemment contre le chêne froid du bureau.
Le souffle coupé, je tente de me débattre, les mains griffant désespérément le bois, mais la force de mon père est une prison de fer. J’entends alors le cliquetis métallique de sa boucle de ceinture qu’il défait de l’autre main. Ce son me glace le sang.
— Non papa... s’il te plaît ! supplié-je, le visage écrasé contre ses dossiers.
Jamais mon père ne m’a frappée. Pas comme ça. Il a toujours été le rempart, l’homme qui me protégeait du monde extérieur. Mais ce soir, le rempart s’écroule et m’écrase.
— Tu vas voir ce qui arrive aux petites filles pourries gâtées qui oublient d’où vient l’argent qu’elles dépensent, siffle-t-il derrière moi.
je le sens soulever ma jupe jusqu'a l'a taille, il soupire puis...
Le cuir siffle dans l’air avant de s’abattre. La douleur est fulgurante, une brûlure qui déchire ma peau et mon âme en même temps.
Il ne vise pas mes fesses couverte de si peu, il vise le haut de mes cuisses qui sont nue.
— Tu vas apprendre l’obéissance, Sofia. Si je ne le fais pas, Léo te tuera en une semaine. Je te sauve la vie, même si tu dois me détester pour ça.
À chaque coup, ma vision se trouble. Ce n’est pas seulement ma chair qui saigne, c’est l’image que j’avais de lui. Ma voix s’éteint, remplacée par des sanglots étouffés contre le bureau. Mon père ne me bat pas seulement ; il est en train de tuer la Sofia que j’étais pour laisser place à la future Mme Vitiello.
Il me relâche et s'écarte, je l'entends remettre sa ceinture, tendis que mes larmes sont des torrents.
— Sors d’ici, ordonne-t-il en se rassayant comme si de rien n’était. Va te préparer. Demain, ton enfance s’arrête.
ÉPILOGUE : LA ROSE ET L’HORIZONLe soleil de la Méditerranée caresse le pont en teck du yacht avec une douceur presque irréelle, une chaleur dorée qui semble vouloir laver les derniers vestiges de noirceur ancrés dans ma mémoire. Ici, loin du tumulte de Palerme, des complots de couloir et des effluves métalliques du sang, l’air ne sent que le sel, l’iode et la liberté. Le navire fend les vagues avec un ronronnement apaisant, un rythme régulier qui cadence notre fuite vers un horizon où plus rien ne peut nous atteindre.Je suis installée dans un large fauteuil de cuir blanc, une brise légère jouant dans mes cheveux, emportant avec elle les derniers échos des hurlements de la clinique. Contre mon sein, un petit miracle de vie respire doucement. Son cœur bat cont
SOFIALa lame du scalpel brille sous les projecteurs du bloc, reflétant la terreur pure qui décompose le visage de Léo. Il pleure, il bave, il rampe comme le rat qu’il a toujours été derrière ses costumes à trois pièces.— Tu voulais me faire souffrir, Léo ? Mon murmure est un sifflement glacial qui semble pétrifier l’air. Regarde-moi bien. Tu te croyais supérieur à moi à cause de ça...Je sens le regard de Vince sur moi, son étonnement presque palpable lorsqu’il me voit m’agenouiller près de cet homme brisé. Ce n’est pas de la pitié. C’est de l’anatomie. D’un geste sec, d’une précision chirurgicale que la haine rend infaillib
SOFIALa lame du scalpel brille sous les projecteurs du bloc, reflétant la terreur pure qui décompose le visage de Léo. Il pleure, il bave, il rampe comme le rat qu’il a toujours été derrière ses costumes à trois pièces.— Tu voulais me faire souffrir, Léo ? Mon murmure est un sifflement glacial qui semble pétrifier l’air. Regarde-moi bien. Tu te croyais supérieur à moi à cause de ça...Je sens le regard de Vince sur moi, son étonnement presque palpable lorsqu’il me voit m’agenouiller près de cet homme brisé. Ce n’est pas de la pitié. C’est de l’anatomie. D’un geste sec, d’une précision chirurgicale que la haine rend infaillib
VINCELes portes de l’ascenseur de service s’ouvrent dans un sifflement hydraulique. Je sors le premier, mon arme au poing, le silencieux pointé vers l’avant. Luca est juste derrière moi, couvrant l’autre angle. L’odeur du désinfectant me brûle les narines, mais c’est l’adrénaline qui consume mes veines.Le couloir est désert, évacué par l’alarme que Luca a déclenchée. On avance comme des ombres. Les voyants de sécurité clignotent en rouge, baignant les murs blancs d’une lueur de boucherie.— Le bloc 4, souffle Luca.Je n’ai pas besoin qu’il me le dise. Je sens sa présence. Je sens l’odeur de la trahison d
SOFIA— Alors, ma chérie ? Prête pour le grand nettoyage ?Léo me lance cette question avec une désinvolture qui me glace le sang. Dans son regard, je ne suis déjà plus une femme, mais un chantier qu’on s’apprête à livrer.— Dans deux heures, tu seras enfin digne d’être ma femme, poursuit-il en caressant le revers de son costume coûteux. Mais je me demande si je ne vais pas demander à mon ami John de te marquer au fer rouge juste après... après ton réveil, évidemment. Je veux que tu sois bien consciente, que tu sentes précisément ce que cela fait de m’appartenir.L’idée de la brûlure, de cette nouvelle cicatrice qu’il veut imposer sur les débris de la précédente, devrait me faire hurler. Mais je reste de marbre. Je le regarde, et pour la première fois depuis des jours, je ne baisse pas les yeux. Je puise dans ma haine une force que je ne soupçonnais pas. Je ne suis plus la proie, je suis le témoin de sa fin prochaine.À quelques pas de nous, je vois l’infirmière vacataire vérifier dis
VINCELe moteur de la caisse ronronne dans le parking souterrain de cette planque anonyme que Luca a dégotée. C’est un sous-sol humide, qui pue le béton froid et l’essence, à moins de dix minutes de la clinique. Parfait pour un départ rapide. Parfait pour une exécution.Je descends de la voiture, chaque mouvement me rappelant que mon corps est encore une dentelle de points de suture. Mais l’adrénaline est un anesthésiant puissant. Je ne sens plus la déchirure dans mon épaule, je ne sens que le poids de mon arme contre ma hanche.Luca sort du coffre deux sacs de sport noirs. Il en jette un sur le capot.— Voilà ton équipement. Silencieux, munitions, et les plans que







